mercredi 21 novembre 2018


LES CATHOLIQUES ET LES MUSULMANS DU CANADA

Daniel Paquet      dpaquet1871 @gmail.com

Entendu au Québec chez un retraité de la construction : « ils ne viendront tout de même pas fermer nos églises (catholiques, ndlr)? »  L’immigration musulmane de masse est encore assez nouvelle au Québec; c’est à Montréal qu’elle se fixe.  Les rumeurs vont bon train; c’est pourquoi bon nombre de Canadiens-français se sont laissé dire que les musulmans ne visaient qu’à installer leur religion et reléguer la religion chrétienne - de la très vaste majorité de la population- au dernier rang.  Entendons-nous, les Canadiens ne sont pas vraiment pratiquants, mais au Québec, ils sont farouchement croyants et même superstitieux à l’occasion.  Quelqu’un qui avait la division à l’esprit a donc mis de l’huile sur le feu.
La nation canadienne-française a souvent bien de la difficulté à trouver sa place au sein du Canada; alors ce n’est pas le moment de faire tanguer la chaloupe (nous y reviendrons plus loin).  Mais, dans le cas présent, il ne faudrait pas plonger vers l’extrême comme en Belgique. Cette année, « le Conseil communal de Charleroi a décidé d’interdire tous les signes d’appartenance philosophique, religieuse et politique, dès la rentrée prochaine, dans les écoles communales primaires et secondaires carolorégiennes [selon Sophie Merckx du Parti des travailleurs de Belgique-PTB], cette interdiction touche au droit à la libre expression, une évolution dangereuse.  Si nous suivons la majorité communale, on interdira donc de porter un T-shirt avec la photo de Che Guevara ou un pin’s pour le commerce équitable […] Est-ce que les écoles ne doivent pas justement être l’institution qui ouvre le débat, qui développe la réflexion démocratique, philosophique, qui encourage la solidarité et la  multiculturalité parmi notre jeunesse? »
L’édition montréalaise du quotidien anticommuniste et pro-républicain des États-Unis, La Grande époque, annonce déjà que le monde musulman en Amérique du Nord passe à l’action, ou presque : « Une autre méthode utilisée par Al-Qaïda est de trouver des groupes islamiques qui entretiennent des ‘concepts de victimisation, des concepts selon lesquels les musulmans sont persécutés par l’Occident non musulman, par les impérialistes, les colonialistes’… »

Un pays, deux nations

Nous voilà au cœur du débat.  Les Québécois ont à cœur la protection de leur culture, bien avant de se braquer contre les Canadiens-anglais.  Selon le quotidien La Presse du début août 2010, « le président du Parti québécois (nationaliste, ndlr), Jonathan Valois, craint la ‘folklorisation’ et ‘l’institutionnalisation’ de la souveraineté (séparation, ndlr) si ce projet ne rejoint pas davantage les jeunes générations. » 
Celui avait déposé en 2004 un rapport sur les jeunes et la souveraineté (sic).  « Selon ce rapport, les jeunes jugeaient l’indépendance ‘dépassée, désuète et vétuste’. »  Quant au président du Conseil de la souveraineté et ancien président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Gérald Larose, il n’est plus nécessaire de parler « d’indépendance » économique, semblant s’accommoder de la mondialisation et du libre-échange, même si ça ne laisse aucune parcelle d’autonomie aux travailleurs du Québec.  Un fameux syndicaliste!
Ils s’exprimaient tous deux à la veille d’une université d’été organisée par le Forum jeunesse du Bloc québécois, représentant les milieux nationalistes au Parlement fédéral du Canada.  Chose inusitée, l’unique député du parti Québec solidaire (social-démocrate) a participé à cet évènement.   D’ailleurs, l’autre porte-parole de ce jeune parti, Françoise David s’est réjouie en précisant au journaliste de La Presse que « cette organisation transpartisane est très noble.  Je trouve cela extrêmement intéressant et prometteur pour la suite des choses ».  Et les ouvriers, alors?

Sur la scène

Chaque année, le Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens organise une cérémonie spéciale.  La Presse rapporte, en mars 2010, que « cette année encore, la cérémonie d’intronisation se déroulait à Toronto.   ‘À la fin de la soirée, des jeunes attendaient (Robert Charlebois, ndlr) pour dire : I liked your performance.  Ils sont prêts à entendre de la bonne musique en français, mais le lendemain de la fête, c’est fini.  On n'entend plus de français dans les rues ou à la radio.  Ça donne l’impression de donner un coup d’épée dans l’eau.  Toronto est dans le même pays, mais dans une autre planète. »
Au mois d’avril, le quotidien a parlé de Gordon Lightfoot.  « Le musicien fait partie de ces pionniers du renouveau folk populaire.  En plus d’être l’une des premières stars anglo-canadiennes  à avoir obtenu la reconnaissance internationale, il a constamment représenté la culture anglophone de son pays.  Ce pays, d’ailleurs, il ne l’a jamais quitté […]  ‘J’ai toujours été fier d’être un ambassadeur de la culture de mon pays.  J’ai toujours pris ce rôle avec beaucoup de conviction et d’enthousiasme.  Oh yeah, no problem there. »
Sur les planches, la relève s’impose et elle n’est plus aussi européenne.  Comme le dit la comédienne Cynthia Cantave : « S’il y avait plus d’acteurs noirs sur les scènes, plus de jeunes pourraient s’identifier et avoir le goût de sortir au théâtre ou d’en faire.  Parce qu’à l’heure actuelle, les Noirs sont le plus souvent relégués à des rôles secondaires ».
Pour conclure, faisons un peu de droit constitutionnel.  Dans la Loi fondamentale de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (1977), l’article 27 affirmait que : « L’État se préoccupe de préserver et de développer les valeurs culturelles de la société et de les mettre largement à profit pour la formation morale et esthétique des Soviétiques, pour élever leur niveau culturel.  En U.R.S.S., on encourage par tous les moyens le développement des activités artistiques professionnelles et populaires. » 
Même le plus fieffé des pourfendeurs de l’Union soviétique sait que dans ce pays les arts en général y avaient une place de choix, et que c’était financièrement accessible.  C’était donc un droit garanti pour toutes les familles ouvrières.  Opéra, cirque, théâtre, cinéma, bibliothèques, concerts…  tout était à la portée des salaires des travailleurs. 
Décidément,  il en a drôlement perdu Yvan Yvanovitch avec tous ces « chambardements »!

Montréal, le 5 septembre 2010,   www.lnvr.blogspot.com

-30-

jeudi 15 novembre 2018



Theresa May se bat pour faire passer son projet d’accord

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Photo: Agence France-Presse Theresa May

Pauline Froissart - Agence France-Presse à Londres16 h 17
Europe


Ébranlée par des démissions de ministres en série, la première ministre britannique Theresa May a défendu jeudi bec et ongles son projet d’accord de divorce avec l’Union européenne, faisant planer la menace d’un retour en arrière sur le Brexit si elle n’obtenait pas de soutien.

« Je crois, avec chaque fibre de mon être, que le chemin que j’ai suivi est le meilleur pour mon pays », a déclaré Mme May devant la presse en fin de journée, assurant agir dans « l’intérêt national ».

Elle avait auparavant affronté pendant trois heures des députés vent debout contre l’accord, tentant de les convaincre de soutenir le texte de près de 600 pages qui avait provoqué plus tôt la démission de quatre membres de son gouvernement, dont son ministre responsable du Brexit Dominic Raab.

« Le choix est clair : nous pouvons choisir de partir sans accord, risquer qu’il n’y ait pas de Brexit du tout, ou choisir de nous unir et soutenir le meilleur accord que nous pouvions négocier, cet accord », a prévenu Mme May.

Mais outre l’hostilité prévisible de l’opposition, la chef du gouvernement est en butte à celle de bon nombre de députés de son propre parti, dont plusieurs tentent d’organiser un vote de défiance pour l’évincer.

C’est le député conservateur pro-Brexit Jacob Rees-Mogg, à la tête du puissant groupe parlementaire eurosceptique European Research Group (ERG), qui est à la manoeuvre, l’accusant d’avoir trahi les promesses faites au peuple britannique.

L’appui de 48 députés, soit 15 % du groupe conservateur aux Communes, est toutefois nécessaire pour organiser un tel vote et il faudrait ensuite qu’une majorité de députés conservateurs votent contre Theresa May. Le député europhile Kenneth Clarke s’est dit sceptique : « Il n’y a pas d’alternative », a-t-il confié à Sky News.

Alors que mercredi soir la première ministre se targuait d’avoir obtenu le soutien de son cabinet, les démissions se sont enchaînées jeudi avec, outre le départ de Dominic Raab, ceux de la secrétaire d’État du Brexit, Suella Braverman, du secrétaire d’État à l’Irlande du Nord, Shailesh Vara, et de la ministre du Travail, Esther McVey, inquiets notamment du sort réservé à la province britannique d’Irlande du Nord après le Brexit.

L’incertitude plane

Ces démissions ont conforté les partisans d’une sortie sans accord avec l’UE dans le propre camp de Mme May.

Elles ont aussi ragaillardi les partisans d’un second référendum sur le Brexit, une idée qui gagne du terrain même si Theresa May a répété jeudi qu’elle n’y recourrait pas.

Un rassemblement en faveur d’un second référendum s’est tenu jeudi près du Parlement. « C’est un chaos total », a confié Emma Roper-Evans, une écrivaine de 53 ans, à l’AFP. « Tout le château de cartes est en train de s’effondrer. »

Le projet d’accord prévoit un « filet de sécurité » (« backstop » en anglais), solution de dernier recours prévoyant le maintien de l’ensemble du Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE ainsi qu’un alignement réglementaire plus poussé pour l’Irlande du Nord, si aucun accord sur la future relation entre Bruxelles et Londres n’était conclu à l’issue d’une période de transition de 21 mois après le Brexit, prévu le 29 mars 2019, et prolongeable une fois.

Pour Dominic Raab, « le régime réglementaire proposé pour l’Irlande du Nord présente une menace très réelle pour l’intégrité du Royaume-Uni ».

Mme May a fait valoir qu’aucun accord avec Bruxelles ne serait possible sans cette assurance.

La bataille des Communes s’annonce rude

Theresa May doit à présent convaincre les parlementaires de voter le projet d’accord en décembre, une fois qu’il sera entériné lors d’un sommet européen le 25 novembre à Bruxelles.

La tâche s’annonce rude : son allié, le petit parti unioniste nord-irlandais, dont les dix députés lui sont indispensables pour avoir une majorité absolue, a ouvertement exprimé son opposition. Quant au Parti travailliste, il a laissé entendre qu’il ne voterait pas le texte.

Le Brexiter conservateur Mark Francois a calculé qu’il était « mathématiquement impossible » de le faire adopter.

Un autre tory, Andrew Bridgen, a carrément appelé Theresa May à démissionner « dans l’intérêt national ».

« Le gouvernement est en plein chaos », a résumé le leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn.

La cacophonie régnant au Royaume-Uni, qui a fait chuter la livre sterling de près de 2 % face à l’euro et au dollar, contrastait avec la satisfaction du Parlement européen, selon lequel l’accord est « le meilleur » possible pour l’UE.

La chancelière allemande Angela Merkel s’est dite « très contente », tandis que le premier ministre français Édouard Philippe a jugé que le projet était « un grand pas » tout en pointant des « inquiétudes » quant à son adoption finale.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a assuré que l’UE était prête pour un « accord final » avec le Royaume-Uni en novembre. « Nous sommes aussi préparés pour un scénario d’absence d’accord. Mais évidemment, nous sommes mieux préparés pour un scénario d’absence de Brexit », a-t-il ajouté avec un sourire.

vendredi 9 novembre 2018


Le salaire

Daniel Paquet                                                                    dpaquet1871@gmail.com

Quand le capitaliste (propriétaire des moyens de production) rencontre au         ’ marché ’ celui ou ceux qui complètent les forces productives en lui louant sa force de travail, il lui verse un salaire.  (Salaire origine de l’échange du temps de travail contre le sel, denrée rare au Moyen-âge).  « Il est tout à fait exact que la classe ouvrière, considérée dans son ensemble, dépense et doit forcément dépenser son revenu tout entier en moyens de subsistance (même si avec les années, elle est devenue, par le biais des syndicats –notamment au   Québec -, actionnaire de fonds d’investissement et d’épargne : ex. Fonds de solidarité du Québec  (FTQ) et Fondaction (CSN), et de préparation à la retraite, - ndlr).  Une hausse générale des salaires provoquerait donc une augmentation de la demande des moyens de subsistance et, par conséquent, aussi une hausse de leur prix sur le marché. Les capitalistes qui les produisent se dédommageaient des augmentations des salaires par les prix croissants de leurs marchandises sur le marché. (…)
Or, quelle sera la situation des capitalistes qui ne produisent pas d’objets de première nécessité?  Le taux de leur profit baissant par suite des augmentations générales des salaires, ils ne pourraient pas se rattraper par l’élévation des prix de leurs marchandises puisque la demande de ces marchandises n’aurait pas augmenté.  Leur revenu diminuerait, et c’est avec ce revenu amoindri qu’il leur faudrait payer davantage pour la même quantité d’articles courants de prix accru.  Mais ce ne serait pas tout.  Leur revenu diminuant, ils auraient également moins à dépenser en objets de luxe et, de cette façon, il y aurait recul dans la demande réciproque de leurs marchandises respectives.  Cette diminution de la demande ferait baisser les prix de leurs marchandises.  Donc, dans ces branches d’industrie, le taux des profits baisserait non pas simplement en proportion de l’élévation générale des salaires, mais aussi en rapport avec l’action combinée de la hausse générale des salaires, de l’augmentation des prix des objets de première nécessité et de la baisse des prix des objets de luxe.
Quelle serait la conséquence de cette différence entre les taux de profit pour les capitaux employés dans les différentes branches d’industrie?   La même conséquence qui se produit chaque fois que, pour une raison quelconque, surviennent des différences dans les taux moyens des profits dans les diverses sphères de la production.  Le capital et le travail seraient transférés des branches les moins rémunératrices dans les plus rémunératrices, et ce processus de transfert durerait jusqu’à ce que l’offre dans une branche d’industrie eût augmenté proportionnellement à la demande accrue, et qu’elle eût baissée dans les autres branches d’industrie en raison de la demande diminuée. (…)
Si, l’accroissement des salaires était dépensé en objets ne figurant pas auparavant dans la consommation des ouvriers, il ne serait pas nécessaire de prouver l’augmentation effective de leur pouvoir d’achat.  Mais comme elle n’est que la conséquence de l’élévation de leur salaire, il faut bien que l’augmentation du pouvoir d’achat des ouvriers corresponde exactement à la diminution du pouvoir d’achat des capitalistes.  Par conséquent, ce ne serait pas la demande totale des marchandises qui augmenterait, mais les parties constituantes de cette demande qui se modifieraient. (Finalement), la hausse générale du taux des salaires n’entraînera finalement rien d’autre qu’une baisse générale du taux de profit. »[1]
« (Les) efforts pour relever les salaires ne sont que des tentatives pour maintenir la valeur donnée au travail, et que la nécessité d’en disputer le prix avec le capitaliste est en connexion avec la condition qui l’oblige à se vendre (i.e. la classe ouvrière) elle-même comme une marchandise.  Si la classe ouvrière lâchait pied dans son conflit quotidien avec le capital, elle se priverait certainement elle-même de la possibilité d’entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure.  En même temps, et tout à fait en dehors de l’asservissement général qu’implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s’exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne.  Ils ne doivent pas oublier qu’ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu’ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction.  Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par ces escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du capital ou les variations du marché. (…)
Les trade-unions (i.e. les syndicats) agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital.  Elles manquent en partie leur but dès qu’elles font un emploi peu judicieux de leur puissance.  Elles manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps  à sa transformation et de se servir de leur propre force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition du salariat (au-delà d’une rémunération au sein d’un régime nouveau, le socialisme, -ndlr). »[2]
Finalement, nous avons pour preuve de cette bataille édulcorée, l’éditorial d’une livraison antérieure du journal syndical Le  Monde Ouvrier où on peut lire : « Ces luttes ne s’inscrivent pas dans le cadre des relations de travail traditionnelles, mais plutôt dans le cadre d’une action politique non partisane (sic), mais porteuse de notre projet de société. (…)
Le programme d’austérité du gouvernement libéral fait mal à l’emploi et a freiné la croissance économique.  Les moyens pour atteindre la promesse de 250 000 emplois demeurent pour le moment insuffisants. Nous allons continuer d’intervenir pour exiger un véritable dialogue social (sic). Nous sommes convaincus que c’est par la mise en place de véritables lieux de concertation que nous pourrons trouver des solutions viables pour l’emploi et pour une transition juste pour les travailleurs et travailleuses. (…)
(Pourtant, le diagnostic est juste) : Les inégalités sociales augmentent, les droits des travailleurs et travailleuses reculent, les systèmes écologiques sont fragilisés, les emplois se précarisent, le filet social se désagrège, l’économie répond de moins en moins aux besoins humains.  C’est à nous d’y voir, de rester mobilisés et de provoquer les changements souhaits. »[3]
La position du patronat, elle, est claire.  « Voyant la campagne en faveur du salaire minimum à 15$ prendre de l’ampleur au Québec, des représentants d’employeurs fourbissent leurs armes, de crainte que le gouvernement soit tenté de céder aux pressions.  La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a lancé une pétition sur la question et une campagne de lettres adressées à la ministre du Travail, Dominique Vien.  En entrevue… la vice-présidente principale de la FCEI, Martine Hébert, a insisté sur le fait que même étalée sur plusieurs années, une majoration de 10,75$ à 15$ l’heure reste ‘une hausse de 40 cents’.  Et une telle augmentation, même sur quelques années ‘ ne sera pas sans conséquences’ sur les emplois ou les heures de travail… »[4]
Retour à Marx : « À la surface de la société bourgeoise, la rétribution du travailleur se représente comme le salaire du travail : tant d’argent payé pour tant de travail.  Le travail lui-même est donc traité comme une marchandise dont les prix courants oscillent au-dessus ou au-dessous de sa valeur.  Mais qu’est-ce que la valeur?  La forme objective du travail social dépensé dans la production d’une marchandise.  Et comment mesure la grandeur de valeur d’une marchandise?  Par la quantité de travail qu’elle contient. »[5]
« Ce qui sur le marché fait directement vis-à-vis au capitaliste, ce n’est pas le travail, mais le travailleur.  Ce que celui-ci vend, c’est lui-même, sa force de travail. Dès qu’il commence à mettre cette force en mouvement, à travailler, dès que son travail existe, ce travail a déjà cessé de lui appartenir et ne peut plus désormais être vendu par lui.  Le travail est la substance et la mesure inhérente des valeurs, mais il n’a lui même aucune valeur (c). (page 579)
« Le salaire revêt à son tour des formes très variées… La vente de la force de travail a toujours lieu, comme on s’en souvient, pour une période de temps déterminée. La forme apparente sous laquelle se présente la valeur soit journalière,  hebdomadaire ou annuelle, de la force de travail est donc en premier lieu celle du salaire au temps, c’est-à-dire du salaire à la journée, à la semaine, etc.  La somme d’argent (a) que l’ouvrier reçoit pour son travail du jour, de la semaine, etc., forme le montant de son salaire nominal ou estimé en valeur. Mails il est clair que, suivant la longueur de sa journée ou suivant la quantité de travail livré par lui chaque jour, le même salaire quotidien, hebdomadaire, etc. peut représenter un prix du travail très différent, c’est-à-dire des sommes d’argent très différentes payées pour un même quantum de travail. (b)  Quand il s’agit du salaire au temps, il faut donc distinguer de nouveau entre le montant total du salaire quotidien, hebdomadaire, etc. et le prix du travail. (…)
Le capitaliste peut maintenant extorquer à l’ouvrier un certain quantum de surtravail sans lui accorder le temps de travail nécessaire à son entretien.  Il peut anéantir toute régularité d’occupation et faire alterner arbitrairement, suivant sa commodité et ses intérêts du moment, le plus énorme excès de travail avec un chômage partiel ou complet. Il peut sous le prétexte de payer le prix normal du travail’ prolonger démesurément la journée sans accorder au travailleur la moindre compensation. »[6]
« Mais la bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui lui apportent la mort; elle a aussi engendré les hommes qui porteront ces armes – les ouvriers modernes, les prolétaires. Dans la mesure même où se développe la bourgeoisie, c’est-à-dire le capital, se développe le prolétariat, la classe des ouvriers modernes qui ne vivent que tant qu’ils trouvent du travail et qui n’en trouvent que tant que leur travail augmente le capital.  Ces ouvriers, obligés de se vendre par portions successives, sont une marchandise comme tout autre article du commerce et sont donc exposés de la même manière à tous les aléas de la concurrence, à toutes les fluctuations du marché. L’extension du machinisme et la division du travail ont fait perdre au travail des prolétaires tout caractère indépendant et par suite tout attrait pour l’ouvrier.  Celui-ci n’est plus qu’un accessoire de la machine et l’on n’exige de lui que le geste le plus simple, le plus monotone, le plus facile à apprendre. »[7]
« Il faudrait donc dire que nulle part les machines ne sont employées aussi volontiers qu’en U.R.S.S., puisqu’elles économisent du travail à la société et allègent la peine des hommes.  Et comme le chômage n’existe pas en U.R.S.S., les ouvriers emploient très volontiers les machines dans l’économie nationale.  Quand on parle de la situation matérielle de la classe ouvrière, on pense d’habitude aux ouvriers occupés, et l’on ne tient pas compte de la situation matérielle de ce qu’on appelle l’armée de réserve, l’armée des chômeurs.  Une telle façon de traiter la situation matérielle de la classe ouvrière est-elle juste?  Je pense que non.  Si les chômeurs forment une armée de réserve, dont les membres n’ont pas de quoi vivre, sinon de la vente de leur force de travail, les chômeurs doivent forcément faire partie de la classe ouvrière; mais alors leur situation misérable ne peut qu’influer sur la situation matérielle des ouvriers occupés.  Je pense donc qu’en définissant la situation matérielle de la classe ouvrière dans les pays capitalistes, il faudrait tenir compte aussi de la situation de l’armée de réserve des sans-travail. »[8]

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[1] Marx, Karl, Salaire, prix et profit, Œuvres choisies, tome 2, Éditions du Progrès, Moscou, 1978, pages 31-33
[2] Ibidem, pages 75-76
[3] Éditorial, L’action politique pour défendre notre projet de société, Le Monde Ouvrier, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Montréal, no. 117, septembre-octobre 2016, page 3
[4] La Presse canadienne, Les employeurs préparent leur riposte, Métro, mercredi 12 octobre 2016, page 12
[5] Marx, Karl, Le Capital, Livre I, Gallimard, Paris, 1968, page 577
[6] Ibidem, Le Capital, pages 579-590
[7] Marx, Karl; Engels, Friedrich, Le Manifeste du Parti communiste, Flammarion, Paris, 2008, pages 236-237
[8] Staline, J., Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S., www.marxisme,fr, Édition électronique réalisée par Vincent Gouysse à partir de l’ouvrage publié en 1974 aux Éditions en langues étrangères, Pékin, page 21

jeudi 8 novembre 2018



Association Amitié Haïti-République populaire de Chine/Vive l’Amitié Chine populaire/Haïti


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Disparition de Gérald Bloncourt, photographe au regard engagé

dimanche 4 novembre 2018, par admin



Disparition de Gérald Bloncourt, photographe au regard engagé
Par Chantal Guerrier Publié le 02/11/2018 à 12:48

L’ancien grand reporter et artiste aux multiples facettes est mort le 29 octobre, à l’âge de 91 ans. Il laisse une œuvre impressionnante : des photos, bien sûr, mais aussi des romans, des recueils de poésie, des tableaux.


Dans quelques jours, le 4 novembre, Gérald Bloncourt devait fêter son anniversaire. Il avait promis de tenir jusque-là. Mais depuis quelque temps, il postait des messages sur sa page Facebook qui ne laissaient plus beaucoup la place au doute. « Encore quelques jours… », écrivait-il ainsi, histoire d’habituer ses proches, ses amis et ses admirateurs. Lui qui maniait l’humour aussi bien que l’obturateur. Voilà un an, il avait effectué, avec sa famille, un voyage en forme de pèlerinage sur sa terre natale, Jacmel, en Haïti, mais aussi Port-au-Prince, la capitale, où de vibrants hommages lui ont été rendus par la jeune génération avec laquelle il se sentait tellement à l’aise.

Gérald Bloncourt est né le 4 novembre 1926, à Baînet, commune de Jacmel, dans le Sud-Est d’Haïti. Dès son plus jeune âge, il est révolté par l’injustice, lui qui venait d’une famille aisée. Il aime raconter une scène qui a forgé son « âme révolutionnaire ». Enfant, il voit un homme tabassé à mort par les policiers parce qu’il allait pieds nus. Le père de Gérald est guadeloupéen négociant en café, et sa mère française institutrice pour les enfants de la bourgeoisie. Ils s’installent à Jacmel en 1927, alors sous l’occupation américaine. Jeune lycéen, à Port-au-Prince, Gérald Bloncourt se range aux côtés des ouvriers et des paysans qui résistent contre les Marines.

Artiste, il rencontre d’un peintre américain Dewitt Peters, et les deux hommes créent le Centre d’art haïtien à Port-au-Prince. C’est un creuset d’où explosent de nombreux talents et qui attire des personnalités artistiques et intellectuels notamment Aimé Césaire, Pierre Mabille (attaché culturel de la France libre), André Breton et le peintre cubain Wifredo Lam. La série de conférences prononcées par l’écrivain surréaliste André Breton galvanise Gérald Bloncourt et ses camarades parmi lesquels Jacques-Stephen Alexis et René Depestre. Ensemble, ils créent la revue La Ruche pour publier leurs créations.

En 1946, le petit groupe prend la tête d’un soulèvement étudiant. Ce seront « les Cinq Glorieuses » qui aboutiront à la chute du président Elie Lescot, le 11 janvier 1946. Arrêté, puis relâché, Gérald Bloncourt part pour l’exil à bord d’un paquebot qui le conduira en Guadeloupe puis en France où il rejoint la famille de sa mère. À Paris, ensuite, il est accueilli par des militants communistes et des poètes. Il apprend la photographie et travaille comme reporter-photographe pour le journal L’Humanité, où il est devenu chef du service photo. Dans les années 1950, son « regard engagé » immortalise les clichés des ouvriers de Renault à Boulogne-Billancourt, des immigrés portugais dans les bidonvilles de Joinville-le-Pont. Il est aux côtés des ouvriers du chantier de construction de la tour Montparnasse.

Il parcourt aussi l’Europe pour couvrir comme grand reporter les événements populaires qui explosent un peu partout comme la Révolution des œillets au Portugal. Il voyage dans les pays de l’Est, en URSS, en Chine, où il rencontre Mao Tsé-toung.

Gérald Bloncourt est aussi le photographe des artistes. Sa pellicule argentique noir et blanc a sublimé nombre d’entre eux, Yves Montand, Georges Moustaki, Charles Aznavour, pour ne citer que ceux-là. Il est de la même trempe que ses contemporains Robert Doisneau et Willy Ronis. Pour Bloncourt, « la photographie est un moyen de dire l’Homme, dans sa plus grande vérité ». Lorsqu’apparaît le numérique, cet adepte de la modernité s’y met à fond. Il numérise l’ensemble de ses négatifs sur son Mac. Ce travail phénoménal qui lui prend plusieurs années, il ne le délaisse à personne. Son fonds photographique est impressionnant. Pas moins de 200.000 clichés. Il se saisit aussi du procédé de digigraphie pour imprimer ses peintures et dessins en grand format. Il est régulièrement sollicité dans des conférences pour parler d’Haïti, de la photo, de la peinture. Jamais il ne dit « non ».

Parallèlement à son travail de photographe, ce créateur aux multiples facettes embrasse le roman, la poésie, la peinture, avec autant de talent. Il publie La peinture haïtienne, une bible incontournable, en 1986. Mais aussi des romans, Yeto le palmier des neiges, et des essais, Le regard engagé, parcours d’un franc-tireur de l’image de 2004, pour ne citer que ceux-là. Mais il reste un personnage sensible, très abordable. Sa demeure parisienne est un havre accueillant pour les visiteurs désireux de l’écouter parler politique. Une de ses grandes passions. Gérald Bloncourt a été plusieurs fois récompensé pour l’ensemble de son œuvre. En 2011, il est fait Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres en France et en 2015, il accède à la Légion d’honneur.

Le plus ancien exilé haïtien a attendu la chute de Jean-Claude Duvalier, le 7 février 1986, pour pouvoir remettre les pieds en Haïti, quarante ans après en être parti. Depuis, il n’a eu de cesse de vouloir traduire l’ex-dictateur devant la justice pour les innombrables crimes commis sur les opposants du régime hérité de son père François pendant les 29 ans qu’a duré leur règne sanguinaire. Il a été à l’initiative d’un « comité pour juger Duvalier », lorsque ce dernier est accueilli en France, alors que dans le même temps, les personnes persécutées par le régime du dictateur sont refoulées par l’administration migratoire française. Gérald Bloncourt a même recouru à une longue grève de la faim. Ses proches ont eu très peur car il a frôlé la mort. Ce combattant inlassable n’a eu de cesse d’obtenir que le dictateur soit jugé et qu’il rembourse à Haïti la fortune spoliée par sa famille. Le tyran est mort en 2011. Sans avoir été jugé. Une bataille perdue pour Gérald.

Dans la nuit du 28 au 29 octobre, Bloncourt a perdu son combat contre la maladie, qu’il a mené avec un courage exemplaire. Les obsèques auront lieu un jour après son anniversaire, le 5 novembre au cimetière parisien du Père-Lachaise.

http://www.lefigaro.fr/culture/2018/11/02/03004-20181102ARTFIG00128-disparition-de-gerald-bloncourt-photographe-au-regard-engage.php


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mercredi 7 novembre 2018



78 000 malades mentaux morts dans les hôpitaux psychiatriques sous le régime de Vichy


COMMUNIQUÉ : L'historien Jean-Pierre Azéma sera jugé le 23 novembre 2018 à 13h30 par la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris pour diffamation et atteinte à l’honneur d’un individu suite à la plainte déposée par l'auteur Armand Ajzenberg.

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COMMUNIQUÉ

- 78 000 malades mentaux morts dans les hôpitaux psychiatriques sous le régime de Vichy

Mais aussi :

- 50 000 vieillards de plus que n’en prévoyait la mortalité ordinaire, également morts, dans le même temps et sous le même régime, dans les hospices

- 10 000 êtres humains environ enfermés dans les prisons françaises, non condamnés à mort, et cependant morts sous le régime de Vichy

Tous morts de faim avant que leur dernière heure ne soit vraiment arrivée, sans loi ni décret, par non-assistance à personnes en danger du régime pétainiste d’alors.

C'est ce que Jean-Pierre Azéma, dans un rapport public (Mission sur le drame que les personnes handicapées mentales ou malades psychiques ont connu dans les hôpitaux psychiatriques et les hospices français entre 1941 et 1945) demandé par François Hollande, a voulu cacher au Président de la République d’alors, ainsi qu’a tous les Français.

La vérité historique, dans son rapport, s’agissant de l’hécatombe des fous sous le régime de Vichy, dépendrait selon lui de deux thèses : soit une volonté exterminatrice des fous par dénutrition d’un gouvernement de Vichy, ce serait la thèse soutient-il d’Armand Ajzenberg, soit la non-existence de toute directive exterminatrice provenant de ce même gouvernement. Absence de directive prouvant la non-implication de ce gouvernement en la matière, c’est la thèse de Jean-Pierre Azéma. Il s’agit là de deux thèses fallacieuses. L’une, celle qu’il a imputé à Armand Ajzenberg, est une allégation mensongère. Et Jean-Pierre Azéma, fort de son mensonge, tranche en faveur de la seconde. Il en fait sa vérité historique. Pourtant sa thèse, résultant d’un non-fait, ne prouve en rien qu’il n’y ait pas eu alors non-assistance à personnes en danger de mort, ceci de plus en connaissance de cause.

Pour arriver à sa conclusion, l’historien transforme la thèse de non-assistance par Vichy à personnes en danger de mort en "intentionnalité du régime de Vichy d’éliminer les malades mentaux". Ainsi il lui est facile de ne pas trouver la preuve d’une directive allant en ce sens. En effet, la non-assistance à personnes en danger de mort ne relève pas, par définition, d’une directive écrite, sinon elle serait"intention éliminatrice" et non plus "non-assistance". C’est cette allégation mensongère qui permet à Jean-Pierre Azéma d’éliminer la thèse opposée à la sienne.

"Aujourd’hui encore, la polémique reste en embuscade" écrivait la journaliste Élise Rouard à la fin d’un important article (une page) publié dans Le Monde daté du 8 mai 2018. Elle constatait, elle aussi, que "Dans son texte celui-ci (Jean-Pierre Azéma) soutient la thèse d’Isabelle von Bueltzingsloewen, ignorant les autres qui concluent à une faute, une non-assistance à personnes en danger de la part des autorités de l’époque". Ce qui conduisit François Hollande à déclarer : "Cette hécatombe n’a pas été voulue, n’a pas été planifiée, […] – elle est arrivée par l’indifférence, par l’oubli, par l’ignorance".

Jean-Pierre Azéma écrit en effet (page 6 de son rapport) : "Armand Ajzenberg, en collaboration avec André Castelli […] publiait L’Abandon à la mort… de 76 000 fous par le régime de Vichy (éd. L’Harmattan 2012) […] C’est… avant tout une réponse à Isabelle von Bueltzingsloewen sur un ton inutilement polémique. En tout cas, il n’apporte pas la preuve que le gouvernement de Vichy a rédigé puis diffusé une directive officialisant "l’hécatombe" des malades mentaux". Ainsi, à partir de cette allégation mensongère, Jean-Pierre Azéma croit pouvoir clore la polémique. En effet pour arriver à la conclusion d’Isabelle von Bueltzingsloewen, il lui est indispensable d’ignorer, de gommer, de censurer la non-assistance à personnes en danger de mort.

Mais le mensonge finalement démasqué, l’argumentation développée par Isabelle von Bueltzingsloewen et Jean-Pierre Azéma conduisant à la non-implication du régime de Vichy dans toutes ces morts tombe à l’eau, que reste-t-il alors ? Ce qu’ils ont tant voulu ignorer, gommer, censurer : la non-assistance à personnes en danger de mort. Une page de l’histoire de ce régime collaborationniste sera alors, le 23 novembre 2018, peut-être ajoutée.

Le vendredi 23 novembre 2018 à 13h30 - TGI de Paris

29-45 Avenue de la Porte de Clichy, 75017 Paris

L’historien Jean-Pierre Azéma devant la 17e chambre correctionnelle du TGI
pour diffamation publique et atteinte à l’honneur d’Armand Ajzenberg

Procès ouvert au public et aux journalistes

Armand Ajznberg : Partie civile Stéphane Levildier,

Isabelle Guttadauro : Avocats à la Cour

Contact : Ajzenberg@aol.com slevildier@lgavocats.fr iguttadauro@lgavocats.fr

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ARMAND AJZENBERG



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mardi 6 novembre 2018

LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS DOIT REDEVENIR MARXISTE ET LÉNINISTE


Ce serait bien pour Malakoff aussi. Il faut rêver comme disait Lénine!!!Hervé Fuyet38ème congrès du PCF

Pour un bilan communiste des socialismes du XXème siècle 

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Voici trois amendements suggérés par des camarades qui améliorent le manifeste sur une question essentielle pour la construction d’une orientation majoritaire des communistes, celle de l’URSS et de sa fin, et de ce qu’elle nous dit de notre projet de "parti communiste du XXIème siècle".
Le manifeste aborde le sujet en fin de chapitre 1 (proposant "un bilan critique") comme un élément explicatif de ce qui apparait aujourd’hui comme des erreurs du PCF, puis en fin d’introduction du chapitre 3 (le "communisme de notre temps"), comme enjeu de renouvellement d’idées, enfin dans le premier point du chapitre 4 (internationale) évoquant de profonds changements du monde et la nécessité d’un bilan communiste de ce qu’a représenté l’URSS pour comprendre le monde tel qu’il est.
Les débats encours du congrès confirment l’importance de ces paragraphes, objet de discussions riches et de propositions d’amendements venant le plus souvent conforter le manifeste mais parfois tentant au contraire de le réfuter en confirmant une rupture définitive avec l’histoire du communisme au XXème siècle.
En ce sens, les trois amendements présentés ici peuvent être l’occasion d’une réflexion ouverte et large des communistes pour une réorientation qui nous sorte de cette "autophobie" de notre histoire [1] et retisse le lien avec ce que peut être un "communisme du XXIème siècle".
On ne peut mieux résumer ce que les communistes cherchent à réorienter qu’à partir du point de vue de Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF qui résume le débat en une phrase :
En quelques mots : nous avons longtemps adopté, avec tous les partis communistes, la conception léniniste de la révolution ; elle n’est plus la nôtre ; nous en avons une autre.
ce qui le conduit à vouloir réécrire le manifeste pour rejeter cette réorientation esquissée...
Or, je crois lire dans plusieurs formulations de la base commune des retours en arrière. Ainsi, il est inexact d’indiquer que « les directions successives du PCF » n’ont pas procédé à « une analyse approfondie » après la disparition de l’URSS (page 7, lignes 7, 8) et qu’en somme, il conviendrait de s’y mettre. Cette analyse a été effectuée. Et elle n’a pas été faite après la chute de l’URSS, mais dès les années 70 lorsque nous nous sommes émancipés du marxisme-léninisme et du « modèle » soviétique après l’abandon de la dictature du prolétariat.
Le PCF a effectivement fortement évolué depuis les années 70 dans le contexte de la stratégie du programme commun, même si à l’époque, personne ne disait que nous avions "rompu" avec l’histoire léniniste des partis communistes. Nous disions que nous cherchions une "voie démocratique au socialisme à la Française", et c’est la mutation qui est allée au bout de "l’émancipation du marxisme-léninisme" en rejetant l’idée même d’une société "socialiste", comme de toute idée de "révolution", mettant l’accent central sur le rôle électoral du parti dans le cadre de la démocratie supposée permettre une "autre politique".
Or en 1976, le XXIIème congrès rejetant la dictature du prolétariat se déroulait dans le cadre de la confrontation des blocs [2] et personne ou presque n’imaginait la fin de l’URSS. Le débat international entre communistes portait sur l’importance de "voies nationales au socialisme", s’émancipant donc d’un "modèle" soviétique. Le congrès se déroulait dans le cadre stratégique de l’union de la gauche dont les communistes connaissaient les risques d’un renoncement du parti socialiste, mais qu’ils pensaient pouvoir maitriser par l’intervention populaire...
Aujourd’hui, nous savons que malgré sa force, le PCF n’a pas pu résisté aux "renoncements" socialistes, que l’union de la gauche n’a pas "changé la vie", que l’URSS a explosé et avec elle un rapport des forces mondial en faveur des peuples qui ont payé très cher la "fin de l’histoire" avec l’hyperdomination guerrière US... L’émancipation du "modèle" soviétique n’est plus un débat théorique mais un constat pratique déjà ancien...
En rester comme le propose Dartigolles à cette pensée initiée en 1976 est-il aujourd’hui pertinent pour un monde totalement transformé comme le montre justement le chapitre sur la crise et le chapitre international du manifeste ? L’enjeu démocratique est-il d’abord une question posée au"socialisme réel", ou au contraire au "capitalisme réel", avec une force décuplée depuis l’arrivée de Trump puis Bolsanaro ? Et pourquoi le PCF n’a-t-il pu résister aux renoncements socialistes ? Pourquoi l’intervention populaire, qui a pourtant montré sa force en 1995 ou en 2005 n’a pu trouvé le chemin du "changement de société", pourquoi au contraire le PCF a progressivement disparu de l’imaginaire politique ?
Les communistes savent d’expérience que cela a à voir avec l’histoire du socialisme réel, et qu’il est un peu court de dire que nous "payons" seulement le prix de l’échec de l’URSS ! Derrière l’URSS ce sont les questions de la possibilité d’un changement de société, d’un système non capitaliste, d’un internationalisme contre la mondialisation capitaliste qui sont mises en cause. Nous savons tous qu’elles le sont non pas à partir de l’histoire réelle du socialisme du XXième siècle mais à partir de sa diabolisation idéologique construite dans une bataille acharnée à laquelle nous n’avons pas résisté et qui conduit par exemple une partie de nos adolescents à croire que Staline était l’allié de Hitler, à méconnaitre le tournant crucial de Stalingrad en célébrant le débarquement, à croire que les peuples soviétiques étaient affamés et prisonniers alors même que le retour violent du capitalisme après 1990 détruisait les incroyables acquis sociaux et culturels de ces peuples !
Le plus grave dans ces analyses des années 70 était ce qui conduisait Fiterman après Gorbatchev a déclarer en 1990 que "la force de la politique avait supplée la politique de la force". Cela prêterait à sourire quand on regarde le monde d’aujourd’hui, sa violence extrême, la brutalité de la mondialisation capitaliste, son choix permanent de la guerre, sa mise en cause de la démocratie partout, jusqu’au choix du fascisme d’Ukraine au Brésil...
Le refus viscéral de Dartigolles de réévaluer en communiste ce qu’a été le socialisme soviétique le rend totalement aveugle à ce qui reste aujourd’hui des socialismes du XXième siècle, de l’originalité de Cuba dans un engagement populaire pour la défense de leur petit pays face à l’hyperpuissance voisine, à l’originalité de la Chine tirant les leçons de l’échec soviétique en inventant un "socialisme de marché" assurant le développement accéléré d’un quart de l’humanité. Il est aveugle aux luttes des partis communistes dans toute la planète, à commencer par le parti russe qui mène une lutte difficile mais déterminée contre Poutine et qui obtient de réels succès. En rompant avec notre histoire communiste, il rompt aussi avec la presque totalité des partis communistes !
Mais surtout, il se rend incapable de construire une réponse actuelle à la crise française dans le capitalisme mondialisé. Il reste prisonnier du XXXème congrès, celui de la mutation, qui entérinait cette rupture avec notre histoire au nom d’un "communisme nouveau" qui s’est révélé être soluble dans "la gauche" socialiste à tel point que son plus efficace représentant électoral est désormais Jean-Luc Mélenchon.
Au contraire, un immense chantier est devant nous pour réévaluer l’histoire des socialismes du XXième siècle, ceux qui continuent de se développer comme ceux qui ont été défaits, le soviétique bien sûr, mais aussi le yougoslave, et aussi cet "eurocommunisme" qui voulait inventer une alternative au modèle soviétique mais qui a conduit les partis à la dissolution en Italie, à un profond affaiblissement en France, et à un émiettement en Espagne jusqu’à ce congrès récent du PCE qui décidait de rajeunir sa direction en retrouvant son choix marxiste-léniniste, ce choix même contre lequel Dartigolles comme Pierre Laurent s’arcboutent, effrayés d’un tel virage à gauche du PCF ! S’ils avaient participé au centième anniversaire de la révolution d’octobre à Moscou, ils auraient constaté leur isolement du mouvement du monde et des milliers de communistes de toute la planète qui cherchent les voies d’un communisme du XXIème siècle sans jamais rompre avec leur histoire.
Ce chantier doit nous aider à comprendre l’histoire du socialisme soviétique jusqu’à sa défaite, les causes internes et les causes externes, comprendre comment, malgré les guerres, l’URSS a connu une croissance économique de 1930 à 1960 supérieure à celle des trente glorieuses en France, comment l’espérance de vie a progressé plus vite que partout ailleursjusqu’à rattraper le niveau occidental en 1970 avant de stagner ensuite, comprendre pourquoi l’agriculture soviétique s’est développée avec succès jusqu’en 1960 sur un modèle "bioagricole" avant de se mettre à copier l’agrochimie occidentale ensuite, comprendre pourquoi l’objectif d’un grand réseau de communications entre universités et centre scientifiques soviétiques défini par un plan quinquennal à la fin des années 60 n’a pas été réalisé, il aurait été en avance sur le réseau équivalent US, ancêtre d’internet...
Non, Olivier, nous ne savons pas tout des causes de ce qui est bien une défaite, payée chèrement d’abord par les ouvriers, les femmes, les retraités soviétiques. Nous n’avons appris que récemment les centaines de morts dans la défense du parlement face aux chars d’Eltsine. Nous n’avons pas su que le 7 novembre 1991, pour l’anniversaire de la révolution d’octobre, des manifestations spontanées contre le capitalisme se déroulaient partout en URSS, sans aucune organisation pour les fédérer, le PCUS s’étant dissous et ses dirigeants étant pour l’essentiel en train de se partager les richesses "socialistes"...
Oui, il est urgent d’ouvrir en grand ce débat et d’en profiter pour améliorer le texte afin d’ouvrir en grand cet immense chantier d’une analyse communiste du socialisme réel, des conditions de son développement initial, de son caractère historique et national, des défaites qu’il a subit, et des victoires qu’il continue à construire...
Les trois amendements qui suivent sont de bons supports pour conforter le manifeste vers un texte de congrès largement majoritaire.

Proposition d’amendement du chapitre Un bilan critique

Amendement discuté dans les Bouches du Rhone, page 6 avant la ligne 4, déplacer le paragraphe de la page 7 lignes 4 à 13 enrichi comme ci-dessous
Les erreurs ont un lien avec le doute qui s’est installé sur le communisme après la disparition de l’URSS, semblant consacrer un triomphe définitif du capitalisme. Les enseignements de cette (tentative de) révolution, qui a ébranlé le monde mais finalement a été défaite, continuent de susciter des débats importants dans le mouvement communiste. Ce qui est certain, c’est que la disparition de l’URSS nous plaçait, dans les années 90, au défi d’une analyse approfondie et du choix d’une novation communiste.
Au titre des aspects positifs du bilan, il faut souligner le fait essentiel que notre parti bien que très affaibli, déstructuré, existe toujours et ne s’est pas divisé en de multiples groupuscules comme cela a pu se passer dans d’autres grands partis européens, dits eurocommunistes comme le parti communiste italien ou espagnol. Ce qui se passe en Belgique et au Portugal prouve qu’il n’y a pas de fatalité dans la disparition des partis communistes en Europe. Le PCF non seulement existe toujours, mais les communistes français ont toujours refusé qu’il change de nom, et malgré les importants revers, il conserve des élus appréciés de la population.
Mais ces efforts de l’ensemble des communistes n’ont pas été accompagnés d’une véritable novation communiste, une visée stratégique qui dépasse chaque élection difficile pour nous, en particulier les présidentielles.
Au lieu de cela, les directions successives du PCF ont été gagnées par le renoncement, jusqu’à des choix qui ont déstabilisé et déstructuré notre parti, comme l’abandon de la bataille à l’entreprise, la remise en cause de l’organisation en cellule, et qui ont brouillé le repérage de classe du parti dans la société.
Les échecs successifs sont dans toutes les mémoires
...

Proposition d’amendement du chapitre 3. Le communisme de notre temps, idéal éthique, visée historique, chemin de lutte

amendement discuté dans le Rhône, page 10 - lignes 40 à 45 : le paragraphe est réécrit ainsi : les parties en gras sont nouvelles
Un effort de renouvellement et de réflexion est en effet devant nous, de même qu’une bataille d’idées est à mener. Car l’idéal communiste, longtemps identifié au grand espoir soulevé dans le monde par la révolution soviétique et l’édification de l’URSS à partir d’une Russie arriérée, dans des conditions de guerre civile puis de guerre mondiale, a été défiguré par la diabolisation du socialisme réel imposé par l’idéologie dominante du capitalisme mondialisé tentant d’imposer dans le domaine des idées la fin de l’histoire, s’appuyant malheureusement sur de terribles dérives et trahisonsdu système soviétique et par sa défaite dans une crise profonde.

Proposition d’amendement du chapitre 4. Un nouvel internationalisme pour relever le défi de la mondialisation capitaliste

amendement discuté dans le Rhône, page 14 : lignes 37 à 43
Après la chute du mur de Berlin et de l’URSS, avoir cru qu’il suffisait d’affirmer l’histoire propre du communisme français pour se dégager des conséquences de cet échec était une erreur : un bilan communiste de ce qu’a représenté l’expérience soviétique et sa défaite est indispensable pour sortir de la diabolisation construite contre nous par les porte-voix du capital et poursuivre avec ténacité le développement de notre projet original autogestionnaire vers un communisme de notre temps.
[1le terme autophobie a été utilisé par le regretté théoricien marxiste italien Domenico Losurdo
[2au passage,notaons qu

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