dimanche 11 juin 2017
jeudi 8 juin 2017
LA PLACE DU MILITAIRE EN FRANCE
Entrevue
La Nouvelle Vie Réelle www.lnvr.blogspot.com
Quel est le lien entre la multiplication des interventions militaires françaises à l’étranger, la priorité donnée au Rafale et aux exportations d’armes, et l’instauration de l’état d’urgence en France ? Dans son livre récent Le Militaire. Une histoire française (éd. Amsterdam), l’économiste Claude Serfati montre à quel point l’armée et les industries militaires sont « chez elles » dans les institutions et l’économie politique de la Vème République. Une tendance qui n’a fait que s’aggraver ces dernières années, sans que le poids politique et économique exorbitant du militaire en France soit vraiment contesté ni même débattu, y compris à gauche. La campagne électorale actuelle ne fait pas exception. Entretien.
Entrevue
La Nouvelle Vie Réelle www.lnvr.blogspot.com
Quel est le lien entre la multiplication des interventions militaires françaises à l’étranger, la priorité donnée au Rafale et aux exportations d’armes, et l’instauration de l’état d’urgence en France ? Dans son livre récent Le Militaire. Une histoire française (éd. Amsterdam), l’économiste Claude Serfati montre à quel point l’armée et les industries militaires sont « chez elles » dans les institutions et l’économie politique de la Vème République. Une tendance qui n’a fait que s’aggraver ces dernières années, sans que le poids politique et économique exorbitant du militaire en France soit vraiment contesté ni même débattu, y compris à gauche. La campagne électorale actuelle ne fait pas exception. Entretien.
Basta ! : Vous montrez, dans votre livre, la place centrale de l’institution militaire en France, dont vous dites qu’elle est « sans équivalent dans aucune autre démocratie » et qu’elle « n’a cessé de se renforcer au cours des dernières décennies ». Comment se traduit concrètement ce poids de l’armée dans la vie politique et économique du pays ?
Claude Serfati [1] : Il se traduit d’abord sur le plan strictement constitutionnel, à travers l’ensemble des pouvoirs militaires et sécuritaires attribués au chef de l’État par la Vème République. Les chercheurs qui procèdent à des comparaisons internationales s’accordent sur le fait que le président de la République en France est le chef d’État le moins contrôlé de toutes les démocraties, notamment en ce qui concerne le pouvoir de faire la guerre. Le poids du militaire s’observe également dans la politique extérieure et ses priorités. Les interventions militaires de la France à l’extérieur de ses frontières, principalement en Afrique, sont devenues si nombreuses qu’il devient difficile de les compter. Il y en aurait eu 25 pour la seule année 2015. Avec l’instauration de l’état d’urgence, l’armée a également repris une place importante dans les questions de sécurité intérieure.
Cet enracinement de l’institution militaire en France, particulièrement depuis 1958, s’observe aussi sur le plan économique. La Vème République s’est construite sur deux crédos formulés par de Gaulle, qui restent aujourd’hui encore indiscutés. Le premier est l’impératif de développer la « compétitivité » de l’économie française, énoncé explicitement par de Gaulle en 1958 et qui reste un leitmotiv aujourd’hui, comme on sait. Le second est que cette compétitivité passe par une série de grands programmes technologiques, militaires ou à valeur stratégique – les télécoms, le spatial et le nucléaire civil par exemple. Ces deux crédos imprègnent encore tous les pores de l’économie française. Je montre par exemple dans mon livre que si le poids des dépenses militaires dans le PIB semble relativement limité, à un peu moins de 2%, la place des groupes de l’armement dans les dépenses technologiques dépasse les 20%, ce qui est très important.
Cette influence du militaire à la fois sur la sphère politique et sur la sphère économique – ce que vous appelez « l’économie politique de la Vème République » – est-elle une spécificité française ?
La France est un pays où l’armée a toujours été au cœur de l’État, ce qui n’est pas exceptionnel. A ce degré c’est tout de même assez rare. C’est aussi un pays dans lequel l’État a pénétré l’ensemble des relations sociales, économiques et culturelles depuis des siècles. La conjugaison de ces deux traits fait la singularité du capitalisme français et explique la polyvalence de l’influence du militaire dans notre pays. Il est clair qu’au début des années 60, à un moment où de Gaulle en était encore à régler ses comptes avec la fraction colonialiste de l’armée et dans une période d’euphorie économique, c’était l’aspect économique de cette influence qui prédominait. Les militaires restaient relativement discrets. Ils n’étaient pas comme aujourd’hui à entourer le président dans un contexte de crise des institutions, de délitement industriel et de tensions sociales.
Aujourd’hui, le rôle économique du militaire perdure, du fait de la force d’inertie de ces cinq dernières décennies et du consensus politique sur la question. Une série de facteurs – les « printemps arabes » et l’implosion des régimes au sein de régions d’influence de la France, le retrait relatif de l’administration Obama, le déclin économique de la France par rapport à l’Allemagne… – ont contribué à redonner à l’armée un poids politique significatif. Entendre le chef d’état-major de François Hollande revendiquer publiquement il y a six mois une hausse des dépenses militaires dans le budget de l’État, c’est quelque chose de nouveau. On a le sentiment que l’armée est plus que jamais chez elle dans la Vème République. C’est ce que voulait de Gaulle, mais sous l’autorité du chef de l’État et dans le cadre d’une économie flamboyante. Or ces deux facteurs sont justement en train de s’éroder.
Nous sommes aussi actuellement dans une période où les versants économiques et politiques du militaire retissent des liens très étroits, ce qui n’a pas toujours été le cas au cours des dernières décennies. Dans les années 1990, on voyait les états-majors critiquer les industriels de l’armement. Aujourd’hui, au contraire, il y a une convergence profonde d’intérêts entre les interventions armées en Afrique, qui permettent de tester sur le terrain les équipements produits par les firmes françaises, et les exportations d’armes à destination du Moyen-Orient et d’ailleurs. Les patrons des entreprises d’armement comme Serge Dassault admettent explicitement que les interventions militaires françaises leur donnent un « avantage compétitif ». Hollande lui a donné raison en s’écriant lors d’une visite dans une usine Dassault en 2015 : « Vive le Rafale, vive la République, vive la France ! »
Cette convergence entre intérêts politiques et économiques ne se retrouve-t-elle pas dans la vision française de l’Europe ? On a l’impression que la France voit surtout l’Union européenne comme un moyen de financer son industrie d’armement, et se voit jouer en son sein la fonction du militaire…
C’est effectivement le projet politique que les dirigeants français ont pour l’Europe depuis de Gaulle. Le « rôle majeur » que celui-ci voulait faire jouer à la France est de moins en moins crédible sur le plan économique, ce qui pousse les gouvernements français à vouloir aller toujours plus loin en ce qui concerne son rôle militaire et sécuritaire. Ils ont obtenu quelques avancées à partir des années 1990, telles que le financement communautaire destiné à la recherche-développement, dont une partie de plus en plus importante – sous le nom de technologies « duales » (à la fois civiles et militaires) dans l’aéronautique par exemple – profite aux industriels de l’armement. Mais cela ne va pas pour l’instant aussi loin qu’ils le souhaiteraient. D’une part, les gouvernements des autres pays européens qui disposent d’une industrie d’armement conséquente n’acceptent pas facilement que l’industrie française s’accapare trop de marchés. D’autre part, l’Union européenne n’est pas prête à marcher au pas cadencé de la France sur la politique de défense et de sécurité commune.
Le contexte des attentats ne risque-t-il pas de changer la donne ? La sécurité et la surveillance, que les industriels de l’armement considèrent comme des « relais de croissance », sont-ils en train de revenir à l’ordre du jour en Europe ?
Le processus est en route depuis 2003. Après le 11 septembre, la « politique européenne de sécurité et de défense » élaborée par Javier Solana a imposé le concept de la « sécurité », permettant des interventions répressives aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. C’était le même projet politique que celui du président Bush, le multilatéralisme en plus. Les programmes sur la sécurité mis en place par l’Union européenne ont profité très largement aux aéronauticiens et aux électroniciens français, et c’est effectivement la France qui pousse le plus en ce sens, aujourd’hui encore. Sur le plan politique, les dirigeants français considèrent que le chaos actuel au sein du « voisinage » de l’Europe (Afrique et Moyen-Orient), qui se traduit dans le traitement inhumain que l’UE inflige aux réfugiés, imposera aux autres gouvernements un principe de réalité, qui accentuerait les tendances sécuritaires et redonnerait du poids à la France. Il y a un jeu subtil qui est mené vis-à-vis de l’Allemagne et des pays nordiques. Eux aussi sont attachés à la sécurité, mais il est différent – et plus pacifique pour les pays nordiques – de l’ordre sécuritaire tel qu’il est conçu en France.
Vous consacrez un chapitre à déconstruire les discours officiels sur les ventes d’armes, présentées comme bonnes pour la France et pour l’emploi. La focalisation française sur les industries d’armement nuit-elle au contraire au reste de l’économie, en particulier aux autres branches de l’industrie ?
À travers mes recherches, j’essaie de montrer depuis assez longtemps que les industries d’armement ont très peu d’effets d’entraînement pour les autres secteurs industriels. On a beaucoup glosé dans les années 1970 sur les transferts de technologies militaires vers le civil aux États-Unis, mais c’est bien plus compliqué et limité que cela, et très spécifique aux États-Unis. De plus, en France, beaucoup de cadres dirigeants d’entreprises formés dans les grandes écoles (comme Polytechnique) n’ont pas une véritable culture entrepreneuriale. La consanguinité entre l’État et les grandes entreprises – particulièrement forte dans le secteur de l’armement – n’incite guère à sortir des marchés lucratifs et protégés de la défense pour développer des applications civiles. Pour des raisons multiples, le secteur de l’aéronautique constitue la seule exception, d’ailleurs partielle.
L’histoire donne plutôt raison à la thèse selon laquelle les industries d’armement exercent une sorte de prédation sur les ressources productives et le personnel qualifié. En France, plus l’industrie de l’armement est privilégiée, plus d’autres secteurs industriels essentiels s’effondrent. Les grands programmes technologiques publics continuent de profiter largement aux industriels de l’armement. L’Observatoire économique de la défense vient d’annoncer que l’industrie militaire a bénéficié d’un crédit d’impôt recherche de plus d’un milliard d’euros en 2015. C’est une somme qui n’est allé à destination des PME civiles – je ne parle même pas d’objectifs sociaux. Et ce n’est qu’un chiffre parmi d’autres.
Certes, le déclin relatif du secteur automobile français ne peut pas directement être imputé à l’industrie d’armement, car il a été lui aussi largement soutenu par l’État. En revanche, la priorité accordée par la France aux industries militaires a clairement aggravé le retard français dans l’industrie de la machine-outil. Or celle-ci, surtout quand elle est robotisée, est une industrie décisive pour l’industrie automobile, mais également pour tous les secteurs de production de biens. L’industrie électronique est un exemple d’industrie dans laquelle les priorités accordées aux produits et aux systèmes militaires ont été une des causes de la dégradation considérable des marchés civils (comme l’électronique grand public, informatique, etc.). Je rappelle aussi que l’armée de terre revendique la place de premier recruteur de contrats longs en France. C’est un constat accablant pour l’avenir de la jeunesse.
Pourquoi ce poids massif de l’armée et du militaire dans l’économie et la vie politique françaises est-il si peu débattu, et si peu contesté ?
C’est particulièrement frappant si l’on compare la France et la Grande-Bretagne. Ce sont deux pays de vieille tradition impérialiste et militariste, qui se sont retrouvés encore une fois côte à côte en Libye puis en Syrie. Or le débat public sur les questions de guerres et de ventes d’armes en Grande-Bretagne est aux antipodes de ce qu’il est en France. Le rapport Chilcot sur la guerre en Irak, un rapport parlementaire officiel, a été bien au-delà de la simple dénonciation du rôle de Tony Blair.
On n’imagine pas aujourd’hui encore, plus de vingt ans après le génocide, la mise en place d’une commission d’enquête sérieuse sur le rôle de la France au Rwanda. Très récemment, la commission des affaires étrangères du Parlement anglais a proposé d’arrêter les ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite en raison de ses crimes de guerre au Yémen. En France, tout le monde ou presque se félicite de nos ventes d’armes à cette monarchie pétrolière.
Il faut donc insister : en France, ce débat n’a pas lieu, et cela ne date pas d’aujourd’hui, pour un ensemble de raisons politiques, économiques, et culturelles. Le mouvement antimilitariste a malheureusement perdu de sa vigueur en France par rapport à d’autres pays. Il y a sur le sujet un consensus droite-gauche qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Nous avons donc une difficulté à lever le couvercle du militarisme. Et bien entendu il y a l’influence des industriels de l’armement, mais aussi les hésitations des organisations de salariés, pour lesquelles les programmes d’armement assurent – de moins en moins d’ailleurs – un maintien de l’emploi, surtout dans les territoires qui en dépendent de façon critique.
Vous suggérez que l’armée a gagné en influence, déjà sous Sarkozy mais encore davantage durant le quinquennat de François Hollande, avec les interventions militaires à l’étranger, l’accent mis sur les ventes d’armes, et maintenant la proclamation de l’état d’urgence. Sommes-nous en train de revenir aux sources militaires de la Vème République ?
Cette influence croissante est liée au contexte géopolitique et économique mondial, avec la crise financière et ses suites, les révolutions arabes, le retrait relatif des États-Unis, les rapports avec l’Allemagne – ce que j’appelle le « moment 2008 ». L’utilisation du militaire devient en quelque sorte un des derniers avantages compétitifs de la France. Mais cela représente aussi, effectivement, une sorte de parachèvement de la Vème République, ou du moins un retour en force de certains aspects de sa constitution qui étaient restés latents.
La Vème République, c’est un régime bonapartiste, né d’un coup d’État. Sa constitution est pleine de potentialités antidémocratiques très graves : l’article 16 sur les pouvoirs exceptionnels du président, l’état d’urgence, l’état de siège. C’est une combinaison explosive. L’utilisation des armées à l’extérieur – même si elle semble indolore pour la population française – s’est toujours accompagnée d’union nationale à l’intérieur et de mesures coercitives contre ceux qui ne s’y plieraient pas. Cette corrélation entre guerre à l’extérieur et état d’exception à l’intérieur a toujours existé, sous des formes plus ou moins paroxystiques et violentes.
Ceci dit, le corsetage des libertés que rend possible la constitution dépend aussi des rapports sociaux. Des manifestations de rue massives ont eu lieu en 2016 malgré l’état d’urgence. Le rapport de forces actuel entre ceux qui veulent défendre les libertés et ceux qui veulent les réduire fait que l’état d’urgence n’est pas poussé jusqu’au bout. Parallèlement, cependant, on voit de plus en plus de militaires délaisser la posture traditionnelle de la « grande muette » pour faire entendre leur voix, dans la rue, au sein des manifestations de Sens commun, mais également dans les médias, où on les entend évoquer ouvertement un passage de la France sous l’état de siège en cas de nouveaux actes terroristes.
Iriez-vous jusqu’à dire que nous ne sommes pas à l’abri d’un putsch militaire en France, par exemple à la faveur d’un attentat ?
Comme je viens de le dire, les rapports de force sociaux sont essentiels : la loi El Khomri a été combattue dans la rue malgré l’état d’urgence. Ceci dit, il faut bien avoir à l’esprit que nous avons toujours une épée de Damoclès au-dessus de nous et que nous ne sommes pas à l’abri d’un événement qui créerait les conditions pour des mesures encore plus autoritaires. Je ne suis pas préoccupé par la menace d’un coup d’État à la latino-américaine. Je crains par contre qu’à la suite d’un acte terroriste, la Vème République et ses mesures d’exception soient utilisées « à fond », pour ainsi dire, par le gouvernement en place. La constitution permet l’adoption de mesures réellement dictatoriales « en douceur », qui s’exerceraient sans doute de manière discriminante, en ciblant d’abord les minorités visibles ou certaines catégories de population comme les « jeunes des quartiers ».
L’armée est déjà chez elle dans la Vème République, tout comme la police. Mais elles pourraient le devenir encore plus. En même temps, heureusement, il y a des réactions d’hostilité et de résistance à ces évolutions non seulement dans la société civile, mais aussi dans l’appareil d’État, notamment au niveau du pouvoir judiciaire. Je suis rassuré par le fait que malgré les attentats, les Français restent davantage préoccupés dans cette campagne électorale par l’économie et l’emploi que par la sécurité. Nous avons encore des ressources démocratiques.
Parlons justement des élections. Comment ce pouvoir militaire que vous décrivez réagirait-il si le Front national continue de monter en puissance lors des prochaines élections ?
Je ne vois pas d’incompatibilité entre le Front national et l’état-major des armées. J’attends une preuve du contraire.
Qu’en est-il des autres candidats ?
Le fait qu’Emmanuel Macron ait cherché et obtenu le soutien de Jean-Yves Le Drian le situe dans le droit fil de la politique actuelle. Au final, aucun des quatre principaux candidats à l’élection présidentielle n’a remis en cause la place de l’industrie de l’armement en France. Jean-Luc Mélenchon remet néanmoins en cause la politique militaire de la France sur certains points, comme la sortie de l’Otan et l’arrêt des interventions militaires. Sur les autres aspects, il semble faire preuve d’une grande prudence. Certains qui soutiennent sa candidature regrettent par exemple l’absence d’initiative de sa part sur la dénucléarisation de la France, alors que des personnalités comme Paul Quilès ont pris des positions très volontaires sur ce sujet.
Propos recueillis par Olivier Petitjean
Source : Bastamag, Olivier Petitjean, 16-05-2017
Claude Serfati [1] : Il se traduit d’abord sur le plan strictement constitutionnel, à travers l’ensemble des pouvoirs militaires et sécuritaires attribués au chef de l’État par la Vème République. Les chercheurs qui procèdent à des comparaisons internationales s’accordent sur le fait que le président de la République en France est le chef d’État le moins contrôlé de toutes les démocraties, notamment en ce qui concerne le pouvoir de faire la guerre. Le poids du militaire s’observe également dans la politique extérieure et ses priorités. Les interventions militaires de la France à l’extérieur de ses frontières, principalement en Afrique, sont devenues si nombreuses qu’il devient difficile de les compter. Il y en aurait eu 25 pour la seule année 2015. Avec l’instauration de l’état d’urgence, l’armée a également repris une place importante dans les questions de sécurité intérieure.
Cet enracinement de l’institution militaire en France, particulièrement depuis 1958, s’observe aussi sur le plan économique. La Vème République s’est construite sur deux crédos formulés par de Gaulle, qui restent aujourd’hui encore indiscutés. Le premier est l’impératif de développer la « compétitivité » de l’économie française, énoncé explicitement par de Gaulle en 1958 et qui reste un leitmotiv aujourd’hui, comme on sait. Le second est que cette compétitivité passe par une série de grands programmes technologiques, militaires ou à valeur stratégique – les télécoms, le spatial et le nucléaire civil par exemple. Ces deux crédos imprègnent encore tous les pores de l’économie française. Je montre par exemple dans mon livre que si le poids des dépenses militaires dans le PIB semble relativement limité, à un peu moins de 2%, la place des groupes de l’armement dans les dépenses technologiques dépasse les 20%, ce qui est très important.
Cette influence du militaire à la fois sur la sphère politique et sur la sphère économique – ce que vous appelez « l’économie politique de la Vème République » – est-elle une spécificité française ?
La France est un pays où l’armée a toujours été au cœur de l’État, ce qui n’est pas exceptionnel. A ce degré c’est tout de même assez rare. C’est aussi un pays dans lequel l’État a pénétré l’ensemble des relations sociales, économiques et culturelles depuis des siècles. La conjugaison de ces deux traits fait la singularité du capitalisme français et explique la polyvalence de l’influence du militaire dans notre pays. Il est clair qu’au début des années 60, à un moment où de Gaulle en était encore à régler ses comptes avec la fraction colonialiste de l’armée et dans une période d’euphorie économique, c’était l’aspect économique de cette influence qui prédominait. Les militaires restaient relativement discrets. Ils n’étaient pas comme aujourd’hui à entourer le président dans un contexte de crise des institutions, de délitement industriel et de tensions sociales.
Aujourd’hui, le rôle économique du militaire perdure, du fait de la force d’inertie de ces cinq dernières décennies et du consensus politique sur la question. Une série de facteurs – les « printemps arabes » et l’implosion des régimes au sein de régions d’influence de la France, le retrait relatif de l’administration Obama, le déclin économique de la France par rapport à l’Allemagne… – ont contribué à redonner à l’armée un poids politique significatif. Entendre le chef d’état-major de François Hollande revendiquer publiquement il y a six mois une hausse des dépenses militaires dans le budget de l’État, c’est quelque chose de nouveau. On a le sentiment que l’armée est plus que jamais chez elle dans la Vème République. C’est ce que voulait de Gaulle, mais sous l’autorité du chef de l’État et dans le cadre d’une économie flamboyante. Or ces deux facteurs sont justement en train de s’éroder.
Nous sommes aussi actuellement dans une période où les versants économiques et politiques du militaire retissent des liens très étroits, ce qui n’a pas toujours été le cas au cours des dernières décennies. Dans les années 1990, on voyait les états-majors critiquer les industriels de l’armement. Aujourd’hui, au contraire, il y a une convergence profonde d’intérêts entre les interventions armées en Afrique, qui permettent de tester sur le terrain les équipements produits par les firmes françaises, et les exportations d’armes à destination du Moyen-Orient et d’ailleurs. Les patrons des entreprises d’armement comme Serge Dassault admettent explicitement que les interventions militaires françaises leur donnent un « avantage compétitif ». Hollande lui a donné raison en s’écriant lors d’une visite dans une usine Dassault en 2015 : « Vive le Rafale, vive la République, vive la France ! »
Cette convergence entre intérêts politiques et économiques ne se retrouve-t-elle pas dans la vision française de l’Europe ? On a l’impression que la France voit surtout l’Union européenne comme un moyen de financer son industrie d’armement, et se voit jouer en son sein la fonction du militaire…
C’est effectivement le projet politique que les dirigeants français ont pour l’Europe depuis de Gaulle. Le « rôle majeur » que celui-ci voulait faire jouer à la France est de moins en moins crédible sur le plan économique, ce qui pousse les gouvernements français à vouloir aller toujours plus loin en ce qui concerne son rôle militaire et sécuritaire. Ils ont obtenu quelques avancées à partir des années 1990, telles que le financement communautaire destiné à la recherche-développement, dont une partie de plus en plus importante – sous le nom de technologies « duales » (à la fois civiles et militaires) dans l’aéronautique par exemple – profite aux industriels de l’armement. Mais cela ne va pas pour l’instant aussi loin qu’ils le souhaiteraient. D’une part, les gouvernements des autres pays européens qui disposent d’une industrie d’armement conséquente n’acceptent pas facilement que l’industrie française s’accapare trop de marchés. D’autre part, l’Union européenne n’est pas prête à marcher au pas cadencé de la France sur la politique de défense et de sécurité commune.
Le contexte des attentats ne risque-t-il pas de changer la donne ? La sécurité et la surveillance, que les industriels de l’armement considèrent comme des « relais de croissance », sont-ils en train de revenir à l’ordre du jour en Europe ?
Le processus est en route depuis 2003. Après le 11 septembre, la « politique européenne de sécurité et de défense » élaborée par Javier Solana a imposé le concept de la « sécurité », permettant des interventions répressives aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. C’était le même projet politique que celui du président Bush, le multilatéralisme en plus. Les programmes sur la sécurité mis en place par l’Union européenne ont profité très largement aux aéronauticiens et aux électroniciens français, et c’est effectivement la France qui pousse le plus en ce sens, aujourd’hui encore. Sur le plan politique, les dirigeants français considèrent que le chaos actuel au sein du « voisinage » de l’Europe (Afrique et Moyen-Orient), qui se traduit dans le traitement inhumain que l’UE inflige aux réfugiés, imposera aux autres gouvernements un principe de réalité, qui accentuerait les tendances sécuritaires et redonnerait du poids à la France. Il y a un jeu subtil qui est mené vis-à-vis de l’Allemagne et des pays nordiques. Eux aussi sont attachés à la sécurité, mais il est différent – et plus pacifique pour les pays nordiques – de l’ordre sécuritaire tel qu’il est conçu en France.
Vous consacrez un chapitre à déconstruire les discours officiels sur les ventes d’armes, présentées comme bonnes pour la France et pour l’emploi. La focalisation française sur les industries d’armement nuit-elle au contraire au reste de l’économie, en particulier aux autres branches de l’industrie ?
À travers mes recherches, j’essaie de montrer depuis assez longtemps que les industries d’armement ont très peu d’effets d’entraînement pour les autres secteurs industriels. On a beaucoup glosé dans les années 1970 sur les transferts de technologies militaires vers le civil aux États-Unis, mais c’est bien plus compliqué et limité que cela, et très spécifique aux États-Unis. De plus, en France, beaucoup de cadres dirigeants d’entreprises formés dans les grandes écoles (comme Polytechnique) n’ont pas une véritable culture entrepreneuriale. La consanguinité entre l’État et les grandes entreprises – particulièrement forte dans le secteur de l’armement – n’incite guère à sortir des marchés lucratifs et protégés de la défense pour développer des applications civiles. Pour des raisons multiples, le secteur de l’aéronautique constitue la seule exception, d’ailleurs partielle.
L’histoire donne plutôt raison à la thèse selon laquelle les industries d’armement exercent une sorte de prédation sur les ressources productives et le personnel qualifié. En France, plus l’industrie de l’armement est privilégiée, plus d’autres secteurs industriels essentiels s’effondrent. Les grands programmes technologiques publics continuent de profiter largement aux industriels de l’armement. L’Observatoire économique de la défense vient d’annoncer que l’industrie militaire a bénéficié d’un crédit d’impôt recherche de plus d’un milliard d’euros en 2015. C’est une somme qui n’est allé à destination des PME civiles – je ne parle même pas d’objectifs sociaux. Et ce n’est qu’un chiffre parmi d’autres.
Certes, le déclin relatif du secteur automobile français ne peut pas directement être imputé à l’industrie d’armement, car il a été lui aussi largement soutenu par l’État. En revanche, la priorité accordée par la France aux industries militaires a clairement aggravé le retard français dans l’industrie de la machine-outil. Or celle-ci, surtout quand elle est robotisée, est une industrie décisive pour l’industrie automobile, mais également pour tous les secteurs de production de biens. L’industrie électronique est un exemple d’industrie dans laquelle les priorités accordées aux produits et aux systèmes militaires ont été une des causes de la dégradation considérable des marchés civils (comme l’électronique grand public, informatique, etc.). Je rappelle aussi que l’armée de terre revendique la place de premier recruteur de contrats longs en France. C’est un constat accablant pour l’avenir de la jeunesse.
Pourquoi ce poids massif de l’armée et du militaire dans l’économie et la vie politique françaises est-il si peu débattu, et si peu contesté ?
C’est particulièrement frappant si l’on compare la France et la Grande-Bretagne. Ce sont deux pays de vieille tradition impérialiste et militariste, qui se sont retrouvés encore une fois côte à côte en Libye puis en Syrie. Or le débat public sur les questions de guerres et de ventes d’armes en Grande-Bretagne est aux antipodes de ce qu’il est en France. Le rapport Chilcot sur la guerre en Irak, un rapport parlementaire officiel, a été bien au-delà de la simple dénonciation du rôle de Tony Blair.
On n’imagine pas aujourd’hui encore, plus de vingt ans après le génocide, la mise en place d’une commission d’enquête sérieuse sur le rôle de la France au Rwanda. Très récemment, la commission des affaires étrangères du Parlement anglais a proposé d’arrêter les ventes d’armes britanniques à l’Arabie saoudite en raison de ses crimes de guerre au Yémen. En France, tout le monde ou presque se félicite de nos ventes d’armes à cette monarchie pétrolière.
Il faut donc insister : en France, ce débat n’a pas lieu, et cela ne date pas d’aujourd’hui, pour un ensemble de raisons politiques, économiques, et culturelles. Le mouvement antimilitariste a malheureusement perdu de sa vigueur en France par rapport à d’autres pays. Il y a sur le sujet un consensus droite-gauche qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Nous avons donc une difficulté à lever le couvercle du militarisme. Et bien entendu il y a l’influence des industriels de l’armement, mais aussi les hésitations des organisations de salariés, pour lesquelles les programmes d’armement assurent – de moins en moins d’ailleurs – un maintien de l’emploi, surtout dans les territoires qui en dépendent de façon critique.
Vous suggérez que l’armée a gagné en influence, déjà sous Sarkozy mais encore davantage durant le quinquennat de François Hollande, avec les interventions militaires à l’étranger, l’accent mis sur les ventes d’armes, et maintenant la proclamation de l’état d’urgence. Sommes-nous en train de revenir aux sources militaires de la Vème République ?
Cette influence croissante est liée au contexte géopolitique et économique mondial, avec la crise financière et ses suites, les révolutions arabes, le retrait relatif des États-Unis, les rapports avec l’Allemagne – ce que j’appelle le « moment 2008 ». L’utilisation du militaire devient en quelque sorte un des derniers avantages compétitifs de la France. Mais cela représente aussi, effectivement, une sorte de parachèvement de la Vème République, ou du moins un retour en force de certains aspects de sa constitution qui étaient restés latents.
La Vème République, c’est un régime bonapartiste, né d’un coup d’État. Sa constitution est pleine de potentialités antidémocratiques très graves : l’article 16 sur les pouvoirs exceptionnels du président, l’état d’urgence, l’état de siège. C’est une combinaison explosive. L’utilisation des armées à l’extérieur – même si elle semble indolore pour la population française – s’est toujours accompagnée d’union nationale à l’intérieur et de mesures coercitives contre ceux qui ne s’y plieraient pas. Cette corrélation entre guerre à l’extérieur et état d’exception à l’intérieur a toujours existé, sous des formes plus ou moins paroxystiques et violentes.
Ceci dit, le corsetage des libertés que rend possible la constitution dépend aussi des rapports sociaux. Des manifestations de rue massives ont eu lieu en 2016 malgré l’état d’urgence. Le rapport de forces actuel entre ceux qui veulent défendre les libertés et ceux qui veulent les réduire fait que l’état d’urgence n’est pas poussé jusqu’au bout. Parallèlement, cependant, on voit de plus en plus de militaires délaisser la posture traditionnelle de la « grande muette » pour faire entendre leur voix, dans la rue, au sein des manifestations de Sens commun, mais également dans les médias, où on les entend évoquer ouvertement un passage de la France sous l’état de siège en cas de nouveaux actes terroristes.
Iriez-vous jusqu’à dire que nous ne sommes pas à l’abri d’un putsch militaire en France, par exemple à la faveur d’un attentat ?
Comme je viens de le dire, les rapports de force sociaux sont essentiels : la loi El Khomri a été combattue dans la rue malgré l’état d’urgence. Ceci dit, il faut bien avoir à l’esprit que nous avons toujours une épée de Damoclès au-dessus de nous et que nous ne sommes pas à l’abri d’un événement qui créerait les conditions pour des mesures encore plus autoritaires. Je ne suis pas préoccupé par la menace d’un coup d’État à la latino-américaine. Je crains par contre qu’à la suite d’un acte terroriste, la Vème République et ses mesures d’exception soient utilisées « à fond », pour ainsi dire, par le gouvernement en place. La constitution permet l’adoption de mesures réellement dictatoriales « en douceur », qui s’exerceraient sans doute de manière discriminante, en ciblant d’abord les minorités visibles ou certaines catégories de population comme les « jeunes des quartiers ».
L’armée est déjà chez elle dans la Vème République, tout comme la police. Mais elles pourraient le devenir encore plus. En même temps, heureusement, il y a des réactions d’hostilité et de résistance à ces évolutions non seulement dans la société civile, mais aussi dans l’appareil d’État, notamment au niveau du pouvoir judiciaire. Je suis rassuré par le fait que malgré les attentats, les Français restent davantage préoccupés dans cette campagne électorale par l’économie et l’emploi que par la sécurité. Nous avons encore des ressources démocratiques.
Parlons justement des élections. Comment ce pouvoir militaire que vous décrivez réagirait-il si le Front national continue de monter en puissance lors des prochaines élections ?
Je ne vois pas d’incompatibilité entre le Front national et l’état-major des armées. J’attends une preuve du contraire.
Qu’en est-il des autres candidats ?
Le fait qu’Emmanuel Macron ait cherché et obtenu le soutien de Jean-Yves Le Drian le situe dans le droit fil de la politique actuelle. Au final, aucun des quatre principaux candidats à l’élection présidentielle n’a remis en cause la place de l’industrie de l’armement en France. Jean-Luc Mélenchon remet néanmoins en cause la politique militaire de la France sur certains points, comme la sortie de l’Otan et l’arrêt des interventions militaires. Sur les autres aspects, il semble faire preuve d’une grande prudence. Certains qui soutiennent sa candidature regrettent par exemple l’absence d’initiative de sa part sur la dénucléarisation de la France, alors que des personnalités comme Paul Quilès ont pris des positions très volontaires sur ce sujet.
Propos recueillis par Olivier Petitjean
Source : Bastamag, Olivier Petitjean, 16-05-2017
lundi 5 juin 2017
SUS
À L’ENNEMI!
Comme avant
lui, un empire sur sa chute;
l’impérialisme US a fait son temps
Daniel Paquet dpaquet1871@gmail.com
MONTRÉAL – Oui, bien sûr, il n’y a pas que l’impérialisme US; les
peuples font face à un véritable consortium.
Et à un panier de crabes!
« Dans un message publié sur Twitter, le président américain a
affirmé que les États-Unis affichaient un ’déficit commercial massif avec
l’Allemagne, puis (le pays) paie beaucoup moins qu’il le devrait pour l’OTAN et
l’armée. Très mauvais pour les
États-Unis. Cela va changer.’ (…) Elle a
récemment laissé entendre, à l’issue du sommet du G7, que la relation de
l’Europe avec les États-Unis s’était transformée à la suite de ses récentes
rencontres avec le président Donald Trump, qui ont donné des résultats
décevants. » C’est ce que
rapporte l’AP-Métro dans l’édition de
Métro du 31 mai 2017. (La tension perdure entre Trump et Merkel,
page 9).
« Appelant à un sursaut européen, Mme Merkel, actuellement en
campagne pour un quatrième mandat, a averti les Allemands que l’époque où ils
pouvaient compter sur les États-Unis sans la
moindre hésitation était ‘quasiment révolue’. La chancelière semble convaincue que le
discours de Trump – dont le passage à Bruxelles et Taormina a laissé un goût
amer – peut servir d’aiguillon pour faire avancer l’Europe, sur la défense et
la diplomatie. » lance de son côté 24H aussi en date du 31 mai 2017, (Le
ton monte d’un cran entre Trump et Merkel, page 13).
Si la situation en Europe ne semble guère brillante, elle est carrément
catastrophique en Asie. Notons toutefois
que c’est le candidat libéral Moon Jae-in qui a été officiellement proclamé
gagnant de l’élection présidentielle en Corée du Sud.
« M. Moon fera face à plusieurs défis dans le pays, qui est
fortement divisé sur son avenir qui fait face à une menace grandissante (sic!) de
la part de la Corée du Nord, alors que son alliance militaire avec les
États-Unis ne fait pas l’unanimité. M.
Moon, un ancien avocat spécialisé dans les droits de la personne, favorise un
rapprochement avec la Corée du Nord en faisant valoir que la ligne dure n’a pas
empêché Pyongyang de développer des armes nucléaires. Cette approche plus
conciliante pourrait entrer en contradiction avec celle prônée par le plus
grand allié de la Corée du Sud, les États-Unis. » (Associated Press, La
Corée du Sud a choisi son président, Métro, 10 mai 2017, page 11).
Incidemment, le gouvernement des États-Unis n’est pas en reste.
« Les États-Unis ont testé avec succès, pour la première fois,
l’interception d’un missile balistique intercontinental, envoyant un message à
la Corée du Nord. (Missile tiré) depuis la base Vandenberg de l’US Force en
Californie. » (24H, 31 mai 2017, page 13).
« La valeur du test concluant des États-Unis est de 244 M$US. Il est toutefois trop tôt pour affirmer que
les Américains seraient capables de se défendre contre un missile
intercontinental provenant de la Corée du Nord. » (Métro, 31 mai 2017,
page 9).
Les États-Unis ont encore beaucoup « d’amis ». Au Proche-Orient, ils peuvent compter sur
leur gendarme régional, Israël. « Faisant référence à ses discussions
avec M. Trump… à Washington, M. Abbas (le président palestinien, -ndlr) a dit avoir
informé le président américain de sa volonté de ‘travailler avec lui et de
rencontrer le premier ministre israélien sous sa supervision, au nom de la
paix. » (Associated Press, Abbas veut rencontrer Netanyahou,
Métro, 10 mai 2017, page 12). Bravo pour l’indépendance! C’est, avouons-le : lamentable, i.e. que
les États-Unis et Israël en viennent à vouloir négocier avec Mahmoud Abbas, qui
n’a pas vraiment de pouvoir, si ce n’est de prendre acte que 882 détenus
palestiniens font grève de la faim dans les pénitenciers israéliens pour faire
valoir les droits nationaux de la Palestine.
Mais diront les détracteurs de révolutions, il n’y pas plus de héros
charismatiques pour diriger ces mouvements.
Même Fidel nous a quittés physiquement.
Pour le peuple cubain, pour les jeunes qui prendront part au prochain
Festival mondial de la jeunesse et des étudiants en Russie bientôt (à Sotchi),
il est toujours bien vivant. Ainsi que
Ernesto ‘Che’ Guevara. Son ‘petit frère’
vient de faire paraître un livre sur ce dernier : « Il était un être humain. Vous voulez sûrement que je vous dise quels
étaient ses défauts. Il serait impertinent
de ma part de me lancer dans cette tâche.
Mais je peux vous répéter ce que Fidel (Castro) a dit un
jour : ‘Le Che risquerait sa vie
pour tous les enjeux, parfois même sans calculer la valeur de sa propre
vie.’ C’était peut-être le cas, mais il
se voyait aussi comme un leader, ce qui lui a fait prendre la tête dans des
situations aux dépens de sa vie. (…) On sait toutefois que des agents de la CIA
travaillaient activement à la recherche d’Ernesto Guevara. (…) Je suis sûr qu’il
ne serait pas du tout content de l’état du monde d’aujourd’hui. Il retournerait au front des luttes populaires
pour le changer. Cuba a eu sa
révolution, il a construit une société
ayant un niveau de solidarité et de justice qu’il défend dans un monde
adverse. Plutôt que de critiquer Cuba, on devrait faire ce qu’on peut pour
changer le monde. Il est d’autant plus
évident aujourd’hui – et par rapport aux
années 1960 ou 1970 – que ce que les
peuples font, dans ce monde mondialisé, ils doivent le faire, ou le feront, de
façon ‘mondialisé’. » (Rizzi, Paola, Être le frère du « Che »,
Métro, mercredi 31 mai 2017, pages
10-11).
En Amérique du Nord, particulièrement au Québec, certains chroniqueurs
ont les pieds bien ancrés dans le processus électoral pour changer les choses;
et ils interprètent le monde comme figé dans une bonne sauce
social-démocrate. Et on minimise les
dangers, dont celui que représente toujours le Front National en France (parti
fasciste), « qui fait frémir (ne serait-ce que cela?-ndlr), à juste titre
d’ailleurs, tous les tenants d’une certaine ouverture sur le mode, d’une
volonté de vivre ensemble. (De son côté, Macron incarne simultanément le vide
abyssal et le statu quo. Ex-banquier
sans trop d’idées, formules creuses, bon chic bon genre et, évidemment, fan des
caméras. (…) Excitante, la candidature
de Macron? Non. Une bonne chose de l’avoir comme président, probablement pas. Mais tout comme le montre l’exemple
américain, il ne pourra faire pire que Le Pen.
Juste mieux.»
L’auteur titre son papier : Vote blanc, vote insignifiant. N’est-ce pas plutôt son point de vue qui
l’est? (Bérard, Frédéric, Métro, jeudi 27 avril 2017, page 14).
Et l’avenir du Québec? Après la
tourmente Trump à laquelle les milieux d’affaires et politiques nord-américains
s’habituent, on revient à « nos moutons », i.e. la question nationale
au Canada. Elle n’a jamais été réglée,
même si les milieux bourgeois chauvins du Canada anglais ont cru que le dossier
était clos : l’oiseau s’habituait à sa cage dorée, apparemment. Le premier ministre du Québec, Philippe
Couillard, aura mis quelques années à étayer sa pensée sur le sujet. Il a publié
un document : Québécois, c’est notre façon d’être Canadiens (qui)
constitue la toute première politique du gouvernement Couillard ‘d’affirmation du Québec et des relations canadiennes’.
(Richer, Jocelyne, Couillard lance une offensive tranquille, Le Devoir, le jeudi 1er
juin 2017, page A1).
« Avant tout, Québec souhaite faire sauter le ‘tabou’ qui entoure tout le débat constitutionnel depuis
l’échec du référendum d’octobre 1995, car ‘le Québec et le Canada semblent prêts pour un
changement de paradigme’ à ce sujet. » (La Presse Canadienne, Le
débat constitutionnel relancé,
Métro, jeudi 1er juin 2017, page 1).
« (Joseph Staline) a dit … qu’entre Marx et Engels d’une part, et
Lénine de l’autre, s’étendait toute une période de domination de l’opportunisme
de la IIe Internationale. Pour préciser
(il ajoute) qu’il ne s’agit pas ici d’une domination purement formelle de l’opportunisme,
mais bien de sa domination effective. (…) Ce fut une période de développement
relativement pacifique du capitalisme, une période d’avant-guerre pour ainsi dire,
où les contradictions catastrophiques de
l’impérialisme n’avaient pas encore eu le temps de se révéler avec une entière évidence; où les
grèves économiques des ouvriers et les syndicats se développaient d’une façon
plus ou moins ‘normale’; où la lutte
électorale et les groupes parlementaires accusaient des succès ‘vertigineux’ et
où les formes légales de lutte étaient portées aux nues, et où l’on comptait
tuer’ le capitalisme par la légalité; en un mot, une période où les partis de
la IIe Internationale s’empâtaient et ne voulaient point songer sérieusement à
la révolution, à la dictature du prolétariat, à l’éducation révolutionnaire des
masses. (…) Évidemment, pour sauver les apparences,
on se référait à la théorie de Marx, mais c’était pour la vider de son âme
révolutionnaire vivante. » (Staline, Joseph, Les questions du léninisme,
Éditions en langues étrangères, Pékin, 1977, pages 11-12).
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Marx et la psychologie I
Les écrits de Marx sur la psychologie pourraient être qualifiés de rares et méconnus. Pour autant dans toute son oeuvre il retourne ou renverse la base d’analyse des rapports sociaux, des rapports entre humains et à ce titre il permet d’ouvrir une autre base pour une analyse psychologique ou psychanalytique.
Marx renverse le rapport entre ce qu’il appelle « la vie » et « la conscience ». Il renverse le postulat qui faisait croire aux hommes que la conscience déterminait la vie. En fonction des idées qu’ils ont dans la tête, les êtres sociaux organiseraient leurs échanges, leurs relations économiques, leurs rapports au pouvoir, leur monde matériel. Ainsi fonctionne le préjugé dominant encore aujourd’hui : les idées organiseraient le monde.
Marx montre très rapidement que c’est le monde matériel et social qui produit les idées que les hommes ont dans la tête. Le renversement produit par Marx est simple mais considérable : les idées ne fabriquent pas les conditions matérielles, ce sont les conditions matérielles qui fabriquent les idées.
Ce simple énoncé renverse les théories psychologiques ou psychanalytiques actuelles, comme il a renversé les théories de l’économie politique classique ou bien la philosophie. Il s’agit bien de faire destruction théorique d’une théorie ancienne
Le mot renversement est fort malgré son ambiguïté éventuelle. Il a été utilisé par Marx dans sa Postface du Capital pour qualifier l’opération topologique qu’il avait infligé à la dialectique de Hegel, celle-ci marchant sur la tête, il suffirait de la remettre sur les pieds pour lui trouver une physionomie tout à fait raisonnable, écrit-il. Louis Althusser et François Châtelet indiquent le risque d’en déduire que Marx aurait substitué à un usage idéaliste du concept, pris comme reflet du mouvement de la pensée, un usage matérialiste, pris comme reflet du mouvement réel.
Le concept a une fonction, est fait pour mourrir ainsi que l’indiquera Bachelard et là est le ressort du renversement produit par Marx. Il s’agit de mettre en place un renversement conceptuel pour faire fonctionner à partir d’une autre base, une pratique autre dans le social.
La pratique de la psychanalyse est concernée à ce sujet dans la pratique même du « Dites ce qui vous vient à l’esprit », qui est institution d’un nouveau rapport social, révolution possible pour l’être social dans sa pratique du dire. Marx dans l’Idéologie allemande avait saisi le rapport entre la « conscience » et le « langage ». Il indique ainsi : « Dès le début une malédiction pèse sur l’esprit, celle d’être affligé d’une matière, qui se présente ici sous forme de couches d’air agitées, de son, en bref de langage. Le langage est aussi vieux que la conscience - le langage est la conscience réelle, pratique existant pour d’autres hommes, et ainsi seulement existant pour moi-même, et tout comme la conscience le langage n’apparaît qu’avec le besoin, l’exigence de relations humaines avec d’autres hommes. » Marx décrit clairement l’expérience de transfert qui caractérise l’être humain à travers la matérialité du langage et comment la pensée n’est pas assimilable au langage. Leçon pour une certaine psychanalyse qui s’enferme dans l’idéalisme où le concept prédéfini est déjà là, avant toute pratique de rencontre avec l’humain ou bien encore occultant les pratiques de rencontre. Un exemple simple et édifiant illustrera mon propos. Lors d’« une présentation de malades » (sic), telle spécialiste lacanienne de l’homosexualité aura l’outrecuidance d’énoncer après la sortie de l’impétrant que cet homme qui venait de dévoiler son histoire se trompait : il n’était certainement pas homosexuel car ce qu’il avait dit ne correspondait pas à la théorie de Lacan sur l’homosexualité. Ainsi l’idée devait organiser le monde, l’idée de Lacan sur l’homosexualité devait organiser le monde du « malade » (sic)….
Dans les Manuscrits de 1844, Karl Marx a une vue des plus stimulantes sur la psychologie : « On voit que l’histoire de l’industrie et l’existence objective de l’industrie sont le livre ouvert des forces essentielles de l’homme, la psychologie humaine matérielle que, jusqu’à présent, on ne concevait pas dans son lien avec l’essence de l’homme, mais toujours uniquement du point de vue de quelque relation extérieure utilitaire. C’est que, se mouvant à l’intérieur de l’aliénation, on réduisait la réalité des forces essentielles de l’homme et son activité générique à l’existence universelle de l’homme, la religion ou l’histoire dans son essence abstraite universelle : la politique, l’art, la littérature, etc. On peut considérer l’industrie matérielle courante comme une partie du mouvement général, de même que l’on peut considérer ce mouvement lui-même comme un aspect particulier de l’industrie, puisque toute activité humaine a été jusqu’ici travail, donc industrie, activité aliénée à elle-même. Nous avons devant nous, sous la forme d’objets concrets, étrangers, utiles, sous la forme de l’aliénation, les forces essentielles de l’homme objectivées. Une psychologie pour laquelle ce livre, c’est-à-dire précisément la partie la plus matériellement présente, la plus accessible de l’histoire, reste fermé ne peut devenir une science réelle vraiment riche de contenu. Que doit-on penser somme toute d’une science qui, en se donnant de grands airs, fait abstraction de cette grande partie du travail humain et qui n’a pas le sentiment de ses lacunes tant que toute cette richesse déployée de l’activité humaine ne lui dit rien, sinon peut-être ce que l’on peut dire d’un seul mot : ‘’besoin’’, ‘’besoin vulgaire’’ »
Belle définition pour partir d’une base autre que celle de la psychologie contemporaine.
Hervé Hubert, le 91 marx 2017
MARX ET LA PSYCHOLOGIE II
Dans les Manuscrits de 1844 j’indiquais dans l’article Marx et la Psychologie I, le passage où Karl-Heinrich âgé de 26 ans se révèle être précurseur de la psychologie de demain, celle qui n’existe pas encore en ce début de XXIème siècle, tant elle s’est fourvoyée jusqu’à maintenant dans ce que Georges Canghillem décrivait de sa fonction de police de l’esprit dans son fameux article « Qu’est-ce que la psychologie ? » en 1958 : « Quand on sort de la Sorbonne par la rue Saint-Jacques, on peut monter ou descendre ; si l’on va en montant, on se rapproche du Panthéon qui est le Conservatoire de quelques grands hommes, mais si on va en descendant on se dirige sûrement vers la Préfecture de Police ». A cette époque, le Département de Psychologie se situe à cet endroit de la rue Saint-Jacques et donne donc le choix en en sortant d’aller en montant vers un transfert dirigé vers la fonction du Père Mort et du Père Idéal, ou en descendant vers la fonction de police de la pensée. Il poursuit d’ailleurs en évoquant les tests psychologiques infligés aux humains, les « testés » : « La défense des testés c’est la répugnance à se voir traité comme un insecte, par un homme à qui il ne reconnait aucune autorité pour lui dire qui il est et ce qu’il doit faire »
Marx est donc précurseur de ce qui n’est pas encore advenu. Précurseur ? C’est au moment où débutent les effets du transfert social de ce qui sera nommé Révolution Industrielle que Marx indique clairement : « l’histoire de l’industrie et l’existence objective de l’industrie sont le livre ouvert des forces essentielles de l’homme, la psychologie de l’homme concrètement présente que, jusqu’à présent, on ne concevait pas dans son lien avec l’essence de l’homme ». Il oppose son analyse à la réduction classique : « on réduisait la réalité des forces essentielles de l’homme et son activité générique à l’existence universelle de l’homme, la religion ou l’histoire dans son essence abstraite universelle : la politique, l’art, la littérature, etc ». Cela est à nouveau d’une importance extrême quant à la situation de la psychologie, la psychanalyse aussi bien, aujourd’hui. L’essence abstraite et universelle sont la soupe quotidienne des sujets psychologiques ou des sujets de l’inconscient, fut-il lacanien. Cette abstraction a des effets meurtriers pour ceux qui subissent cette mise en cage catégorielle d’autant qu’elle est toujours conjuguée à la transcendance. Je définis la transcendance en me référant à François Châtelet, dans « Les années de démolition » (1) : « Dans notre jargon de philosophes, un principe posé à la fois comme source de toute explication et comme réalité supérieure, nous appelons cela transcendance »
La puissance de la pensée Marx quant à son incidente sur la psychologie est impressionnante. Il souligne l’impasse que représenterait une psychologie qui serait basée sur l’homme défini comme concept abstrait universel. Il renforce ce point en le nouant à la transcendance : sa critique de la religion est essentielle et est soulignée ici dans son rapport à une histoire prise dans son essence abstraite universelle et ses effets quant à la façon de prendre la politique, l’art, la littérature.
Que penser donc de cette science qui se donne des grands airs ? « En faisant de l’esprit un petit univers à part, séparable et observable comme avec des appareils, on fait de l’esprit une chose, c’est-à-dire qu’on l’enterre comme esprit » répondra Canguilhem à propos de « la science psychologique ». La sentence de Marx qui évoquant ceux qui font abstraction du livre ouvert des forces essentielles de l’homme et, infatués nient donc leur lacune en nommant ce livre du concret du mot « besoin, besoin vulgaire, ce qui est pour eux signe dévalorisant. Cela anticipe un certain mépris lacanien pour ceux qui ne sont pas nés munis de la théorie du signifiant et du désir et ne peuvent passer par ce défilé obligé pour toute psychanalyse digne de cette mondanité.
Alors quelle solution ? La réponse est dans la formulation de la question et la piste en est donnée dans le paragraphe des Manuscrits de 1844 qui précède l’incidence sur la psychologie.
(1) François Châtelet, Les années de démolition, Editions Hallier, Paris, 1975, p. 263
© Hervé Hubert, le 96 marx 2017
dimanche 4 juin 2017
Plaisanterie (?) insupportable

Imaginez un Président de la République expliquer que les pêcheurs de l'Aiguillon devrait amorcer leurs lignes avec des noyés de Xynthia. Intolérable diriez vous à juste titre.
C'est ce que vient de faire Macron, avec cette remarquable élégance du bourgeois colonial avec sa très raciste blague sur les Comoriens.
Sauf que la cause exclusive des noyades aux Comores, ce n'est pas la météo mais des choix politiques, fait par la France, choix que Le Roy Emmanuel Macron ne semble pas vouloir mettre en débat.
Jeu de mots qui fait rire la coterie sur les "KwassaKwassa".
Et si nous allions jeter un oeil sur l'origine du mot et son évolution mortifère ?
L'image de la France et de ses hors sol n'en sortira pas grandie.
.
On ne peut pas rire de tout
et encore moins
quand le ressort de ce rire
est la détresse humaine.
Surtout quand on est le chef de l'état
qui est cause exclusive
de cette détresse.

Ce qui fait rire Macron mais fait honte à la France
Imaginez un Président de la République expliquer que les pêcheurs de l'Aiguillon devrait amorcer leurs lignes avec des noyés de Xynthia. Intolérable diriez vous à juste titre.
C'est ce que vient de faire Macron, avec cette remarquable élégance du bourgeois colonial avec sa très raciste blague sur les Comoriens.
Sauf que la cause exclusive des noyades aux Comores, ce n'est pas la météo mais des choix politiques, fait par la France, choix que Le Roy Emmanuel Macron ne semble pas vouloir mettre en débat.
Jeu de mots qui fait rire la coterie sur les "KwassaKwassa".
Et si nous allions jeter un oeil sur l'origine du mot et son évolution mortifère ?
L'image de la France et de ses hors sol n'en sortira pas grandie.
.
Le « kwasa kwasa » est le nom d'une danse congolaise connue pour être très rythmée et saccadée. échanges et migrations, dans l'archipel UNIFIE des Comores, le terme « kwassa-kwassa », a fini par désigner des canots qui du fait qu'ils tanguent énormément dans une mer aussi dangereuse que tumultueuse imagent la danse initiale.
Arrive alors ce que façon générique on nomme le « drame des kwassa ».
Chaque année, pas de statistique* pour dire combien, des dizaines de personnes, beaucoup de femmes en d'enfants, périssent en tentant de se rendre sur l'île de Mayotte (70 km dans un bras de mer réputé pour être mortel) Une traversée qui s'apparente entre Anjouan et Mayotte à celle entre la Libye et Lampedusa.
Ohé, Macron le rieur ! Dis aux Français pourquoi traversent-ils et meurent-ils ainsi au cours du voyage.
Arrive alors ce que façon générique on nomme le « drame des kwassa ».
Chaque année, pas de statistique* pour dire combien, des dizaines de personnes, beaucoup de femmes en d'enfants, périssent en tentant de se rendre sur l'île de Mayotte (70 km dans un bras de mer réputé pour être mortel) Une traversée qui s'apparente entre Anjouan et Mayotte à celle entre la Libye et Lampedusa.
Ohé, Macron le rieur ! Dis aux Français pourquoi traversent-ils et meurent-ils ainsi au cours du voyage.
Un communiqué du P"c"F (pour une fois pas trop mal tourné) rappelle les faits ; ils sont terribles pour les hommes, accusateur pour la France.
Une partition colonialiste de l'historique espace commun des Comoriens, la dénonciation par la place du colonel Fabien précisant à juste titre :
Les conséquences de ce crime font rire l'énarque colonialiste du Touquet Paris-Plage.
"En 1995 le gouvernement Balladur a entravé la libre circulation des personnes dans l'archipel des Comores en imposant un visa d'entrée à Mayotte aux résidents des trois autres îles comoriennes (Mohéli, Anjouan, Grande-Comore)."
Un peu comme s'il fallait un visa que refuserait le préfet du Finistère pour aller légalement de Ouessant à Brest ou de Sein à Audierne ou un ausweis pour aller de Molène à Camaret . Une partition colonialiste de l'historique espace commun des Comoriens, la dénonciation par la place du colonel Fabien précisant à juste titre :
" Le « Visa Balladur » a brisé cette libre circulation et rendu périlleux les déplacements entre Mayotte et les autres îles des Comores. Il a engendré un drame monstrueux, se soldant par des milliers de morts (plus de 10 000 selon plusieurs rapports). La mer d’Anjouan est ainsi devenue un des plus grands cimetières marins du monde."
Le nouveau Président de la République devrait apprendre à se contrôler pour ne pas rire de tout, surtout lorsqu’il s’agit de l’innommable. D’autant que l’Etat français porte une très lourde responsabilité dans ce crime affreux qui se perpétue. A tel point qu’en 2016, François Hollande avait ainsi évoqué une situation "extrêmement préoccupante", pour laquelle il fallait "prendre des dispositions". Rien n’a été fait. Le « Visa Balladur » est toujours en place, et de nombreux Comoriens, hommes, femmes et enfants, qui tentent de venir à Mayotte meurent noyés en mer d’Anjouan.
Mayotte devenue un département français en 2009, en violation du droit international et de toutes les résolutions des Nations Unies, vit une situation sociale, économique et de tensions qui ne cesse de se dégrader."
La France a instauré une partition d'un pays colonisé pour qui le droit international exige l'indépendance. Ses institutions ont instauré un apartheid social jusqu'au sein des familles. Les conséquences de ce crime font rire l'énarque colonialiste du Touquet Paris-Plage.
Voila pourquoi les représentants de la France ferait mieux de se taire :
Un référendum, organisé dans tout l'archipel le 22 décembre 1974, approuve l'indépendance avec près de 95 % du total des voix.
Cependant, sur l'île de Mayotte (7,7 % des votants), les partisans du maintien de la souveraineté française obtiennent les deux tiers des suffrages.
Le gouvernement français d'alors, dirigé par Chirac, décide alors de dissocier le sort de cette île de celui des autres, qui deviennent indépendantes le 6 juillet 1975.
En accordant un statut de DOM à une parcelle du territoire comorien, le pouvoir "métropolitain" crée une zone à statut différencié qui va générer des filières de migration interne vers Mayotte, filières considérées comme clandestines et réprimées comme telle. Ceal va conduire aux morts des Kwassa kwassa.
En 1975, l'AG de l'ONU en reconnaissant la souveraineté de toutes les Comores a condamné la France
La Résolution 376 est une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU votée le concernant les Comores et qui recommande à l'Assemblée générale des Nations unies d'admettre ce pays comme nouveau membre.
Un référendum, organisé dans tout l'archipel le 22 décembre 1974, approuve l'indépendance avec près de 95 % du total des voix.
Cependant, sur l'île de Mayotte (7,7 % des votants), les partisans du maintien de la souveraineté française obtiennent les deux tiers des suffrages.
Le gouvernement français d'alors, dirigé par Chirac, décide alors de dissocier le sort de cette île de celui des autres, qui deviennent indépendantes le 6 juillet 1975.
En accordant un statut de DOM à une parcelle du territoire comorien, le pouvoir "métropolitain" crée une zone à statut différencié qui va générer des filières de migration interne vers Mayotte, filières considérées comme clandestines et réprimées comme telle. Ceal va conduire aux morts des Kwassa kwassa.
En 1975, l'AG de l'ONU en reconnaissant la souveraineté de toutes les Comores a condamné la France
La Résolution 376 est une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU votée le concernant les Comores et qui recommande à l'Assemblée générale des Nations unies d'admettre ce pays comme nouveau membre.
"Adopté par 14 voix contre zéro par le Conseil de sécurité lors de sa 1848e séance, le 17 octobre 1975
"Ayant examiné la demande des Comores pour admission aux Nations Unies,
Recommande à l' Assemblée générale que les Comores soient admis à l'Organisation des Nations Unies."
Selon les autorités comoriennes, en 20 ans, au moins 12 000 personnes auraient péri dans ce "canal de la mort".
Côté français, un rapport sénatorial datant de 2012 compte entre 7 000 et 10 000 morts à Mayotte depuis 1995.
Pour une population totale d'un peu moins de 800 000 habitants. En 20 ans 1.5% de la population est morte noyée. Comme si sur la même durée 900 000 personnes périssaient entre Bastia et Marseille, près de 3 fois la population de la Corse.
Canaille le Rouge vous laisse avec votre humour monsieur de concierge du CAC à rentes.
Côté français, un rapport sénatorial datant de 2012 compte entre 7 000 et 10 000 morts à Mayotte depuis 1995.
Pour une population totale d'un peu moins de 800 000 habitants. En 20 ans 1.5% de la population est morte noyée. Comme si sur la même durée 900 000 personnes périssaient entre Bastia et Marseille, près de 3 fois la population de la Corse.
Canaille le Rouge vous laisse avec votre humour monsieur de concierge du CAC à rentes.
samedi 3 juin 2017
Plus de 500 logements sont réparés à Maisi avec l'aide solidaire du Venezuela
Granma, notre principal quotidien, précise dans son édition d'aujourd'hui que 576 logements avaient été totalement réparés et que plus de 300 autres font l'objet de réparation en ce moment avec l'aide vénézuélienne.
Le programme d'aide mis en place par le Venezuela à l'intention de zones sérieusement touchées par l'ouragan Matthew vise également la réparation des établissements scolaires des terrains de sports et des établissements publics.
Ce programme prévoit le don de toute une série de matériaux de construction et l'emprunt d'outils et c'est aux habitants de ces localités d'exécuter les travaux.
Edité par Francisco Rodríguez Aranega
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Médias du Capital ? Le peuple n’a plus confiance et se tourne vers le net… Bienvenu sur Initiative-communiste.fr
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Alors que l’intense propagande médiatique guerrière d’une part et celle pour pousser les principaux partis du système aux législatives (En Marche, LR, PS & FN) d’autre part ne cessent de faire rage, force est de constater que les médias traditionnels du système capitaliste inspirent une défiance de plus en plus grande à une masse de plus en plus considérable de nos concitoyens.C’est ce que montrent de façon éclatante les sondages : le public a de plus en plus confiance en Internet au détriment des médias traditionnels. Il est vrai qu’internet – et www.initiative-communiste.fr le démontre – offre la possibilité aux travailleurs avec des moyens financiers limités de faire entendre leur voix pour peu qu’ils s’organisent pour unir leurs forces. C’est ce que permet le PRCF qui, avec son journal Initiative Communiste, propose une information de qualité triple A : actu, analyse & action. En quelques années seulement, www.initiative-communiste.fr s’est imposé comme l’un des tous premiers sites internet politiques en France.
Initiative Communiste : une audience en pleine croissance
Avec 111 000 visites chaque mois selon la mesure d’audience indépendante de Trafficestimate.com et la 4e place des sites politiques en France d’après Alexa, Initiative Communiste s’impose comme un des tous premiers sites internet d’infos politiques en France. Et ce alors que les militants communistes du PRCF ont à souffrir une censure totale de la part des grands médias du système.Ce résultat, c’est avant tout le fruit d’un engagement, d’une mobilisation, d’une organisation collective. Avant tout, avec le PRCF qui permet de rassembler les énergies pour permettre la construction d’un outil de résistance médiatique. Mais également du soutien de tous ceux qui, des abonnés à Initiative Communiste aux simples internautes participant à la diffusion sur les réseaux sociaux des informations et analyses d’Initiative Communiste, sont également indispensables pour lever la chape de plomb de la censure. Pour disposer d’une information par et pour les travailleurs, c’est à chacun de se mobiliser, de s’organiser. S’abonner à Initiative Communiste, soutenir le PRCF et le rejoindre, participer à sa diffusion, sur le net ou aux portes des entreprises, c’est participer à faire entendre la voix des travailleurs. À l’inverse d’un système capitaliste qui s’évertue à les faire taire sous le bâillon de ses médias privés totalitaires.
Défiance généralisée envers les médias
Et de reporterre.net à Legrandsoir.info en passant par les-crises.fr ou agoravox.fr, de nombreux autres sites internet, qu’ils soient édités par des équipes 100% bénévoles comme Initiative Communiste, ou une rédaction professionnelle, démontrent qu’une information alternative et indépendante de masse est encore possible sur le net.Alors bien sûr, le système médiatique du Capital n’est pas sans réagir. Car cette possibilité d’information alternative met un grain de sable, celui de la contradiction, dans une machine de propagande bien huilée. Et les résultats du référendum de 2005 ont démontré que cette hégémonie médiatique n’est pas suffisante pour garantir un bourrage de crâne à 100%.
Le traitement scandaleux réservé au mouvement social pour le retrait de l’euro-Loi Travail n’aura pas été pour améliorer la confiance des Français dans ce système médiatique détenu en totalité par des milliardaires ou contrôlé par leurs relais politiques du PS ou des LR, lorsqu’il s’agit du service public (les évictions brutales qui se succèdent de France Inter avec les affaires Guillon et Portes, à France 2, le démontrent).
Et la propagande continue en faveur du banquier Macron ne sera pas pour changer les choses.
Les chiffres des sondages sont édifiants :
- Seul 43% des sondés déclarent avoir confiance dans « les médias » contre 51% en 2015. un record depuis 2008 selon le baromètre Edelman au niveau mondial
- Toujours selon ce baromètre, seuls 33% des français font confiance aux médias, 5 points de moins qu’en 2015. 25% des français seulement font confiance au gouvernement.
De fait, la conséquence est surtout une désaffection des Français qui sont de plus en plus nombreux à ne plus s’intéresser aux informations (36%).
Plus de la moitié des informations sont de simples copiés-collés de dépêches AFP
le blog les-crises.fr a mis en avant une étude de l’INA passée inaperçue – portant sur 2,5 millions d’articles – qui démontre que près des deux tiers des informations publiées en ligne par la presse écrite sont des copiés-collés la plupart de dépêches AFP.Dans L’information à tout prix (Ina Éditions), Julia Cagé, Marie-Luce Viaud et Nicolas Hervé quantifient le recours massif au copié-collé dans les médias en ligne et la vitesse de propagation d’une information. Comment, dans ces conditions, monétiser l’information ? Extraits.
Fragilité ?
Historiquement, les journaux ont été désireux de supporter ces coûts fixes élevés [en particulier les coûts relatifs à la taille de la rédaction, ndlr] car en contrepartie, ils espéraient des profits. Publier une information en exclusivité pour un journal papier lui assurait, au moins durant une journée, une augmentation de ses ventes et donc de ses revenus, car cette information n’était pas disponible dans l’exemplaire papier des journaux concurrents[+]. Autrement dit, l’information avait alors une valeur commerciale.La taille moyenne des rédactions des médias d’information en France diminue de 1 % par an depuis 2013. Or 1 % de journalistes en moins, c’est 1,20 % de moins d’information originale produite. Toutes choses égales par ailleurs, si la diminution de la taille moyenne des rédactions devait continuer au rythme actuel, cela impliquerait qu’en 2020, ce seraient plus de 30 000 articles d’information entièrement originaux de moins qui seraient produits qu’en 2013.Or, au vu des changements actuels, 1 % de baisse par an est une estimation basse de la diminution de la taille des rédactions[+]. Un journal comme L’Express est passé de plus de 120 cartes de presse en 2013 à 40 aujourd’hui, soit un retour à la situation du journal… en 1965. L’Obs, qui a annoncé en juin 2016 un nouveau plan de départs volontaires, avait déjà vu le nombre de ses cartes de presse diminuer de 50 entre 2014 et 2015. Et c’est sans parler d’I-télé qui en 2016 a perdu plus de la moitié de sa rédaction suite au bras de fer qui a opposé les journalistes à un actionnaire intrusif et peu soucieux de déontologie, Vincent Bolloré pour ne pas le nommer. Certes, l’approche quantitative présente de nombreuses limites mais les tendances actuelles font peser une véritable menace sur l’information originale[+]. (p. 16-17) […]
Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Sur Internet, sitôt publiée, l’information est disponible presque immédiatement sur le site des journaux concurrents. Comment monétiser dès lors la production d’une information originale ? Quelles incitations les médias ont-ils encore à payer pour une rédaction pléthorique alors qu’ils pourraient se contenter d’un petit nombre de journalistes en charge de monitorer le web et de faire du copié-collé, voire de simples algorithmes et de
« journalistes robots » ? (p.13)
Doit-on s’en inquiéter ? L’enjeu est double ici. On observe une homogénéisation croissante des contenus ; il est facile de la dénoncer, mais l’on peut également décider d’observer le verre à moitié plein et noter que l’un des corollaires de ce recours à la copie est que davantage d’information est mise à disposition du plus grand nombre gratuitement aujourd’hui[+].
Par ailleurs – et c’est ce qui nous semble ici le plus inquiétant –, la combinaison du recours à la copie et de la vitesse de propagation de l’information risque de tuer à terme les incitations des médias à produire une information originale, à faire perdre à l’information originale toute valeur commerciale. Or l’information originale est coûteuse à produire, et la copie mêlée à la réactivité fait de chaque site internet un substitut du site concurrent. Les médias n’arrivent ainsi plus à monétiser cette information si coûteuse à produire. C’est pourquoi il nous a semblé urgent de mettre à plat la réalité de la propagation de l’information en ligne, afin de souligner les difficultés qu’elle fait poser sur le futur de l’information et de nos démocraties.
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