dimanche 6 novembre 2016


Pour un changement de pouvoir

Scrutin proportionnel ou fin du parlementarisme?

À l’occasion des élections présidentielles du 8 novembre 2016 aux  U.S.A.

 

Daniel Paquet                                                                                                                 dpaquet1871@gmail.com

Au Canada, nous vivons sous le régime du parlementarisme, hérité de l’Empire britannique, de la période coloniale, marqué par la fondation du pays en 1867 (l’anniversaire du pays sera d’ailleurs célébré en 2017), soit depuis 150 ans.  En pratique, nous avons connu l’alternance de deux partis politiques : le Parti libéral et le Parti conservateur.  Ces années-ci, il semble y avoir du nouveau puisque le parti social-démocrate en titre, le Nouveau Parti Démocratique (NPD) est aux portes  du pouvoir; et il fait des pieds et des mains pour que la Chambre des Communes adopte une façon nouvelle d’élire le Parlement, i.e. des élections législatives par scrutin proportionnel. 

En plus de leur désabusement, les travailleurs et les jeunes désertent les isoloirs des bureaux de scrutin.  Il semble que ce soit surtout les jeunes; prenons le cas du Québec.

« … la participation des jeunes diminue à la grandeur de la province, et l’écart entre la participation des 18-34 ans et des 35 ans et plus devient plus important. ‘L’écart était de cinq à six points en 1985 entre les plus jeunes et les plus vieux.  Il est aujourd’hui d’environ 10 points… Ce déclin s’inscrit dans le contexte d’une baisse généralisée du taux de participation électorale, observée au Québec et dans le monde.  (…)  Parce que si le jeune n’exerce pas son droit de vote  à 18 ans, la probabilité est très élevée qu’il ne vote pas aux élections subséquentes. (…) Les moyens techniques, comme l’accessibilité aux bureaux de vote à même les universités et les cégeps, est aussi un facteur déterminant. (Le directeur des élections du Québec, Pierre Reid)  (…) propose l’idée d’impliquer les employeurs pour rejoindre les jeunes qui sont sur le marché du travail, et d’organiser des rencontres où des anciens élus peuvent discuter de leurs expériences avec les jeunes. »[1]

« Mais la politique qu’il faut faire c’est la politique ouvrière; il faut que le parti ouvrier (au Canada en général et au Québec en particulier, il n’existe pas encore de parti communiste de masse, -ndlr) soit constitué non comme la queue de quel que parti bourgeois, mais bien en parti indépendant (même petit, -ndlr) qui a son but, sa politique à lui. Les libertés politiques, le droit de réunion et d’association et la liberté de la presse, voilà nos armes, et nous devrions croiser les bras et nous abstenir si l’on veut nous les ôter?  On dit que tout acte politique implique qu’on reconnaisse l’état existant des choses.  Mais lorsque cet état des choses nous donne des moyens pour protester contre lui, user de ces moyens ce n’est pas reconnaître l’état existant. »[2]

« Mais la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l’État et de la faire fonctionner pour son propre compte.  Le pouvoir centralisé de l’État, avec ses organes, partout présents : armée permanente, police, bureaucratie, clergé et magistrature, organes façonnés selon un plan de division systématique et hiérarchique du travail, date de l’époque de la monarchie absolue, où il servait à la société bourgeoise naissante d’arme puissante dans ses luttes contre le féodalisme. »[3]

Ce point de vue a été repris plus tard par Joseph Staline qui a écrit :  « La révolution bourgeoisie se borne à remplacer au pouvoir un groupe d’exploiteurs par un autre groupe d’exploiteurs; aussi n’a-t-elle pas besoin de briser la vieille machine d’État; tandis que la révolution prolétarienne écarte du pouvoir tous les groupes d’exploiteurs, quels qu’ils soient, et porte au pouvoir le chef de tous les travailleurs et exploités, la classe des prolétaires; aussi ne peut-elle se passer de briser la vieille machine d’État et de la remplacer par une nouvelle. »[4]

En France, les travailleurs, depuis quelques années, se sont interrogés sur la possibilité de former un gouvernement avec la participation du Parti socialiste et du Parti communiste.

« Un tel gouvernement aurait  pour  tâche de prendre des mesures démocratiques brisant la puissance des trusts capitalistes, taxant sévèrement le capital et la spéculation, détruisant la puissance du fascisme, apportant satisfaction aux principales revendications ouvrières, relançant les services publics, restaurant la souveraineté nationale.  Ces réformes démocratiques ne constituent nullement le socialisme.  Mais elles peuvent en préparer l’avènement en renforçant la classe ouvrière, en affaiblissant son adversaire, en aiguisant la lutte de classe.  C’est en ce sens seulement qu’une démocratie avancée peut constituer  un pas vers le socialisme.  En aucune façon elle ne s’y substitue puisqu’à ce stade subsistent encore l’essentiel de la propriété capitaliste, la domination du marché, le gros de l’appareil de l‘État bourgeois.  D’autre part le gouvernement populaire ne saurait se substituer au mouvement  populaire qui, en toutes circonstances, sous l’impulsion du parti révolutionnaire, et doit resté le centre de gravité de l’action révolutionnaire.  Une question de principe décisive à cet égard est celle de l’armement du peuple.  On mesure à cela quelle pente réactionnaire il nous faudra remonter   puisque Chirac, relayé par l’actuel ministre PS de la défense, est en train de liquider la conscription républicaine. (…) En outre, les travailleurs ne peuvent se situer dans l’unique perspective de la constitution d’un gouvernement d’union populaire par des voies électorales.    Des crises révolutionnaires peuvent surgir et déjà, on l’a bien vu en décembre, ‘ceux d’en bas’ ne veulent plus obéir comme avant, et ‘ceux d’en haut’ ont du mal à gouverner comme avant : la dissolution anticipée de l’Assemblée en témoigne. »[5]

Le passage au socialisme ne peut réellement se faire sans la dictature du prolétariat.

 « La dictature du prolétariat a ses périodes, ses formes particulières, ses diverses méthodes de travail.  En période de guerre civile, ce qui saute particulièrement aux yeux, c’est le côté violent de la dictature.  Mais il ne s’ensuit nullement que, dans la période de guerre civile, il ne se  fasse aucun travail d’édification. (…)  Dans la période de construction du socialisme, au contraire, ce qui saute particulièrement aux yeux, c’est le travail paisible, organisateur, culturel de la dictature, la légalité révolutionnaire, etc. »[6]

« Les leviers ou courroies de transmission, ce sont ces mêmes organisations de masse du prolétariat, sans l’aide desquelles il est impossible de réaliser la dictature. »[7]  Ici, Staline, avait en vue les syndicats ouvriers, les Soviets (ou Conseils liés à la population en général), les coopératives, l’Union des jeunesses et le Parti communiste. 

« Il faut noter encore qu’Engels est tout à fait catégorique lorsqu’il qualifie le suffrage universel d’instrument de domination de la bourgeoisie.  Le suffrage universel, dit-il, tenant manifestement compte de la  longue expérience de la social-démocratie allemande, est : ‘… l’indice qui permet de mesurer la maturité de la classe ouvrière.  Il ne peut  être rien de plus, il ne sera jamais rien de plus dans l’État actuel.’ »[8]

Mais, advenant l’élection d’un gouvernement révolutionnaire, des changements auront lieu, et rapidement : 
« Électivité complète, révocabilité à tout moment de tous les fonctionnaires sans exception, réduction de leurs traitements au niveau d’un ‘salaire d’ouvrier’ normal, ces mesures démocratiques simples et ‘allant de soi’, qui rendent parfaitement solidaires les intérêts des ouvriers et de la majorité des paysans, servent en même temps de passerelle conduisant du capitalisme au socialisme.  Ces  mesures concernent la réorganisation de l’État, la réorganisation purement politique de la société, mais elles ne prennent naturellement tout leur sens et toute leur valeur que rattachées à la réalisation ou à la préparation de  l’ ‘expropriation des expropriateurs’, c’est-à-dire avec  la transformation de la propriété privée capitaliste des moyens de production en propriété sociale.

‘La Commune (de Paris, en 1871), écrivait Marx, a réalisé ce mot d’ordre de toutes les révolutions bourgeoises, le gouvernement à bon marché, en abolissant les deux grandes sources de dépenses : l’armée permanente et le fonctionnarisme.’

« Un organisme ‘non parlementaire mais agissant’, voilà qui s’adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux ’toutous’ parlementaires de la social-démocratie!  Considérez n’importe quel pays  parlementaire, depuis l’Amérique, jusqu’à la Suisse, depuis la France jusqu’à l’Angleterre, la Norvège, etc. la véritable besogne d’ État’ se fait dans la coulisse; elle est exécutée par les départements, les chancelleries, les états-majors.  Dans les parlements on ne fait que bavarder  à seule fin de duper le ‘bon peuple’. »[9]

Même si la situation peut sembler insoluble, critique et dramatique (envenimée par les guerres nombreuses de l’impérialisme  US, relayées par l’OTAN; les épidémies ; la famine et la pauvreté endémiques, etc.),  il y a de l’espoir, ne serait-ce qu’au Canada.  Et ça répond  à  une façon d’Engels de voir les choses :

« On peut concevoir que la vieille société pourra évoluer pacifiquement vers la nouvelle dans les pays où la représentation populaire concentre en elle tout le pouvoir où, selon la constitution, on peut faire ce qu’on veut, du moment qu’on a derrière soi la majorité de la nation; dans des républiques démocratiques comme la France et l’Amérique, dans des monarchies comme l’Angleterre, où le rachat imminent de la dynastie est débattu tous les jours dans la presse, et où cette dynastie est impuissante contre la volonté du peuple. »[10]

«  Une chose absolument certaine, c’est que notre Parti et la classe ouvrière ne peuvent arriver à la domination que sous la forme de la république démocratique.  Cette dernière est même la forme spécifique de la dictature du prolétariat, comme l’a déjà montré la grande Révolution française. »[11]

 

 

 

« Le jour où je vais voter pour moi, ton recomptage  prendra des mois… »

  • Gilles Vigneault                  (Lettre de Ti-Cul Lachance à son Premier sous-ministre)

 

 

Blog : La Nouvelle Vie Réelle                                                                    www.lnvr.blogspot.com

            Communist News                                                                      www.dpaquet1871.blogspot.com

 

Archives : La Vie Réelle                                                                               www.laviereelle.blogspot.com

                   Pour la KOMINTERN now!                                      www.pourlakominternnow.blogspot.com



[1] Chevalier, Andréanne, Le déclin du vote des jeunes affecte davantage les régions éloignées, Métro, Montréal, lundi 31 octobre 2016, page 6
[2] Engels, Friedrich, Œuvres choisies, tome 2, Éditions du Progrès, Moscou, 1978, pages 260-261
[3] Marx, Karl, Œuvres choisies, tome 2, Éditions du Progrès, Moscou, 1978, page 230
[4] Staline, Joseph, Les questions du Léninisme, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, page 171
[5] Gastaud, Georges, Mondialisation capitaliste et projet communiste, Le Temps des Cerises, Pantin, 1997, pages 278-279
[6] Ibidem, Les questions du Léninisme,  pages 179-180
[7] Ibidem, Les questions du Léninisme, page 181
[8] Lénine, V.I., Œuvres choisies, tome 2, Éditions du Progrès, Moscou, 1968, page 298
[9] Ibidem, Œuvres choisies, tome 2, pages 321-323
[10] Engels, Friedrich, Critique du programme d’Erfurt, Éditions sociales, Paris, 1966, page 101
[11] Ibidem, Critique du programme d’Erfurt, page 103

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire