samedi 12 novembre 2016


Les deux proxénètes de l’Amérique

Good cop, bad cop

By Daniel Paquet                                                                                           dpaquet1871@gmail.com

In English:  Communist News                                                                   dpaquet1871.blogspot.com

 

Les mines longues et défaites, les journalistes de la télévision (notamment de la Société Radio-Canada) ne pouvaient croire que Donald Trump ait pu être élu président des USA.  De fait, les mass médias du Canada s’autoalimentaient depuis belle lurette sur le résultat à venir des élections : ce serait Hillary Clinton qui occupera le siège de la présidence.  Et ce, malgré la mise en garde des communistes états-uniens qui signalaient la consanguinité des deux candidats, hormis les invectives grossières de M. Trump.  Même après la course électorale, la presse ne semble pas prête à reconnaître les faits : Trump ou Clinton, ce sont pourtant les tenants d’une même logique impérialiste !

« Depuis son élection, Donald Trump, qui a attisé les divisions dans son pays, prône l’unité nationale. ‘Il est temps de nous rassembler et de panser les blessures de la discorde’, a-t-il déclaré dans son discours de victoire.  Sa rivale  elle-même a demandé à ses électeurs d’accepter le verdict des urnes.  ‘Nous devons à Donald Trump de garder un esprit ouvert envers lui et de lui donner une chance de   diriger’, a souligné Hillary Clinton. »[1]

Maintenant, il faut enterrer la hache de guerre pour la piétaille.  Alors, on dit : « c’est dans  une atmosphère cordiale que le président désigné Donald Trump et le président en place Barack Obama ont amorcé le processus de transition lors d’une première rencontre … à la Maison-Blanche (…)  À leur sortie du Bureau ovale, M Obama, souriant, a promis à son successeur de faire tout ce qu’il pourrait pour assurer, ajoutant que la réussite de M. Trump signifiait la réussite du pays. »[2] 

Ailleurs, un autre journal affirme quasi le contraire : « le président Barack Obama et son successeur Donald Trump ont enterré la hache de guerre, après des mois de campagne tendue, lors d’une première rencontre  polie, mais visiblement tendue  à la Maison-Blanche. ‘Nous voulons faire tout ce que nous pouvons pour vous aider à réussir ‘ a ajouté M. Obama. »[3]

 Qui dit vrai ?

Les deux !  Pourquoi ?   Parce que même si momentanément, l’impérialisme  US lave son linge sale en famille, il en arrive presque toujours à trouver une solution pour préserver son unité et poursuivre ses politiques économiques et ses visées mondiales.  Quelles sont-elles ?

« L’économie américaine devrait se renforcer au deuxième semestre de 2016, après avoir progressé plus lentement que la production potentielle au premier semestre.  Les investissements en stocks, qui ont exercé un effet modérateur sur la croissance pendant cinq trimestres d’affilée, devraient apporter une contribution positive au seconde semestre.  Par ailleurs, les investissements des entreprises devraient regagner  du terrain.  En particulier, la hausse du nombre de forages pétroliers  laisse entrevoir une amélioration des investissements dans le secteur de l’énergie.  L’investissement résidentiel s’est contracté au deuxième trimestre, la composition des activités de construction résidentielle ayant évolué vers des maisons plus modestes.  Il devrait recommencer   à croître pour répondre  à la demande de logements liée à l’évolution démographique.  Parallèlement, la consommation a enregistré une forte expansion, stimulée par la solide confiance des consommateurs et par la vigueur du marché du travail, qui a enregistré des gains notables au chapitre de l’emploi ces dernières années.

