mardi 25 octobre 2016


Le Québec, la question nationale et le capitalisme

Qu’est-ce que dirait Marx aujourd’hui?

Daniel Paquet                                                                                 dpaquet1871@gmail.com

L’humanité remonte à la nuit des temps; les diverses hordes ‘humaines’, les nations et le capitalisme ont suivi  un parcours historique plus récent.  Tout est relatif dans une  épopée  portant sur des millions d’années et une expansion très longue des modes de production et d’accumulation des biens (armes et outils) et des richesses pour la survie  de l’espèce.

« Grâce à l’action conjuguée de la main, des organes de la parole et du cerveau, non  seulement chez chaque individu, mais aussi dans la société, les hommes furent mis en mesure d’accomplir des opérations de plus en plus complexes, de se poser et d’atteindre des fins de plus en plus élevées. De génération en génération, le travail lui-même devint différent, plus parfait, plus varié. À la chasse et à l’élevage s’adjoignit l’agriculture; à celle-ci s’ajoutèrent le filage, le tissage, le travail des métaux, la poterie, la navigation.  L’art et la science apparurent enfin à côté du commerce et de l’industrie, les tribus se transformèrent en nations et en États, le droit et la politique se développèrent, et, en même temps qu’eux, le reflet fantastique des choses humaines dans le cerveau de l’homme : la religion. »[1]

Au crépuscule de l’impérialisme, « bien qu’elle ne le soit pas dans son contenu, la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie est, par sa forme, d’abord une lutte nationale.  Le prolétariat de chaque pays doit naturellement  en finir d’abord avec sa propre bourgeoisie. »[2]

Vous voudrez entendre un nuancement de la  pensée de votre rédacteur.  « Dans les pays où  la civilisation moderne a atteint son plein développement, il s’est formé une petite bourgeoisie nouvelle qui flotte entre le prolétariat et la bourgeoisie et qui, fraction complémentaire de la société bourgeoise, ne cesse de se reconstituer, mais dont les membres sont constamment précipités par la concurrence dans  le prolétariat avec le développement de la grande industrie, ils voient même approcher le moment où ils disparaîtront totalement en tant que partie autonome de la société moderne et seront remplacés dans le commerce, la manufacture, l’agriculture par des surveillants et des commis. »[3]

Hormis les antagonismes de classe, et pour améliorer, conserver ses positions économiques, les bourgeoisies nationales n’hésitent pas –s’ils ne peuvent faire naturellement ce qu’ils désirent- précipiter ‘leur peuple, contre les soi-disant ennemis   étrangers;  de toute façon ce seront les prolétaires qui seront la chair  à canon (n’est-ce pas ce qui s’est passé lors de la Première guerre mondiale et pendant la Grande guerre patriotique, comme l’ont baptisé les Soviétiques?)  Et les conflits peuvent   être longs.  Prenons le cas de l’existence d’Israël et de  sa reformation après la Deuxième guerre mondiale et la promotion à l’échelle internationale du sionisme et d’une politique séduisante pour rapatrier les ressortissants juifs où qu’ils soient.  Mais, cette politique commence à avoir des ratées, que ce soit à New York (USA) ou même en France.

« L’émigration de Français juifs vers Israël – l’alya », qui avait atteint des niveaux record en 2014 (7238 personnes) et 2015 (7835), aurait fléchi en 2016.  Selon une projection du Jewish People Policy Institute (JPPI, l’organe de planification de l’Agence juive), qui extrapole les données des huit premiers mois de l’année (3452), les départs devraient être d’environ 5 000 à la fin de 2016.  C’est un niveau encore largement supérieur à la période antérieure au pic de 2014 et 2015 (moins de 2000 en 2011 et 2012, 3297 en 2013), mais en retrait par rapport à certaines anticipations. (Daniel Benhaïm, directeur général de l’Agence juive (qui  aide à préparer la ‘montée’ en Israël) en France, indique que les prises de contact de juifs français avec l’Agence juive et leurs demandes d’information demeurent à un niveau très élevé. (…)

Selon Daniel Benhaïm, l’alya n’est pas seulement une réaction aux événements.  Il est aussi un projet religieux et\ou politique. Le relatif replu de 2016 s’expliquerait parce qu’est ‘ partie la vague idéologiquement la plus prête, boostée par les événements’.  Aujourd’hui, une seconde vague s’interrogerait.  Un projet d’émigration… se mûrit deux ou trois ans. »[4]

Au lieu de garder comme témoin de l’Histoire, les oripeaux du nazisme, la droite préfère gommer.  Pourquoi?   « En novembre 2014, l’hebdomadaire autrichien Profil avait révélé le versement   à la propriétaire de cette grande demeure bourgeoisie, Gerlinde Pommer, d’un loyer mensuel de 4700 euros, justifié depuis 1972 par une volonté étatique légitime d’empêcher l’établissement d’un lieu de pèlerinage nazi.  (…)

Plusieurs ministres de l’Intérieur se sont succédé en vain à son domicile, dans le but de la persuader de vendre ce bien classé construit au XVIIe siècle. »[5]

C’est bien après les horreurs  des  Barbares hitlériens qu’on peut se rendre compte que le chemin de la réconciliation est semé d’embûches, notamment dans l’héritage psychologique et la mentalité quotidienne.   Prenons pour exemple l’ancienne Yougoslavie.

« Pour la première fois depuis 1999, un Serbe a été élu, lundi 17 octobre (2016) à la tête de la mairie de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine.  Cette ville symbole de la guerre de Bosnie (1992-1995) a été le théâtre d’un massacre de près de 8000 Bosniaques (Musulmans) en juillet 1995, perpétré par les forces serbes – un événement qualifié de ‘génocide’ pour la justice internationale.  (…)

La composition du corps électoral est un sujet récurrent de polémique dans cette enclave musulmane au sein de la République serbe de Bosnie, une des deux entités qui forment le pays, avec la fédération bosno-croate, depuis les accords de paix de Dayton, signés fin 1995. (…)

Depuis 1995, la population musulmane n’a cessé de chuter dans la ville, en raison de la persistance des tensions intercommunautaires et de la mauvaise situation économique.  En 2013, ils n’étaient plus que 7248, selon le recensement, à peine plus  que le nombre de Serbes, alors que la commune comptait 27 000 habitants musulmans avant la guerre. (…)

En réalité, il n’y aurait plus que 5000 à 6000 habitants à Srebrenica, avec légèrement plus de Serbes que de Bosniaques. (…)

Le président de la République serbe de Bosnie, le nationaliste Milorad Dodik, a écarté toute intervention extérieure dans  une déclaration à l’agence serbe Beta.  Les élections à Srebrenica sont une histoire finie, conclue par la victoire de notre candidat’. »[6]

Pendant la guerre en Yougoslavie, les milieux nationalistes les plus exacerbés ont sonné du cor pour ameuter les ‘forces vives’ de la nation.  Attention, au Québec, il y a des gens qui –même s’ils ne sont pas communistes – sont lucides et comprennent le danger;  il n’y a pas que des ‘fascistes’ dans la Province.  Toutefois,  «Personne n’a dû être surpris de la fin de non-recevoir catégorique que Québec solidaire  a opposée au nouvel appel de Jean-François Lisée à une candidature commune à l’élection partielle dans Verdun. (…)

Il est vrai que le bref règne de Pauline Marois (anciennement Première ministre du Québec et chef du Parti québécois) a laissé un goût amer à de nombreux solidaires, qui y ont vu une trahison des principes de la social-démocratie, mais il se trouve aussi que QS ne peut raisonnablement espérer prendre de l’expansion que dans l’est de Montréal, autrement dit en territoire péquiste. (…)

M. Lisée dit avoir transmis à QS un sondage selon lequel un candidat souverainiste pourrait l’emporter s’il  y a report des voix, mais il est permis de croire que le PQ conserve une bonne longueur d’avance sur QS.  Et puisque les militants péquistes sont plus nombreux que les solidaires, une assemblée d’investiture commune choisirait tr ès probablement un péquiste, comme cela se produirait dans la quasi-totalité des circonscriptions où on voudrait faire alliance.  S’Il doit éventuellement y avoir une union des forces souverainistes, il faudra que quelqu’un fasse preuve d’une certaine générosité, et le PQ en a davantage les moyens.  En renonçant clairement à tenir un référendum dans un premier  mandat, le nouveau chef du PQ  a démontré qu’il pouvait être audacieux, et s’effacer devant QS le serait tout autant. (…)

Le QS serait mal venu de continuer à le bouder. (…)

Pour surmonter l‘obstacle que constitue la division du vote francophone, un changement de paradigme s’impose. »[7]

« Le président de QS  Andrés Fontecilla estime qu’une candidature conjointe, spontanée et improvisée quelques jours avant le déclenchement des élections partielles, réduirait les chances de vaincre les libéraux, qui sont au pouvoir dans cette circonscription depuis 1965. (…)

(M. Lisée) a déclaré que ‘le candidat le mieux placé pour battre les libéraux, c’est celui du PQ.  On aurait pu leur dire de l’appuyer, eux, mais ça aurait été une réponse partisane, une façon de dire non’, »[8]

« Pour résoudre la question nationale, le léninisme part des thèses suivantes :

*le monde est divisé en deux camps : le camp d’une petite poignée de nations civilisées qui détiennent le capital financier et exploitent l’immense majorité  de la population du globe, et le camp des peuples opprimés et exploités des colonies et des pays dépendants qui forment cette majorité;

*la victoire de la classe ouvrière dans les pays évolués et la libération des peuples opprimés du joug de l’impérialisme sont impossibles sans la formation et la consolidation d’un front révolutionnaire commun;

*ce soutien consiste à revendiquer, à défendre, à appliquer le mot d’ordre du droit des nations à se séparer, à exister comme États indépendants;

*sans l’application de ce mot d’ordre, il est impossible d’organiser l’union et la collaboration des nations dans une économie mondiale unique, base matérielle de la victoire du socialisme mondial.»[9]

L’impérialisme tente toujours sa chance à la roulette, à la boule terrestre.  En Amérique du Nord, on a créé l’Aléna; ailleurs on se prépare à dégrader encore davantage le pouvoir d’achat des travailleurs et à ondoyer  dans la fontaine dorée de l’Europe avec les États-Unis et le Canada.

« L’intérêt économique du Canada est connu.  Celui de l’Europe aussi, qui ne voit dans l’AECG qu’un ‘ballon d’essai’ avec, dans la mire, la conclusion du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (en anglais TTIP).   Un accord se voulant plus ambitieux avec les États-Unis, qui n’ont pour obsession que de contrer la montée en puissance et en influence économiques de la Chine en Asie.  Le tout s’insérant dans un environnement politique bigarré avec, à la clé, le Brexit et de nombreux rendez-vous électoraux.  Déjà que les relents du protectionnisme faisaient leur œuvre, voilà une carte politique constituant un terreau fertile à la reprise du thème de la démondialisation. (…)

L’ouverture des marchés n’est pas économiquement et socialement neutre.  (…)

Elle soumet également la souveraineté des États au diktat des multinationales et de la libéralisation du commerce.  L’ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy parlait, dans une entrevue au Devoir en juin, du tour qu’a pris le capitalisme ces dernières années et qui semble systématiquement faire ‘un petit nombre de gros gagnants et beaucoup de petits    perdants’.  Et même entre les gagnants, la répartition des retombées positives de la mondialisation se veut inégale, profitant davantage aux multinationales et aux actionnaires, moins aux  PME et aux salariés, ont déploré des économistes. »[10]

« Pour autant que la suppression du joug national est réalisable dans la société capitaliste, elle n’est possible que lorsque l’État se trouve sous le régime d’une république démocratique conséquente, assurant l’égalité complète de toutes les nations et de toutes les langues. »[11]

 

Archives : La Vie Réelle, www.laviereelle.blogspot.com

Blog : La Nouvelle Vie Réelle,  www.lnvr.blogspot.com



[1] Engels, Friedrich, Dialectique de la nature, Éditions sociales, Paris, 1975, page 178
[2] Marx, Karl; Engels, Friedrich, Manifeste du Parti communiste, Flammarion, Paris, 2008, page 243
[3] Ibidem, Marx-Engels, page 261
[4] Chambraud, Cécile, Baisse des départs de Français juifs vers Israël, Paris, mercredi 19 octobre 2016, page 11
[5] Gauquelin, Blaise, L’Autriche veut raser la maison natale d’Hitler, Le Monde, mercredi 19 octobre 2016, p.5
 
 
[6] Chastand, Jean-Baptiste, Vingt et un ans après le massacre, Srebrenica élit un maire serbe, Le Monde, Paris mercredi 19 octobre 2016, page 5
[7] David, Michel, La patrie avant le parti, Le Devoir, Montréal, le jeudi 20  octobre 2016, page A 3
[8] Moreau, Andréanne (avec La Presse canadienne), QS refuse l’offre du PQ, Métro, mardi 18 octobre 2016, p. 4
[9] Staline, J., Les questions du léninisme, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, pages 76-77
[10] Bérubé, Gérard, Démondialiser, Le Devoir, le jeudi 20 octobre 2016, cahier B, page B 1
[11] Lénine, V., Œuvres choisies, tome 2, Éditions du Progrès, Moscou, 1968, page131

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