vendredi 14 septembre 2018


Les Lumières

Ils ont appelé la grande Révolution française de 1789, voire porté l’enfant tant désiré

Daniel Paquet                                                                    dpaquet1871@gmail.com
MONTRÉAL - Oh là, je vois qu’il y en a plusieurs qui bougent sur leur strapontin.  Il n’est pas ici question de vous rappeler une vague facture d’Hydro-Québec égarée on ne sait trop où; ou encore de vous faire dire : que le paiement est « dans la malle », monsieur le percepteur des comptes en souffrance!
Parlant de cette période, alors que nos ancêtres « Canayens » s’enracinaient dans leur nouvelle patrie, c’était et c’est tout ce que l’on a retenu de l’Histoire, que Voltaire aurait dit qu’il était stupide de se battre pour quelques arpents de neige, en se référant au Canada, alors la Nouvelle-France ; nous étions à l’époque de la guerre opposant l’Angleterre à la France.  Voltaire était un homme d’une rare intelligence ; il est navrant qu’on veuille dénigrer ses propos qui dénonçaient une guerre fratricide mobilisant des ressources financières énormes pour un territoire qui ne semblait pas valoir beaucoup.  Somme toute, il avait le droit de se tromper, après tout !
MONTESQUIEU
Cent ans avant la Révolution française naquit au château de la Brède, Charles-Louis de Secondat dit Montesquieu (18 janvier 1689).  À l’âge adulte, il a refusé, par crainte de redite, d’écrire des articles politiques pour l’Encyclopédie, mais il remanie pour celle-ci son Essai sur le goût de 1726.  Nous sommes toujours à l’époque de la monarchie absolue en France ; il écrit : « l’amour de la république, dans une démocratie, est celui de la démocratie ; l’amour de la démocratie est celui de l’égalité.  L’amour de la démocratie est encore l’amour de la frugalité. Chacun devant y avoir le même bonheur et les mêmes avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs et former les mêmes espérances ; choses qu’on ne peut attendre que de la frugalité générale. (C’était avant l’ère de la production de masse et de la consommation de masse, résultant du capitalisme industriel, -ndlr).  L’amour de l’égalité, dans une démocratie, borne l’ambition au seul désir, au seul bonheur de rendre à sa patrie de plus grands services que les autres citoyens.  Ils ne peuvent pas lui rendre tous des services égaux ; mais ils doivent tous également lui en rendre.  En naissant, on contracte envers elle une dette immense dont on ne peut jamais s’acquitter. »[1]
Il ajoutera : « Il est vrai que lorsque la démocratie est fondée sur le commerce, il peut fort bien arriver que des particuliers y aient de grandes richesses, et que les mœurs n’y soient pas corrompues.  C’est que l’esprit de commerce entraîne avec soi celui de frugalité, d’économie, de modération, de travail, de sagesse, de tranquillité, d’ordre et de règle.  Ainsi, tandis que cet esprit subsiste, les richesses qu’il produit n’ont aucun mauvais effet.  Le mal arrive, lorsque l‘excès des richesses détruit cet esprit de commerce ; on voit tout à coup naître les désordres de l’inégalité, qui ne s’étaient pas encore fait sentir. »[2]
« …dans les démocraties le peuple paraît faire ce qu’il veut ; mais la liberté politique ne consiste point faire ce que l’on veut.  Dans un État, c’est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir, et à n’être point contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir.  Il faut se mettre dans l’esprit ce que c’est que l’indépendance, et ce que c’est que la liberté.  La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent : et si un citoyen pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir. »[3]
Montesquieu meurt le 10 février 1755 ; Diderot est le seul écrivain connu à suivre son convoi, mais Rousseau écrit quelque jours plus tard : ‘C’est à ceux qui ont une patrie et qui l’aiment à pleurer ce grand homme.’ 
DIDEROT
Parlant de Diderot, il entre (en 1746), avec d’Alembert, dans le comité rédacteur de l’Encyclopédie dont ils prendront la direction l’année suivante.  Très avant-gardiste pour l’époque, Diderot publie sa Lettre sur les aveugles, où il joint à une étude de la psychologie des aveugles-nés une déclaration assez peu équivoque d’athéisme ; il va correspondre avec Voltaire et s’efforcer d’atténuer l’impression fâcheuse produite par l’athéisme de la Lettre. Le 24 juillet 1749, Diderot est arrêté et en prison, il lira Platon.  Quelques années plus tard, il se brouillera avec Jean-Jacques Rousseau (nous parleront de lui un peu plus loin). Le comte Chouvalov, chambellan de Catherine II lui propose de terminer en Russie l’Encyclopédie, mais Diderot refuse.  Malgré tout il vend sa bibliothèque à celle-ci contre 15 00 livres (la monnaie) et une pension de cent pistoles ; on achève l’impression de l’Encyclopédie.
Au mois d’août 1769, il rédige l’essentiel des trois dialogues du Rêve de d’Alembert ; alors que l’année suivante d’Holbach publie le Système de la nature.  En 1773, Diderot repart pour Saint-Pétersbourg ; en 1775, il écrit un Plan d’une Université pour la Russie et un Essai sur les études en Russie, tous deux destinés à Catherine II.  Il travaille beaucoup et le plus souvent hors de Paris, notamment chez le baron d’Holbach.  Diderot recevra 10 000 livres de Catherine II.  En 1784, il s’installe dans son bel appartement de la rue de Richelieu, mais meurt le 31 juillet de la même année.
La pensée philosophique de Diderot n’était pas statique ; il était un fin dialecticien : « Dans la goutte d’eau de Nedham, tout s’exécute et se passe en un clin d’œil.  Dans le monde, le même phénomène dure un peu davantage ; mais qu’est ce que notre durée en comparaison de l’éternité des temps ? Moins que la goutte que j’ai prise avec la pointe d’une aiguille, en comparaison de l’espace illimité qui m’environne.  Suite indéfinie d’animalcules dans l’atome qui fermente, même suite indéfinie d’animalcules dans l’autre atome qu’on appelle la Terre.  Qui sait les races d’animaux qui nous ont précédés ? Qui sait les traces d’animaux qui succéderont aux nôtres ?   Tout change, tout passe, il n’y a que le tout qui reste.  Le   monde commence et finit sans cesse ; il est à chaque instant à son commencement et à sa fin ; il n’en a jamais eu d’autres, et n’en aura jamais d’autres. ‘Dans cet immense océan de matière, pas une molécule qui ressemble à une molécule, pas une molécule qui se ressemble à elle-même un instant :  Rerum novus nascitur ordo, voilà son inscription éternelle… »[4]


JEAN-JACQUES ROUSSEAU
En 1712, naît à Genève (en Suisse), Jean-Jacques Rousseau qui s’instruira seul par des lectures.  En 1742, il devient le secrétaire de M. De Montaigu avec qui se brouillera ; ce ne sera pas le seul d’ailleurs.  En 1749, d’Alembert le charge d’écrire les articles sur la musique dans l’Encyclopédie.  Il visite Diderot alors en prison.  Quelques années plus tard, il y aura brouille et réconciliation avec Diderot.  L’année d’après, la rupture est consommée.  En 1766, il quitte Paris en compagnie de Hume.  En fait, à l’arrivée d’un nouvel ambassadeur, Hume quitte Paris pour Londres, accompagné de Rousseau (‘chassé de la Suisse’ où il s’était réfugié après la condamnation de l’Émile), dont il fait faire le portrait par le peintre Ramsay.  Plusieurs incidents entraîneront la brouille des deux philosophes.  Hume laisse ses amis publier l’Exposé succinct de la contestation qui s’est élevée entre M. Hume et M. Rousseau, ainsi qu’une version anglaise de cet exposé.  Nous reviendrons à Hume, terminons avec Rousseau qui était aussi doué musicalement, et créa notamment une nouvelle musique pour le Devin du village de Gluck (auteur allemand).  Rousseau meurt le 2 juillet 1778.  Cinq ans après la révolution française, ses cendres seront transférées au Panthéon.  Il a couché les lignes suivantes marquées au sceau d’une grande perspicacité : « Tant que plusieurs hommes réunis se considèrent comme un seul corps, ils n’ont qu’une seule volonté qui se rapporte à la commune   conservation, et au bien-être général.  Alors tous les ressorts de l’État sont vigoureux et simples, ses maximes sont claires set lumineuses, il n’a point d’intérêts embrouillés, contradictoires, le bien commun se  montre partout avec évidence, et ne demande que du bon sens pour être  aperçu  (Karl Marx et Friedrich Engels auront aussi cette attitude en jugeant l’intelligibilité et la logique de leurs arguments inexpugnables pour rallier les hommes de bonne volonté  à la cause du communisme, entre autres  dans le Manifeste du Parti communiste,-ndlr).
La paix, l’union, l’égalité, sont ennemies de subtilités politiques.  Les hommes droits et simples sont difficiles à tromper à cause de leur simplicité, les leurres, les prétextes raffinés ne leur en imposent point ; ils ne sont pas même assez fins pour être dupes.  Quand on voit chez le plus heureux peuple du monde des troupes de paysans régler les affaires de l’État sous un chêne et se conduire toujours sagement, peut-on s’empêcher de mépriser les raffinements des autres nations, qui se rendent illustres et misérables avec tant d’art et de mystères ?   Un État ainsi gouverné a besoin de très peu de Lois et à mesure qu’il devient nécessaire d’en promulguer de nouvelles, cette nécessité se voit universellement.  Le premier qui les propose ne fait que dire ce que tous ont déjà senti, et il n’est question ni de brigues ni d’éloquence pour faire passer en loi ce que chacun a déjà résolu de faire, sitôt qu’il sera sûr que les autres le feront comme lui. »[5]
DAVID HUME
C’est en 1711 que naît David Hume (Home à l’origine), à Édimbourg (en Écosse).  À 50 ans (après une longue et brillante carrière au Royaume-Uni), il établira une correspondance avec la comtesse de Boufflers, maîtresse du Prince de Conti dont elle anime, au palais du Temple, le salon, amie de Rousseau et bien sûr admiratrice de Hume.  Deux ans plus tard, il devient le secrétaire privé de Lord Herford, nommé ambassadeur en France (après le Traité de Paris mettant fin à la guerre de Sept Ans.  C’est ce traité qui livra la Nouvelle-France (le Canada) à la couronne britannique.  Lorsqu’il arrive à Paris, Hume est accueilli chaleureusement et il se lie avec les Encyclopédistes : d’Alembert, Diderot, Helvétius, d’Holbach, Turgot, etc.
On commentera ses essais dans les salons parisiens et il sera comblé.  Son goût pour le travail d’écriture, ses préoccupations littéraires les plus précises, dont son souci d’éliminer de son style les tournures typiquement écossaises, dont il dresse une liste destinée à son propre usage plutôt qu’à la publication, trouvent leur compte dans la composition d’essais.  Il a d’ailleurs colligé ses propres constatations : « l’esprit humain est naturellement formé de manière à ressentir un sentiment d’approbation ou de blâme à l’apparition de certains caractères, de certaines dispositions et actions ; il n’y a pas d’émotions plus essentielles   à sa structure et à sa constitution.  Les caractères qui s’attirent notre approbation sont surtout ceux qui contribuent à la paix et à la sécurité de la société humaine ; les caractères qui éveillent le blâme sont surtout ceux qui tendent à nuire à la société et à la troubler ; on peut raisonnablement en présumer que les sentiments moraux naissent, soit médiatement, soit immédiatement, d’une réflexion sur ces intérêts opposés.   Qu’importe que des méditations philosophiques établissent une opinion ou une conjecture différente, à savoir que toute chose est bonne à l’égard du tout et que les qualités qui troublent la société sont, dans l’ensemble, aussi bienfaisantes et sont aussi conformes à l’intention primitive de la nature que celles qui accroissent plus directement son bonheur et son bien-être ? »[6]
LE BARON D’HOLBACH
Moins connu que Rousseau et Diderot, ou encore Voltaire ; le Baron d’Holbach a écrit et réfléchi sur les tares de son époque, et n’a pas manqué de vilipender et même de peindre à grands traits caricaturaux le comportement des gens de son rang dans l’aréopage ; i.e. la Cour, soit le lieu de prédilection des aigrefins de l’époque ; et aussi l’observatoire du roi pour avoir toujours un œil sur ses sujets immédiats, l’aristocratie française.  C’était ainsi au Château de Versailles, toujours près de Paris où des gens « bien » avaient leur hôtel particulier et leur salon conséquemment.
« L’homme de Cour est sans contredit la production la plus curieuse que montre l’espèce humaine.  C’est un animal amphibie dans lequel tous les contrastes se trouvent communément rassemblés. (…) Il faut avouer qu’un animal si étranger est difficile à définir ; loin d’être connu des autres, il peut à peine se connaître lui-même ; cependant il paraît que, tout bien considéré, on peut le ranger dans la classe des hommes, avec cette différence néanmoins que les hommes ordinaires n’ont qu’une âme, au lieu que l’homme de Cour paraît sensiblement en avoir plusieurs.  En effet, un courtisan est tantôt insolent et tantôt bas ; tantôt de l’avarice la plus sordide et de l’avidité la plus insatiable, tantôt de la plus extrême prodigalité, tantôt de l’audace la plus décidée, tantôt de la plus honteuse lâcheté, tantôt de l’arrogance la plus impertinente, et tantôt de la politesse la plus étudiée ; en un mot c’est un Protée, un Janus, ou plutôt un Dieu de l’Inde qu’on représente avec sept faces différentes.
Quoi qu’il en soit, c’est pour ces animaux si rares que les Nations paraissent faites ; la Providence les destine à leurs menus plaisirs ; le Souverain lui-même n’est que leur homme d’affaires ; quand il fait son devoir, il n’a d’autre emploi que de songer à contenter leurs besoins, à satisfaire leurs fantaisies ; trop heureux de travailler pour ces hommes nécessaires dont l’État ne peut se passer.   Ce n’est que pour leur intérêt qu’un Monarque doit lever des impôts, faire la paix ou la guerre, imaginer mille inventions ingénieuses pour tourmenter et soutirer ses peuples.  En échange de ces soins, les courtisans reconnaissants payent le Monarque en complaisances, en assiduités, en flatteries, en bassesses, et le talent de troquer contre des grâces ces importantes marchandises est celui qui sans doute est le plus utile à la cour. »[7]
KARL MARX ET FRIEDRICH ENGELS
Quelques décennies plus tard, deux jeunes philosophes allemands refont le chemin des courants de pensée (surtout français) qui ont nourri le XVIIIe siècle et fourni un argumentaire de taille aux révolutionnaires français qui ont brisé la féodalité et la monarchie en France, avec comme toile de fond l’impétueux développement industriel et commercial qui s’annonçait en Europe (d’abord en Angleterre, mais d’autres métropoles suivirent bientôt).  Ce qui change la donne et surtout fournit un nouveau cadre à la question soulevée par Aristote et à son tour Diderot sur le matérialisme.
« Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os ; non, on part des hommes dans leur activité réelle, c’est à partir de leur processus de vie réel que l’on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital.   Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l’on peut constater empiriquement et qui repose sur des bases matérielles.  De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie.  Elles n’ont pas d’histoire, elles n’ont pas de développement ; ce sont au contraire les hommes qui, en développant leur production matérielle et leurs rapports matériels, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et les produits de leur pensée.  Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience.  Dans la première façon de considérer les choses, on part de la conscience comme étant l’individu vivant, dans la seconde façon, qui correspond   à la vie réelle, on part des individus réels et vivants eux-mêmes et l’on considère la conscience uniquement comme leur conscience. »[8]
La production industrielle et son caractère révolutionnaire a entraîné des changements profonds dans le rapport d’un producteur vis-à-vis un autre producteur avec qui il entre en relation par la médiation du marché.  « En général, des objets d’utilité ne deviennent des marchandises que parce qu’ils sont les produits de travaux privés, exécutés indépendamment les uns des autres. (…)  Le double caractère social des travaux privés ne se réfléchit dans le cerveau des producteurs que sous la forme que leur imprime le commerce pratique, l’échange des produits.  Lorsque les producteurs mettent en présence et en rapport les produits de leur travail à titre de valeurs, ce n’est pas qu’ils voient en eux une simple enveloppe sous laquelle est caché un travail humain identique, tout au contraire : en réputant égaux dans l’échange leurs produits différents, ils établissent par le fait que leurs différents travaux sont égaux. »[9]
Mais revenons sur le terrain de la philosophie : « L’homme cultivé, en effet, se montre en n’exigeant dans chaque genre de recherche que le degré de précision compatible avec la nature du sujet.  Faute de quoi on s’exposerait à attendre d’un mathématicien des arguments simplement persuasifs et d’un orateur des démonstrations probantes.  Chacun juge bien de ce qu’il sait; là il se montre bon juge.  Ainsi quand on est instruit sur un sujet particulier, on en parlera avec compétence ; pour traiter d’une question d’ensemble, il faut avoir une culture générale.  Pour cette raison, le jeune homme est peu apte à étudier la science politique, car il manque d’expérience sur la pratique de la vie. »[10]
Après Aristote, c’est à Friedrich Engels que nous laissons le soin de conclure ce court, trop cour peut-être, exposé sur l’idéalisme et le matérialisme.  « La question du rapport de la pensée à l’être, de l’esprit à la nature, question suprême de toute philosophie, a par conséquent, tout comme n’importe quelle religion, ses racines dans les conceptions bornées et ignorantes de l’état de sauvagerie.  Mais elle ne pouvait être posée dans toute sa rigueur et ne pouvait acquérir tout son sens que lorsque la société européenne se réveilla du long sommeil hivernal du moyen âge chrétien. (…) Selon qu’ils répondaient de telle ou telle façon à cette question, les philosophes se divisaient en deux grands camps.  Ceux qui affirmaient le caractère primordial de l’esprit par rapport à la nature, et qui admettaient par conséquent, en dernière instance, une création du monde de quelque espèce que ce fût – et cette création est souvent chez les philosophes, par exemple chez Hegel, beaucoup plus compliquée et plus impossible encore que dans le christianisme -, ceux-là formaient le camp de l’idéalisme. Les autres, qui considéraient la nature comme l’élément primordial, appartenaient aux différentes écoles du matérialisme. »[11] 
« … l’idée que le monde matériel, perceptible par les sens, auquel nous appartenons nous-mêmes, est la seule réalité, et que notre conscience et notre pensée, si transcendantes qu’elles nous paraissent, ne sont que les produits d’un organe matériel, corporel, le cerveau.  La matière n’est pas un produit de l’esprit, mais l’esprit n’est lui-même que le produit le plus élevé de la matière. »[12]
« … on ne saurait éviter que tout ce qui met les hommes en mouvement passe nécessairement par leur cerveau, - même le manger et le boire, qui commencent par une sensation de faim et de soif, éprouvée par l’intermédiaire du cerveau, et se terminent par une impression de satiété, ressentie également par l’intermédiaire du cerveau.  Les répercussions du monde extérieur sur l’homme s’expriment dans son cerveau, s’y reflètent sous forme de sentiments, de pensées, d’instincts, de volontés, bref, sous forme de ’tendances idéales’, et deviennent sous cette forme des ‘puissances idéales’ exercer de l’influence sur lui, - si cela suffit pour faire de lui un idéaliste, tout homme quelque peu normalement constitué est un idéaliste-né et, dans ce cas, comment peut-il somme toute y avoir encore des matérialistes ? (…) Les matérialistes français, tout autant que les déistes Voltaire et Rousseau, avaient cette conviction à un point tel qu’elle frisait le fanatisme, et plus d ‘une fois ils se sacrifièrent pour elle.  Si jamais quelqu’un consacra toute sa vie à ‘l’amour de la vérité et du droit’ – la phrase étant prise dans son bon sens – ce fut, par exemple Diderot. »[13]


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[1] Montesquieu, De l’esprit des lois, Éditions sociales, Les classiques du peuple, Paris, 1977, page 70
[2] Ibidem, De l’esprit des lois, page 72
[3] Ibidem, De l’esprit des lois, page 117
[4] Diderot, Entretien entre d’Alembert et Diderot; Le rêve de d’Alembert; Suite de l’entretien, Garnier Flammarion, Paris, 1965, page 82
[5] Rousseau, Jean-Jacques, Du Contrat social, Librairie Larousse, Paris, 1973, pages 90-91
[6] Hume, David, Enquête sur l’entendement humain, GF Flammarion, Paris, 2006, page 171
[7] Baron  d’Holbach, Essai sur l’art de ramper, à l’usage des courtisans et autres conseils des classiques pour survivre en politique, Librio, Paris, 2014, page 7
[8] Marx-Engels, l’Idéologie allemande, Éditions sociales, Paris, 1968, pages 36-37
[9] Marx, Karl, Le Capital, Livre I, Gallimard, Paris, 1968, pages 154, 155-156
[10] Aristote, Éthique de Nicomaque, Éditions Garnier Frères, Paris, 1961, page 7
[11] Engels, Friedrich, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, Éditions sociales, Paris, 1966, pages 26-27
[12] Ibidem, Ludwig Feuerbach, page 32
[13] Ibidem, Ludwig Feuerbach, pages 39-40

vendredi 7 septembre 2018


LA RELIGION AU QUÉBEC

Daniel Paquet                                               dpaquet1871@gmail.com
Pendant la Révolution tranquille au Québec (années 1960), le peuple canadien-français a « tassé » l’Église catholique.  Fallait-il évacuer la religion de tous les actes de la vie en société?  À ce sujet, Montesquieu disait, au 18ème siècle : « Tout ce qui regarde le caractère du mariage, sa forme, la manière de le contracter, la fécondité qu’il procure, qui a fait comprendre à tous les peuples qu’il était l’objet d’une bénédiction particulière, qui, n’y étant pas toujours attachée, dépendant de certaines grâces supérieures : tout cela est du ressort de la religion ».  (Montesquieu, De l’esprit des lois, Éditions sociales, Paris, 1977, p. 261).

Voltaire a, lui, assez tôt distingué entre les gens d’Église de France et ceux d’Angleterre; ce qui peut expliquer ses critiques sur la religion.  Il a ainsi écrit à propos des prêtres anglicans : « Quand ils apprennent qu’en France de jeunes gens connus par leurs débauches et élevés à la prélature par des intrigues, s’égayent à composer des chansons tendres, donnent tous les jours des soupers délicats et longs […] ils remercient Dieu d’être protestants. »  C’est l’extrait d’une lettre rédigée bien entendu avant la Révolution française de 1789. (Voltaire, Œuvres philosophiques, Classiques Larousse, Paris, p. 24).

Somme toute, il apparaît que la religion semble être au-dessus de tout dans notre société québécoise.  Elle serait arbitre et guide à la fois.  Dans la foulée, Karl Marx a rédigé en compagnie de son camarade Frédéric Engels un ouvrage où il spécifie que : « La production des idées, des représentations et de la conscience est d’abord directement et intimement mêlée à l’activité matérielle et au commerce matériel des hommes, elle est le langage de la vie réelle.  Les représentations, la pensée, le commerce intellectuel des  hommes apparaissent ici encore comme l’émanation directe de leur comportement matériel.  Il en va de même de la production intellectuelle telle qu’elle se présente dans la langue de la politique, celle des lois, de la morale, de la religion (notre italique, ndlr), de la métaphysique, etc. de tout un peuple. » (Marx-Engels, L’idéologie allemande, Éditions sociales, Paris, 1968, p. 35).

Mais les sceptiques et les antimarxistes auront tôt fait de rappeler la boutade de Marx sur les croyants, à l’effet que la religion serait une drogue.  Voyons, ce que le cinéaste italien Roberto Rossellini a tenu à rappeler des propos de Marx, en lisant la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel: « C’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme […].  La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle.  La religion est le soupir de la créature opprimée, la chaleur d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu.  Elle est l’opium du peuple ».  On comprendra que Marx éprouvait toute la souffrance des travailleurs allemands; c’est bien avant le travail syndiqué et toutes les lois sociales qui ont suivi ensuite au 20ème siècle. (Roberto Rossellini, Un esprit libre ne doit rien apprendre en esclave, Fayard, Paris, p. 172).

On se pose souvent la question, mais l’homme n’est-il pas créature de Dieu, lui-même démiurge du monde qui nous entoure?  Voici ce qu’en dit Lénine : « Mais si on élimine ces deux premiers degrés (le ‘chaos des éléments’ et l’expérience psychique des hommes, ndlr), alors mais alors seulement, nous pouvons avoir du monde une vision correspondant véritablement aux sciences de la nature et au matérialisme.  Précisons : 1. Le monde physique existe indépendamment de la conscience humaine et exista bien avant toute ‘expérience des hommes’; 2. Le psychique, la conscience, etc., est le produit supérieur de la matière (c’est-à-dire du physique), une fonction de cette parcelle particulièrement complexe de la matière qui porte le nom de cerveau humain. » (Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme, Œuvres 14, Éditions du Progrès, Moscou, 1976, p. 236).  Lénine en arrive à cette conclusion, « car Dieu est sans contredit le dérivé de l’expérience socialement organisée des êtres vivants. » (Ibidem, p. 238).  Donc, l’Homme aurait créé Dieu.  

Laissons le dernier mot au grand chanteur communiste français, Jean Ferrat, qui a loué la sagesse de l’humanité dans sa chanson Nuit et brouillard en notant que par-delà nos différences, il faut savoir se mettre debout, nous tous qui croyons à Bouddha, Dieu ou pas du tout, pour pouvoir terrasser les dangers menaçant l’espèce humaine incarnés par les Hitler de ce monde, nazis et fascistes.  Il a parlé au nom de 50 millions de morts.

Le Petit Larousse              Matérialisme : position philosophique qui considère la matière   comme la seule réalité et qui nie l’existence de l’âme, de l’au-delà et de Dieu.

                                               Fétichisme : vénération outrée, superstitieuse, pour une chose ou une personne.

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dimanche 2 septembre 2018








MATÉRIALISME PHILOSOPHIQUE ET PSYCHOLOGIE PRATIQUE


Contribution marxiste-léniniste à la lutte contre les maladies mentales



Daniel Paquet







LE 26 JUILLET 2017










M
algré son idéalisme maintenant dépassé – sociologiquement   parlant -, le philosophe britannique David Hume a apporté une pierre de bonne taille dans la construction du savoir sur l’Homme. «  L’esprit humain est naturellement formé de manière à ressentir un sentiment d’approbation ou de blâme à l’apparition de certains caractères, de certaines dispositions et actions; il n’y a pas d’émotions plus essentielles à sa structure et à sa constitution.  Les caractères qui s’attirent notre approbation sont surtout ceux qui contribuent à la paix et à la sécurité de la société humaine; les caractères qui éveillent le blâme sont surtout  ceux qui tendent à nuire à la société et à la troubler; on peut raisonnablement en présumer que les sentiments moraux naissent, soit médiatement, soit immédiatement, d’une réflexion sur ces intérêts opposés.  Qu’importe que des méditations philosophiques établissent une opinion ou une conjecture différente, à savoir que toute chose est bonne à l’égard du tout et que les qualités qui troublent la société sont, dans l’ensemble, aussi  bienfaisantes et  sont aussi conformes à l’intention primitive de la nature que celles qui accroissent plus directement son bonheur et son bien-être? » (Hume, David, Enquête sur l’entendement humain, GF Flammarion, Paris, 2006, page 171).

Il faut espérer que l’introduction ne soit pas trop déroutante.  Pratiquement, des milliers d’individus au Québec, n’ont pas eu le choix d’être institutionnalisés en raison de leur état psychique; ils ne raisonnaient pas comme l’Homme normal.  Rien qu’à Montréal, plus de 7 000 personnes dans les années d’apogée, étaient hospitalisés dans le complexe de St-Jean-de-Dieu (plus tard nommé Hôpital Louis-Hyppolite Lafontaine),  une véritable ville avec tous ses services connexes (même un train) avec pour soins les connaissances hasardeuses de religieuses et de quelques employés civils; les psychiatres étaient chose rarissime.  Ils étaient déviants.  À l’époque de la Révolution tranquille, et suite à  une commission d’enquête au vaste mandat, il fut convenu qu’il y aurait désinstitutionalisation et que les patients seraient soignés dans des hôpitaux généraux et que les grands centres spécialisés donneraient congés à leurs patients pour qu’ils soient hébergés dans des ressources intermédiaires avec le soutient adéquat : logement, loisirs et traitements.  Ce fut l’œuvre du gouvernement libéral de Jean Lesage sous la pression des professionnels de la santé et des organismes syndicaux.  Un institut fut même bâti pour accueillir les personnes dont la maladie s’entrecroisait avec la criminalité; nous y reviendrons.

Dans le passé, les révolutionnaires Karl Marx et Friedrich Engels, avaient rédigé en 1845-1846, un ouvrage intitulé L’idéologie allemande où ils écrivaient : « Donc si des millions de prolétaires ne se sentent nullement satisfaits par leurs conditions de vie, si leur ‘être’ (… contredit leur ‘essence’, c’est sans doute là une anomalie mais non pas un hasard malheureux.  C’est un fait historique reposant sur des rapports sociaux déterminés, que Feuerbach se contente de constater; il interprète seulement le monde sensible existant, se comporte à son égard en théoricien alors qu’en réalité…) pour le matérialiste pratique, c’est-à-dire pour le communiste, il s’agit de révolutionner le monde existant, d’attaquer et de transformer pratiquement l’état de choses qu’il a trouvé. » (Marx-Engels, L’Idéologie allemande, Éditions sociales, Paris, 1968, page 67).

Des tabous lourds et bien ancrés, des silences bavards et des hésitations fréquentes entourent la maladie mentale.  Souvenir de Paris en  2009 : un camarade du PCF m’invite à visiter  sa ville et plus particulièrement de participer à la marche du Premier Mai (Fête internationale des travailleurs).  Rendez-vous banal me direz-vous; mais comment cela peut-il être quand même les services policiers s’entendent pour conclure que plus de 1,6 million de personnes ont arpenté les artères de la Ville-lumière.  Celle-ci terminée, mon ami et sa fille Peggy m’invitent à prendre un verre avec des copains.  Tout le monde se joint à la conversation joyeuse et profonde.  Hervé, mon camarade note que je n’ai pas dit  un  mot.  « Mais, mon camarade du Québec aurait bien quel que chose à dire; parle-nous, tiens de la santé mentale dans ton beau Québec! »  Je m’exécute.   D’abord les maladies : schizophrénie, bipolarité, dépressions, burn-out, etc.; les traitements : la psychothérapie, les médicaments.  Bref, tout y passe.  Il y a parmi nous un mathématicien connu et reconnu dans le milieu, tellement impressionné par l’exposé, qu’il décide de payer la tournée générale…

Souvent, on dit des « fous » qu’ils racontent n’importe quoi.  C’est faux!  À travers leur langage, c’est l’expérience de leur vie qu’ils racontent, comment ils s’en font le prisme et le filtre.  « Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s’imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu’ils sont dans les paroles, la pensée, l’imagination et la représentation d’autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os; non, on part des hommes  dans leur activité réelle, c’est à partir de leur processus de vie réel que l’on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital. Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l’on peut constater empiriquement et qui repose sur des bases matérielles. De ce fait, la morale, la religion la métaphysique et tout le reste de l’idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d’autonomie. » (Ibidem, page 36).

Bien avant Karl Marx et Friedrich Engels, les économistes anglais ont démontré que nous vivions dans une société fondée sur la lutte des classes.  Qu’est-ce que cela a à voir avec la maladie mentale?  Voilà, dans certains hôpitaux comme l’Institut Philippe-Pinel de Montréal, ce qui unit les patients (plus de 300), c’est qu’ils ont commis un délit.  À leur entrée, il est clair qu’ils représentent un danger pour la société et concomitamment un danger pour eux-mêmes.  Là, s’arrête la convergence…  Cependant, l’Association québécoise des archivistes médicales (AQAM) a fait sienne la responsabilité suivante : « L’établissement doit assurer le respect des lois et règlements relatifs à la  tenue, à la conservation et à la communication du dossier (médical).  Il doit en assurer l’intégrité, la disponibilité et la confidentialité.  Des campagnes de confidentialité sont dispensées régulièrement aux membres du personnel (dans les institutions). (…)  Les archivistes médicales sont des gestionnaires de l’information de la santé.  Elles maîtrisent une combinaison  unique de connaissances et de compétences touchant les sciences  biomédicales, les technologies de l’information et les aspects juridiques.»  Notons que parmi les malades, il y a des professionnels (journalistes, pilotes d’avion, techniciens, etc.), des ouvriers spécialisés, (soudeurs, couvreurs, etc.) et à l’opposé des éléments disparates sans qualification, en raison de leur jeune âge ou encore parce qu’ils sont « dans la rue ».    À ce sujet, Marx et Engels ont écrit :   « Quant au prolétariat en haillons (i.e. lumpenprolétariat en allemand), ce pourrissement passif des couches les plus basses de la vieille société, une révolution prolétarienne pourra le précipiter ça et là dans le mouvement, mais toutes ses conditions d’existence font qu’il sera plus disposé à se laisser acheter pour des machinations réactionnaires. » (Marx-Engels, Manifeste du Parti communiste, Flammarion, Paris, 2008, page 242).

Quiconque veut mieux connaître la mentalité et la déchéance du prolétariat en haillons devrait lire Germinal d’Émile Zola (GF Flammarion, Paris, 1968, 502 pages).
D’ailleurs, toute l’approche à l’Institut Pinel se fonde sur les soins psychiatriques et physiques, mais secondée d’une équipe d’éducateurs et d’éducatrices.  Avouons-le, il faut parfois « éduquer » les patients, leur enseigner le b-a Ba de la vie en société; souvent à commencer par l’hygiène corporelle et la façon de se nourrir.  Quant aux soins et aux services, les services de santé (dans la présente décennie) mentale se réorganisent afin d’en faciliter l’accès et de mieux s’adapter aux besoins de la population.  Dans ce contexte, l’équipe traitante de l’Institut Philippe-Pinel de Montréal et le patient ont étudié la possibilité du suivi qui soit maintenant assumé par l’hôpital de secteur ou par le médecin de famille.

Malgré ce changement de cap, « toute personne a droit au respect de sa vie privée.  Ce droit fondamental est garanti par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec et par le Code civil.  Les établissements de santé sont soumis à plusieurs lois afin de respecter ce droit fondamental.  Plus particulièrement, l’article 19 de la Loi sur les services de santé et les services sociaux vient encadrer ce droit.[1]

Ce qui est souhaitable, c’est –pour la société tout entière- qu’on en arrive à comprendre que « les répercussions du monde extérieur sur l’homme s’expriment dans son cerveau, s’y reflètent sous forme de sentiments, de pensées, d’instincts, de volontés, bref, sous forme de ‘tendances idéales’, et deviennent sous cette forme, des ‘puissances idéales’. Si le fait que cet homme obéit en général à des ‘tendances idéales’ et laisse des ‘puissances idéales’ exercer de l’influence sur lui, - si cela suffit pour faire de lui un idéaliste, tout homme quelque peu normalement constitué est un idéaliste-né et, dans ce cas, comment peut-il somme toute y avoir encore des matérialistes? » (Engels, Friedrich, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, Éditions sociales, Paris, 1966, pages 39-40).

De plus, « la méthode dialectique marxiste est caractérisée par les traits fondamentaux que voici : contrairement à la métaphysique, la dialectique regarde la nature non comme une accumulation accidentelle d’objets, de phénomènes détachés les uns des autres, isolés et indépendants les uns des autres, mais comme un tout uni, cohérent, où les objets, les phénomènes sont liés organiquement entre  eux, dépendent les uns des autres et se conditionnent réciproquement.  C’es pourquoi la méthode dialectique considère qu’aucun phénomène de la nature ne peut être compris si on l’envisage isolément, en dehors des phénomènes environnants; car n’importe quel  phénomène dans n’importe quel domaine de la nature peut être converti en non-sens s, on le considère en dehors des conditions environnantes, en le détachant de ces conditions; au contraire, n’importe quel phénomène peut être compris et justifié, si on le considère sous l’angle de sa liaison indissoluble avec les phénomènes environnants, si on le considère tel qu’il est conditionné par les phénomènes qui l’environnent. « (Staline, J., Les questions du léninisme, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, page 851).

Tristement, cet environnement au Canada, c’est la culture ambiante meublée de violences gratuites : au cinéma, à la télévision et la presse écrite. Nous sommes immergés de meurtres, de viols, de vols, d’agressions en tout genre qui constituent le corpus de notre « éducation » quotidienne.  Plus encore, la drogue fragilise les individus les plus vulnérables et fait de ceux-ci des prédateurs qualifiés pour des attaques contre autrui, le plus souvent des membres proches de notre entourage.  En somme, cette pseudo-culture détruit des individus et fomente en eux des êtres « irresponsables ».
 
À cela, Karl Marx avait déjà répondu : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières; mais ce qui importe, c’est de le transformer. » (Marx, Thèses sur Feuerbach, Éditions sociales, Paris, 1966, page 91).

Ces jeunes déstabilisés, on les retrouve aussi dans des mouvements déclassés comme au Venezuela ces jours-ci.  Ils se masquent et attaquent avec fureur les institutions d’État, y compris les lieux de travail des employés du secteur public.  Ils sont facilement récupérables et les spécialistes d’action directe contre les gouvernements qui ne plaisent pas à l’administration US (ex. la Syrie) les soudoient pour une bouchée de pain.  À Montréal, on les retrouve à la queue des manifestations légitimes organisées par les associations étudiantes; s’ils se retrouvent en prison, les autres détenus les traitent avec bienséance et les  honorent du titre de « prisonnier politique ».  Tôt ou tard, ils se retrouvent à l’Institut Philippe-Pinel.
Évidemment, les coupures budgétaires n’aident pas à résoudre le problème; en fait, il faut humaniser ces patients.  Pour ce faire, ça prend des personnels bien formés.  D’autant plus que des situations dramatiques peuvent surgir à l’intérieur des  murs des hôpitaux.   Ainsi, il y a quelques années, un patient, Alain Ducap, a réussi à tenir en  haleine un bon nombre d’employés lors d’une prise d’otages.  Sa feuille de route criminelle était déjà marquée de viols, d’agressions diverses et de récidives fréquentes. (cf. Larouche, Vincent, Des employés pris en otages, La Presse, Montréal, vendredi  7 octobre, 2011, pages A 2 et A 3).

À l’opposé, on retrouve d’autres patients qui disent que « se rétablir, c’est revivre de nouveau après la maladie, retrouver le pouvoir sur (sa) vie, se sentir maître de son devenir. Le rétablissement est important et différent pour chacun.  Après un épisode psychotique[2] ,  Il faut se reprendre en mains.  Il faut apprendre à gérer ses symptômes et maintenir l’équilibre bio-psycho-social et spirituel dans toutes les sphères de sa vie.  Il est aussi primordial d’avoir un but à atteindre, cela agit comme motivateur.  Il faut se dire ‘je suis capable’ et se fixer des buts à court et à long terme.  En tant que paire aidante, Colombe St-Louis essaie de redonner espoir aux personnes attentes d’une maladie mentale. Elle les soutient et les responsabilise dans leur reprise de pouvoir sur leur vie et leur processus de rétablissement.  Elle leur apporte son expertise afin de les aider à développer leurs propres stratégies. Elle offre aussi de nombreux services : suivi individuel, soutien ponctuel, conférence, témoignage, café-causerie, etc.  Ses principaux outils d’intervention sont l’écoute efficace, l’art de poser des  questions et le développement d’un plan d’intervention adapté à chacun. » (Nolet, François, Colombe St-Louis, la survivante, Revue Mentalité, Montréal, Automne 2017, Numéro 3, page 15).

La littérature apporte beaucoup de réconfort.  Ne serait-ce qu’en rendant joli ce monde qui nous entoure et dont nous sommes : 
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : Rêveur, j’en  sentirai la fraîcheur à mes pieds.  Je laisserai le vent baigner ma tête nue.  Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, - heureux comme avec une femme. (Sensation, mars 1870, Arthur Rimbaud).  Robert Charlebois a mis en musique ce poème dédié à la vie. (Rimbaud, Œuvres complètes, Éditions Flammarion, Paris, 2016, page 37).

Vladimir Lénine, dans son célèbre ouvrage Matérialisme et empiriocriticisme souligne qu’au-delà des sensations, il faut bien admettre d’un point de vue scientifique que « … le concept humain de la cause et de l’effet simplifie toujours  quelque peu les liaisons objectives des phénomènes de la nature, qu’il ne reflète que par approximation en isolant artificiellement tel ou tel aspect d’un processus universel unique.  Si nous constatons la correspondance des lois de la pensée aux lois de la nature, cela devient compréhensible, dit Engels, dès que l’on considère que la pensée et la conscience sont ‘des produits du cerveau humain et que l’homme est lui-même un produit de la nature’.  On comprend que ‘les productions du cerveau humain, qui en dernière analyse sont aussi des produits de la nature, ne sont pas en contradiction, mais en conformité avec l’ensemble de la nature. (…) Chacun connaît – et les sciences de la nature étudient – l’idée, l’esprit, la volonté, le psychique, fonction du cerveau humain travaillant normalement; détacher cette fonction de la substance organisée d’une façon déterminée, en faire une abstraction universelle, générale, ‘substituer’ cette abstraction à toute la nature physique, telle est la chimère de l’idéalisme philosophique, et c’est aussi un défi aux sciences de la nature.  Le matérialisme dit que ‘l’expérience socialement organisée des êtres vivants’ est  un dérivé de la nature physique, le résultat d’un long développement de cette nature, développement commencé à  une époque où il n’y avait, où il ne pouvait y a voir ni société, ni organisation,  ni expérience, ni i êtres vivants.  L’idéalisme dit que la nature physique est un dérivé de cette expérience des êtres vivants, et, ce disant, il identifie la nature à la Divinité (ou la lui soumet). Car Dieu est sans contredit le dérivé de l’expérience socialement organisée des êtres vivants. » (Lénine, V., Œuvres, tome 14, 1908, Éditions Sociales, Paris- Éditions du Progrès, Moscou; 1976, pages 160-161, 238).

Lénine fait aussi valoir qu’il ne puisse  y avoir de sensations (humaines) sans  l’homme au tout premier degré.  « Le deuxième ne compte pas non plus,, ca nul homme, pas plus que les sciences de la nature, ne connaît  le psychique antérieur au physique.  Le monde physique existait avant que le psychique     eût pu apparaître comme le produit supérieur des formes supérieures de la matière organique. (…) Aussi on élimine ces deux premiers degrés alors, mais alors seulement, nous pouvons avoir du monde une vision  correspondant véritablement aux sciences de la nature et au matérialisme.  Précisons : 1° le monde physique existe indépendamment de la conscience humaine et exista bien avant l’homme, bien avant toute ‘expérience des hommes’; 2° le psychique, la conscience, etc., est le produit supérieur de la matière particulièrement complexe de la matière qui porte le nom de cerveau humain. » (Ibidem, page 236).

Nous avons abordé brièvement, le traitement dans les hôpitaux québécois au Canada, pour le rétablissement de la santé mentale et le rôle du cerveau.  Le compagnon de route de Karl Marx, Friedrich Engels, a tenté et réussi l’exposition de la Dialectique dans l’histoire de l’humanité.  Voici ce qu’il dit : « Le développement du cerveau et des sens qui lui sont subordonnés, la  clarté croissante de la conscience, le perfectionnement de la faculté  d’abstraction et de raisonnement ont réagi sur le travail et le langage et n’ont cessé de leur donner, à l’un et à l’autre, des impulsions sans cesse nouvelles pour continuer à  se   perfectionner.  Ce perfectionnement ne se termina pas au moment où l’homme fut définitivement séparé du singe; dans l’ensemble, il a au contraire continué depuis.  Avec des progrès différents en degré et en direction chez les divers peuples et aux différentes époques, interrompus même ça et là par une régression local et temporaire, il a marché en avant d’un pas vigoureux, recevant d’une part  une nouvelle et puissante impulsion, d’autre part une direction plus définie d’un élément nouveau qui a surgi de surcroît avec l’apparition de l’homme achevé : la société. » (Engels, Friedrich, Dialectique de la nature, Éditions sociales, Paris, 1975, page 175).

Voici un cas concret où le cerveau joue  le rôle premier.  « La température affecte souvent l’humeur des gens.  Un beau  ciel ensoleillé avec quelques nuages peut nous relever le moral, tandis qu’une journée sombre et pluvieuse peut parfois nous rendre triste ou morose. Bien que ces changements d’humeur soient perceptibles, ils n’affectent généralement pas notre capacité d’accomplir nos activités quotidiennes.  Cependant, certaines personnes sont susceptibles d’éprouver un type de dépression associé au rythme des saisons.  La réduction d’ensoleillement et le raccourcissement des jours en fin d’automne provoquent chez ces personnes des réactions apparentées à la dépression clinique qui peut durer jusqu’au printemps.  Cet état s’appelle ‘trouble affectif saisonnier, ou TAS. (…) Cet état mental est connu depuis plus de 150 ans, mais n’a été reconnu comme un trouble que depuis le début des années 1980. (D’autres recherches indiquent qu’un TAS peut perturber les neurotransmetteurs – les médiateurs chimiques dans le cerveau qui aident à régulariser le sommeil, l’humeur et l’appétit. » C’est là, et à ce sujet, la conclusion de l’Association canadienne pour la santé mentale, un organisme bénévole œuvrant à l’échelle  pancanadienne dans le but de promouvoir la santé mentale de tous et de favoriser la tolérance et le rétablissement de personnes atteintes de maladies mentales. »

Condamnation à ne plus vivre… Nenni! C’est la liberté et le bonheur  qui nous attend.  Mais toutes ces personnes qui souffrent de maladie mentale dépérissent si le regard des autres, dont les personnels s’arrêtent à ne pas franchir le regard que le malade pose sur l’humanité et surtout son immense tristesse si la maladie l’a entraîné dans la commission d’un acte tragique.  Avec le poète français Paul Éluard, il ne pourra que s’exclamer : « J’ai cru pouvoir briser la profondeur l’immensité  par mon chagrin   tout nu sans contact sans écho je me suis étendu dans  ma prison aux portes vierges comme un mort raisonnable  qui a su mourir  un mort non couronné sinon de son néant je me si étendu sur les vagues absurdes du poison absorbé  par amour de la cendre la solitude m’a semblé plus vive que le sang… » (Éluard, Paul, Derniers poèmes d’amour, Éditions Seghers, Paris, 1989, page 187).

Il y a quelques années le directeur général de l’Institut en santé mentale de Québec (anciennement l’Hôpital Robert-Giffard) expliquait que nous avions au Québec  50 ans de retard; non pas  à l’égard d’autres hôpitaux, mais bien sur la recherche et le développement de nouveaux traitements, par rapport aux besoins de la société.  Malgré tout, le gouvernement du Québec y est allé allègrement dans les coupures  budgétaires qui freinent l’embauche de nouveaux employés, notamment sur les liens de proximité avec les patients (pouvons-nous parler de paralysie dans l’organisation des loisirs pour les patients à l’intérieur d’hôpitaux tels que l’Institut Philippe Pinel?); même des démarches auprès du Protecteur du  citoyen ont échoué.  Doter le système public de santé de spécialistes, c’est « investir » dans la santé.

Quand on parle de cet Institut, on se réfère à un médecin français d’une profonde compassion pour le genre humain.  Le Petit dictionnaire illustré de Larousse (page 1798, en  1975) dit de lui qu’il « s’engagea sur la voie du ‘traitement moral’ des troubles mentaux, considérant que ceux-ci sont des maladies au même titre que les maladies organiques.  Il préconisa d’isoler l’aliéné de son milieu de vie et de le traiter dans des institutions spécialisées.  Il est considéré comme le fondateur de la psychiatrie moderne. »    Incidemment, c’est lui qui inspira les spécialistes québécois qui libérèrent les malades québécois reclus dans la prison de Bordeaux à Montréal.  Ajoutons qu’il a vécu de 1745 à 1826; il est mort à Paris (France).  Son principal fait d’armes aura été de libérer les malades mentaux des bagnes français après avoir eu l’aval des dirigeants de la grande révolution française de 1789 (1793), alors sous la gouverne de Maximilien de Robespierre.

Aujourd’hui, les traitements à l’Institut qui porte son nom sont établis sur les médicaments et la psychothérapie.  Toute une équipe seconde le psychiatre : psychologues, criminologues, travailleurs sociaux, infirmières, éducateurs et animateurs sportifs; dans le cadre d’un environnement sécuritaire.

Une figure marquante dans le monde de la psychiatrie fut aussi Sigmund Freud (1856-1939).  Mais, très peu de professionnels ont adopté sa démarche au Québec.  Il fut médecin autrichien.  Le Petit dictionnaire illustré dira de lui qu’il est « fondateur de la psychanalyse.  Spécialisé en neurologie, il se consacre notamment à l’étude de l’hystérie et s’écarte, résolument à partir de1896, des conceptions et méthodes de la psychologie et de la psychiatrie traditionnelles.  À l’origine des troubles névrotiques se trouvent selon lui des désirs refoulés… » (page 1509).

Un nom à retenir dans l’étude de la psychiatrie se révèle être Ivan Petrovitch Pavlov.  Pour Le Petit dictionnaire illustré de Larousse (page 1783), il demeure l’auteur « de travaux sur la digestion et la ‘sécrétion psychique’, il a découvert ainsi les réflexes conditionnés et formulé sa conception générale de l’activité nerveuse supérieure (prix Nobel 1904).  D’ailleurs, Joseph Paul Goebbels, ministre de la Propagande, sous le régime hitlérien utilisa certains de ses travaux pour le guider dans son effort de guerre totale au sein du peuple allemand, alors qu’il exerçait le plein contrôle des mass médias, surtout après les années 1930, à l’époque de la prise du pouvoir par Adolf Hitler et son Parti national-socialiste ouvrier d’Allemagne.

Encore de nos jours les conceptions antimarxistes existent au sein de la société capitaliste et donnent à entendre que peut importe nos désirs les plus profonds, nous sommes condamnés à vivre tous pareillement.  La fatalité, quoi!  Joseph  Staline avait pourtant bien annoncé le contraire.  « … Le marxisme part de ce principe que les goûts et les besoins des hommes ne sont pas et ne peuvent pas être identiques et égaux, en qualité ou en quantité, ni en période de socialisme, ni en période de communisme. (…) Il est temps de comprendre que le marxisme est l’ennemi de l’égalitarisme. (…) Les écrivains bourgeois représentent le socialisme marxiste comme une ancienne caserne tsariste où tout est subordonné au ‘principe’ de l’égalitarisme.  Mais les marxistes ne peuvent pas être tenus pour responsables de l’ignorance et de la stupidité des écrivains bourgeois. » (Staline, Joseph, Les questions du léninisme, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, pages 755-756).

De plus, « l’auto-aliénation de l’homme à l’égard de lui-même et de la nature se manifeste dans le rapport qu’il établit entre lui-même et la nature et les autres hommes distincts de lui. (Dans le monde réel, pratique, l’aliénation de soi ne peut se manifester que dans le rapport réel pratique à l’égard d’autres hommes.  Le moyen par lequel s’opère l’aliénation est lui-même un moyen pratique.  Par le travail aliéné, l’homme ne crée donc pas seulement  un rapport entre lui-même, l’objet et l’acte de production en tant que puissances étrangères et hostiles; il crée aussi un rapport entre les autres et sa propre production, son propre produit, de même qu’il établit un rapport entre lui-même et les autres. (…)  La propriété privée est donc le produit, le résultat, la conséquence nécessaire du travail aliéné, du rapport extérieur de l‘ouvrier à la nature et à lui-même. » (Marx, Karl, Manuscrits de 1844, Flammarion, Paris, 2008, pages 86-87).

Le lecteur s’interrogera : pourquoi tant de citations politiques et économiques, et surtout communistes?  La raison en est qu’il est de l’opinion de l’auteur que le système capitaliste engendre un grand malaise dans la société.  Aussi longtemps qu’il perdurera, il créera des conditions propices aux maladies mentales.  Pour éradiquer celles-ci ou prendre la route pour extirper les fondements des déviances de toutes sortes, il faudra s’attendre à un long cheminement  qui pour l’immédiat ne pourra que ralentir l’éclosion des pathologies les plus diverses s’étant emparées des cerveaux les plus vulnérables autour de nous; dans les milieux de travail, dans les familles et chez les connaissances proches, celles justement dont on n’aurait jamais pu croire qu’elles étaient appelées à devenir des victimes.
 
Au Canada, une personne sur cinq est susceptible de vivre une maladie mentale.  Il ne faut pas que vous soyez la prochaine…

Dans le passé, nous travaillions 40 heures et c’était déjà très exigeant physiquement; aujourd’hui, on travaille 35 heures (ou moins) en moyenne.  Les bien-pensants affirment qu’il y a progrès.  Rien n’est plus faux puisque ce sont le stress, l’anxiété et l’angoisse qui ont supplanté la dépense et la fatigue corporelles.  Dans beaucoup de sièges sociaux à Montréal, les employés, davantage des femmes, sont invitées à recourir à un Programme de soutien psychologique, les fameux P.A.E.  C’est bien la preuve qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond; rien ne justifie l’exploitation psychologique des travailleurs, d’autant plus qu’il n’y a vraiment rien d’urgence au boulot[DP1] .

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[1] « Le dossier d’un usage reste confidentiel et nul ne peut y avoir accès, si ce n’est avec le consentement de l’usager ou de la personne pouvant donner un consentement en son nom, sur l’ordre d’un tribunal ou d’un coroner dans l’exercice de ses fonctions ou dans le cas où la présente loi prévoit que la communication de renseignements contenus dans le dossier peut être requise d’un établissement. »
[2] “These are major emotional and mental disorders that impair the person’s ability to function at work, within is family, and in his social life.  Psychoses are often associated with disorganized feelings, asocial behavior, an inability to concentrate, to think clearly, or to remember.  Sometimes, the patient may experience hallucinations, the most common being those involving sight and hearing.” (Edited by Robert E. Rothenberg, M.D.,F.A.C.S. Medical Encyclopedia and Guide to Family Health, Lexicon Publications, Inc., New York, 1988, page 354