La croissance économique devrait augmenter pour s’établir en  moyenne à environ 2% en 2017-2018, conformément aux prévisions du Rapport de juillet.  Toutefois, les prévisions quant à sa composition ont changé.  Les investissements des entreprises devraient progresser à un rythme plus modéré que prévu antérieurement, tandis que le profil de l’investissement résidentiel est appelé à diminuer.  Ces révisions sont compensées par un rythme de croissance de la consommation légèrement plus rapide.  On prévoit à présent que les investissements des entreprises augmenteront d’environ 3% par an en  2017-2018, ce qui est en adéquation avec le redressement anticipé de la demande globale.  La croissance des exportations devrait également se redresser, l’effet modérateur lié à l’appréciation passée du dollar américain continuant de se dissiper. »[4]

Le reste, ce sont des changements ‘cosmétiques’ (le  Mur, l’endiguement des Musulmans, etc.)  Concessions à un électorat plus rétrograde : « Si M. Trump tient ses promesses électorales, il éliminera la plupart des politiques mises en place lors des huit années au pouvoir de l’administration Obama. »[5]

Évidemment, ceux qui, comme d’habitude, risquent de faire les frais de la musique, ce sont les Noirs : Par contre, « avec le tour de force cinématographique qu’est Moonlight, le réalisateur Barry Jenkins livre un portrait nécessaire, à la fois grave et fort généreux d’une masculinité afro-américaine qui souffre en silence. (…)  Racontée en trois actes, cette quête identitaire d’un jeune Noir incapable de s’affirmer au sein d’un environnement suffocant et profondément menaçant… Voici un film qui passe à la moulinette des clichés voulant confondre violence, hypermasculinité et pauvreté au sein de la communauté noire. »[6]

On pourrait finalement conclure que « …les circonstances font tout autant les hommes que les hommes font les circonstances.  Cette somme de forces de production, de capitaux, de formes de relations sociales, que chaque individu et chaque génération trouvent comme des données existantes, est la base concrète de ce que les philosophes se sont représenté comme ‘substance’ et ‘essence de l’homme’ , de ce qu’ils ont porté aux nues ou qu’ils ont combattu, base concrète dont les effets et l’influence sur le développement des hommes ne sont nullement affectés parce que ces  philosophes se révoltent contre elle en qualité de ‘conscience de soi’ et d’ ‘uniques’.  Ce sont également ces conditions de vie, que trouvent prêtes les diverses générations, qui déterminent si la secousse révolutionnaire, qui se reproduit périodiquement dans l’histoire sera assez forte pour renverser les bases de tout ce  qui existe ; les éléments matériels d’un bouleversement total sont, d’une part, les forces productives existantes et, d’autre part, la formation d’une masse révolutionnaire qui fasse la révolution, non seulement contre des conditions particulières de la société passée, mais contre la ‘ production de la vie, antérieure elle-même, contre ‘  l’ensemble de l’activité’ qui en est le fondement ; si ces conditions n’existent pas, il est tout à fait indifférent, pour le développement pratique, que l’idée de ce bouleversement ait déjà été exprimée mille fois… comme le prouve l’histoire du communisme. »[7]

Néanmoins, le monde occidental (et non pas uniquement les États-Unis) est menacé par la peste brune ;  les populations fragilisées se rabattant de plus en plus en Europe ou aux États-Unis vers des valeurs ‘sûres’ pour revivre la prospérité économique. « Mais pour nombre d’Américains, la déception et la peur sont trop profondes  pour suivre  immédiatement l’appel (à l’unité, -ndlr) d’Hillary Clinton. »[8]

« Rappelons d’abord que le fascisme des années trente (1930) ne fut pas seulement la réponse ‘ à chaud’ de la bourgeoisie à la révolution prolétarienne montante ; comme Dimitrov l’a montré dans son rapport au VIIè congrès du Komintern, le fascisme a tout autant résulté de la défaite de la révolution spartakiste en Allemagne et de la contre-attaque bourgeoise qui s’en est suivie.  Or, nous sortons d’une défaite historique mondiale de la classe ouvrière.  Le fascisme est le frère de lait de la contre-révolution, le fils aîné de l’anticommunisme.  Ceux qui veulent sincèrement combattre le fascisme doivent donc commencer par refuser l’anticommunisme, cesser de diaboliser le passé soviétique du socialisme.  Car si  l’on peut être antifasciste sans être communiste, il est impossible à un anticommuniste d’être un antifasciste conséquent. »[9]

« Les communistes ne se distinguent des autres partis prolétariens  que sur deux points : d’une part, dans les diverses luttes nationales des prolétaires, ils  mettent en évidence et font valoir les intérêts communs à l’ensemble du prolétariat et indépendants de la nationalité ; d’autre part, aux divers stades de développement que traverse la lutte entre prolétariat et bourgeoisie, ils représentent toujours l’intérêt de l’ensemble du mouvement. »[10]   (…)  Ils luttent pour les buts et les intérêts immédiats de la classe ouvrière, mais au sein du mouvement actuel ils représentent en même temps l’avenir du mouvement. »[11]

Alors que le prolétariat est internationaliste par nature en général et que celui des États-Unis l’est en particulier ; compte tenu de sa longue histoire d’immigration qui a façonné la stature du pays même ; la bourgeoisie, elle, excelle sur le  plan de l’impérialisme.   Les barrières nationales sautent de leurs gonds.  Par exemple, « la division Transports de l’entreprise québécoise (Bombardier) figure en effet parmi les trois finalistes pour construire le Réseau électrique  métropolitain (REM), cette ligne de train léger de 5,5 milliards de dollars promise pour 2021.  Pour affronter Bombardier Transports, on trouve un consortium formé du fabricant français Alstom et de SNC-Lavalin.  L’autre groupe est une co-entreprise dont fait partie le sud-coréen Hyundai.  Ces trois groupes sont invités à présenter  à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) des propositions pour les voitures de train, de même que les systèmes d’exploitation et d’entretien. (…)  La Caisse, via sa filiale CDPQ Infra qui gère le projet, a également qualifié deux consortiums pour l’autre volet de ce projet majeur, soit la conception et la construction des structures sur lesquelles roulera le train électrique.  Un de ces consortiums est notamment mené par  les firmes québécoises SNC-Lavalin et Pomerleau.  Le second est dirigé  par l’américaine Kiewit et la française Eurovia. »[12]

Et puis, il y a ceux que l’on surnomme de ‘gauchistes  du  plateau’ à Montréal.  Qu’est-ce qu’ils disent ?   « Face à tous les bouleversements et les tempêtes de l’actualité, les institutions politiques ne devraient-elles pas être un rocher, quelque chose de stable et de fiable auquel on  pourrait s’agripper ?   Diriger un État ne peut se résumer à un concours de popularité dont l’issue serait de gagner les prochaines  élections.  Il faut prendre des décisions collectives, souvent difficiles, au profit du bien commun.  ‘Vous me permettrez de reprendre l’expression de Juan Manuel Santos, le président de la Colombie’ qui s’est récemment vu attribuer le prix Nobel de la paix.  Il s’est défini comme quelqu’un de l’extrême centre.  Difficile de mieux décrire ma position.  Parce qu’il y a du bon dans chacun des partis et que la vérité est rarement noire ou blanche.  Il me semble terminé le temps des dogmes politiques.  Je ne suis pas libéral, péquiste, caquiste ou  Québec solidaire.  Dites-moi, suis-je vraiment le seul queer politique en ville ? »[13]

Bref, la petite-bourgeoisie québécoise semblerait opter pour l’opportunisme.  Mangeons à tous les râteliers, après tout ça peut rapporter gros ! 

Nos pseudo-révolutionnaires seront sûrement abasourdis de lire ce que les communistes pensaient du militantisme soviétique et quelles étaient les caractéristiques (le style) attendues, oui, oui d’un camarade honnête.

« Quels sont les traits caractéristiques de ce style ?  Quelles en sont les particularités ? Elles sont au nombre de deux : a) l’élan révolutionnaire russe et,  b) le sens pratique américain…. L’élan révolutionnaire russe est un antidote  contre l’inertie, la routine, le conservatisme, la stagnation de la pensée, la soumission servile aux traditions ancestrales.  L’élan révolutionnaire russe, c’est cette force vivifiante qui éveille la pensée, pousse en avant, brise le passé, donne la perspective.   Sans cet  élan, aucun progrès n’est possible.

Mais dans la pratique, l’élan révolutionnaire russe a toutes les chances de dégénérer en manilovisme (l’indolence, l’indifférence, l’insouciance, la nonchalance  et l’incurie incarnées  par un personnage de la littérature russe) : ‘révolutionnaire’ vide, s’il n’est  pas uni au sens pratique américain dans le travail. Le sens pratique  américain, c’est au contraire, un antidote contre le manilovisme  ‘révolutionnaire’ et les élucubrations fantaisistes.  Le sens pratique américain est la force indomptable qui ne connaît ni ne reconnaît de barrières, qui emporte les obstacles de tout genre et de tout ordre par sa ténacité industrieuse ; qui ne peut manquer de mener jusqu’au bout la tâche une fois commencée, fût-elle minime, force sans laquelle on ne saurait concevoir un sérieux travail de construction. Mais le sens pratique américain a toutes les chances de dégénérer en un affairisme étroit et sans principes s’il ne s’allie à l’élan révolutionnaire russe.»[14]     

« Les classes moyennes, le petit industriel, le petit commerçant, l’artisan, le paysan, tous combattent la bourgeoisie pour sauver de la ruine leur existence de classes  moyennes.  Elles ne sont donc pas révolutionnaires mais conservatrices.  Plus encore, elles sont réactionnaires, car elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire.  Si elles sont révolutionnaires, elles le sont en considération de leur passage imminent au prolétariat, elles ne défendent pas leurs intérêts actuels, mais leurs intérêts futurs, elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat. »[15]

« Notre époque, l’époque de la bourgeoisie, a cependant pour signe distinctif qu’elle a simplifié les oppositions de classes. La société entière se scinde de plus en plus en deux grands camps hostiles, en deux grandes classes qui se font directement face : la bourgeoisie et le prolétariat. »[16]

Finalement…

« que prouve l’histoire des idées sinon que la production intellectuelle se métamorphose avec la production matérielle ?  Les idées dominantes d’une époque n’ont toujours été  que les idées de la classe dominante. »[17]

 

 

Archives : La Vie Réelle                                                                               www.laviereelle.blogspot.com

                   Pour la KOMINTERN now !                                       www.pourlakominternnow.blogspot.com

 

Blog in English: Communist News                                             www.dpaquet1871.blogspot.com

                              Ideological Fightback (USA)  Daniel Paquet

 



[1] Bonzom, Marie-Christine, Le candidat républicain au seuil du pouvoir, Le Devoir, Cahier B, Montréal, les  samedi 12 et dimanche 13 novembre 2016, page B 1
[2] AP\Métro, La guerre ouverte fait place à la détente, Métro, Montréal, week-end 11-13 novembre 2016, page 10
[3] Agence QMI et AFP, Première rencontre tendue, 24 Heures, Montréal, week-end 11-13 novembre 2016, page 16
[4] Banque du Canada, L’économie mondiale, Rapport  sur la politique monétaire, Ottawa, octobre 2016, page 3
[5] Ibidem, La guerre ouverte fait place à la détente, page 10
[6] Harding, Michael Oliver, Les vies noires comptent, Métro, Montréal, week-end 11-13 novembre 2016, page 22
[7] Marx-Engels, L’idéologie allemande, Éditions sociales, Paris, 1968, page 59
[8] Ibidem, Le Devoir, page B 1
[9] Gastaud, Georges, Mondialisation capitaliste et projet communiste, Le Temps des Cerises, Pantin, 1997, page 248
[10] Marx-Engels, Manifeste du Parti communiste, Flammarion, Paris, 2008, page 245
[11] Ibidem, Manifeste, page 273
[12] Fortin, Jean-Louis, Le train de la Caisse sera québécois, français ou coréen, 24 Heures, Montréal, week-end 11-13 novembre 2016, page 14
[13] Taillefer, Alexandre, Sortir du garde-robe, revue Voir, Montréal, vol. 1, no. 10, novembre 2016, page 61
[14] Staline, J., Les questions du Léninisme, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, pages 116-118
[15] Ibidem, Manifeste, pages 241-242
[16] Ibidem, Manifeste, page 228
[17] Ibidem, Manifeste, page 254

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire