mercredi 19 avril 2017


Zoom back càmara

 

Les conditions révolutionnaires ne sont plus réunies

Daniel Paquet        

 

La fièvre révolutionnaire s’estompe.  En France, malgré leur rejet des mesures économiques des « socialistes » au pouvoir; et dont le résultat annonce le congédiement du gouvernement du Parti socialiste français, les travailleurs hésitent : vont-ils appuyer le candidat de gauche Mélenchon ou de l’extrême-droite fasciste de Le Pen.  Mais c’est aux États-Unis que le choix fut le plus déchirant.

Voyons d’abord la situation économique, d’il y a quelques mois.  « Malgré un relèvement récent qui fait suite aux commentaires des autorités monétaires américaines, la trajectoire anticipée du taux des fonds fédéraux aux États-Unis se trouve bien en deçà de ce qui était projeté lors de la parution de la Revue de décembre 2015. Les attentes à l’égard d’une  hausse du taux des fonds fédéraux ont été revues à la baisse au début de 2016 en raison de la publication de données sur l’économie américaine inférieures aux prévisions, de la croissance atone à l’étranger et du durcissement des conditions financières.  Plus basse qu’escompté, la trajectoire du taux des fonds fédéraux  aux États-Unis a entraîné un affaiblissement du dollar américain, ce qui a réduit les pressions sur les monnaies des pays émergents. »[1]

Nous étions alors dans le  maelström de la campagne électorale présidentielle U.S., et Donald Trump avait sonné la charge ‘de la cavalerie’.  Ce qui se dessinait par exemple dans le mouvement communiste international, c’était la riposte frontale.  Les guerres nombreuses, notamment au Proche-Orient laissaient peu de choix, sinon l’insurrection.  « Pour réussir, l’insurrection doit s’appuyer non pas sur un complot, non pas sur un parti, mais sur la classe d’avant-garde.  Voilà un premier point.  L’insurrection doit s’appuyer sur l’élan révolutionnaire du peuple. Voilà le second point.  L’insurrection doit  surgir à  un tournant  de l’histoire de la révolution ascendante où l’activité de l’avant-garde du peuple est la plus forte, où les hésitations sont les plus fortes dans les rangs de l’ennemi et dans ceux des amis de la révolution faibles, indécis, pleines de contradictions;  voilà le troisième point. »[2]

Les niveaux de développement sous le régime de l’impérialisme, surtout de l’impérialisme U.S. ont tendance à converger au même rythme; mais l’économie états-unienne demeure la locomotive de l’économie mondiale. « Dans ce contexte, le dollar américain a continué de s’apprécier par rapport à la plupart des monnaies des pays avancés et émergents, pour atteindre son niveau le plus élevé en presque quinze ans selon une moyenne pondérée en fonction des échanges commerciaux normaux.  Cet ajustement du taux de change devrait faciliter la redistribution de la demande mondiale.  Parallèlement, le climat d’optimisme sur les marchés au sujet de l’économie américaine a mené à une intensification des sorties d’investissements de portefeuille dans plusieurs pays émergents depuis octobre (2016), ce qui a contribué au resserrement des conditions financières dans certaines de ces économies.  Le raffermissement attendu de la croissance de l’économie américaine a aussi soutenu la reprise des marchés boursiers dans les économies avancées.  L’hypothèse d’une baisse de l’impôt des sociétés et d’un allègement de la réglementation par la nouvelle administration des États-Unis a probablement contribué aux gains solides enregistrés par les actions de sociétés américaines exposées à l’économie nationale. »[3]

Donald Trump a donc réglé les questions pendantes pour le mieux-être des colosses financiers et industriels.  On sait tous, que sous prétexte non avéré de l’utilisation par le gouvernement syrien de produits chimiques contre ‘sa’ population, le président des États-Unis a ordonné qu’on bombarde  un aéroport militaire.  Il avait un double langage : d’abord démontrer à tous les membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) qu’il peut agir sans les consulter; ensuite à l’égard de la population états-unienne, affirmer que le  ‘boss is back!’ et qu’il réglera aussi  (après la tourmente mondiale : Syrie, Venezuela, Corée du Nord) les problèmes intérieurs.

Au Canada, le Premier ministre Justin Trudeau a gratifié Donald Trump d’un large sourire et conclu lui aussi que Bachar al-Assad doit quitter la présidence de la Syrie puisqu’il ne fait pas partie de la solution.   « Il ne fait aucun doute que quiconque est coupable de crimes de guerre contre des innocents, contre des enfants, tels que commis par al-Assad et son régime, doit répondre de ses actions. »[4]

À un argument près, c’est la teneur d’une déclaration du gouvernement US au Conseil de Sécurité de l’ONU, juste avant l’agression perfide contre l’Irak dans les années 1990.  Et ce n’était qu’une allégation non-fondée.

« Justin Trudeau estime par ailleurs que la Russie et l’Iran, en raison de leur soutien au président Bachar el-Assad, doivent assumer une part des responsabilités pour l’attaque chimique perpétrée contre des populations civiles en Syrie la semaine dernière. »[5]

« Le Canada, de concert avec ses alliés, demeure cependant ouvert à l’idée d’imposer de nouvelles sanctions à Moscou, a indiqué M. Trudeau. »[6]

Certes, ce n’est pas ce qui enflamme les Canadiens à ce moment-ci; i.e. durant les ‘Séries’ de la Ligue nationale de hockey.  Ce, d’autant plus que la Russie contredit l’Occident sur le prétendu usage de gaz chimiques contre les populations civiles et réclame une enquête indépendante; ce que l’Occident se refuse d’organiser craignant pour la sécurité des personnels enquêteurs.  Faisant fi, les belligérants rangés derrière les U.S.A. s’enferment dans leur obstination.

« Les ministres des Affaires étrangères du Groupe des sept se sont rencontrés… avec pour objectif de présenter une réponse conjointe à l’attaque chimique (sic!) survenue en Syrie, et de nouvelles sanctions liées aux appuis russes au président Bachar el-Assad font partie des options étudiées. »[7]

On ne peut  passer sous silence qu’il y a fissure dans le caractère inébranlable des déclarations en provenance des États-Unis.  « (Un) haut responsable a dit que les États-Unis n’avaient pas encore déterminé précisément qui était aux commandes de l’avion ayant bombardé l’hôpital. »[8]

Le Premier ministre du Canada – dont le charme opère toujours -, souffle malheureusement le chaud et le froid.  En somme, il est toutefois assis entre deux chaises.  Il est prêt à épauler le belliciste Trump, qui se gargarise de la vaillance de ses troupes; mais Trudeau doit faire face à l’opinion publique canadienne qui n’a jamais soutenu la guerre coloniale en Afghanistan.  Pour l’instant et pour la majorité sans doute, c’est l’opportunisme et le faux-fuyant qui l’emportent.

C’est aussi clair pour Justin Trudeau que si les Canadiens connaissaient la vraie nature et le rôle de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), soit celui de bras armé de l’impérialisme US, la population exigerait sans hésitation le retrait du Canada de cette organisation.

Quant à Donald Trump, il a joué gros, mais il a temporairement gagné.  Ya salamou!

Cependant, « les États-Unis et la Russie ont échangé de sévères mises en garde… au lendemain de l’attaque-surprise américaine contre une base aérienne du régime de Bachar al-Assad.  La poussière est à peine retombée sur la base militaire d’Al-Chaayrate, en Syrie, ciblée par 59 missiles Tomahawk américains.  Mais vendredi, les bombardements ont fait place à une guerre de mots.  (C’était la) première intervention militaire américaine contre le régime Assad depuis le début du conflit, il y a six ans. » [9]

Les manifestations nombreuses qui eurent lieu aux États-Unis après l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, démontrent que le peuple accepte de moins en moins d’être gouverné comme par le passé.  « Le gouvernement, placé sous contrôle parlementaire, c’est-à-dire sous le contrôle direct des classes possédantes, ne devint pas seulement la pépinière d’énormes dettes nationales et d’impôts écrasants; avec ses irrésistibles attraits, autorité, profits, places, d’une part il devint la pomme de discorde entre les factions rivales et les aventuriers des classes dirigeantes, et d’autre part son caractère politique changea conjointement aux changements économiques de la société. Au fur et à mesure que le progrès de l’industrie moderne développait, élargissait, intensifiait l’antagonisme de classe entre le  Capital et le Travail, le pouvoir d’État  prenait de plus en plus le caractère d’un pouvoir national du Capital sur le Travail, d’un appareil de domination de classe. »[10]

Suivant l’exemple US, il est clair que la bourgeoisie internationale a senti  que les peuples sont plus instruits et avertis sur les réalités ambiantes, notamment sur l’économie; il n’y a pas de change à prendre.  Pour le prolétariat et le mouvement communiste international qui ne s’est pas encore remis de son affaiblissement avec la défaillance du socialisme en URSS; mais dont nous fêterons le centenaire de la grande révolution socialiste d’Octobre  1917, c’est un recul momentané, stratégique et ordonné des militants : zoom back càmara!

 

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[1] Banque du Canada, Évaluation des vulnérabilités et des risques, Revue du système financier, Ottawa, juin 2016, page 6
[2] Lénine, Le marxisme et l’insurrection, Œuvres choisies, tome 2, Éditions du Progrès, Moscou, 1968, page 386
[3] Banque du Canada, L’économie mondiale, Rapport sur la politique monétaire, Ottawa, janvier 2017, page 2
[4] Agence QMI, Conflit  syrien, 24H, Montréal, mardi 11 avril 2017, page 8
[5] La Presse Canadienne, Trudeau évoque une paix syrienne sans El-Assad, Métro, Montréal, mardi 11 avril 2017, page frontispice
[6] (Ibidem, Trudeau évoque…, page frontispice
[7] Associated Press, Moscou aurait été avisé de l’attaque chimique, Métro, Montréal, mardi 11 avril 2017, page 9
[8] Ibidem, Moscou aurait été avisé…, page 9
[9] Fortier, Marco, Syrie : et après?, Le Devoir, Montréal, les samedi 8 et dimanche 9 avril 2017,  page frontispice
[10] Marx-Engels, La guerre civile en France, Œuvres choisies, tome 2, Éditions du Progrès, Moscou, 1978, page 231

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