mardi 27 février 2018

Réveillons-nous, ils sont devenus fous !

Le Lion de Palmyre, datant du 1er siècle avant Jésus-Christ, a été détruit par Daech à la pelle mécanique en 2015. Désormais restaurée, cette pièce maîtresse du musée de Palmyre est exposée dans les jardins du musée de Damas. (Photo IVERIS)
Depuis maintenant sept ans, la Syrie est en guerre. Ce pays aimable, tolérant, hautement civilisé que même ses détracteurs ne pouvaient s’empêcher de trouver beau et attachant est d’ores et déjà confronté à un formidable défi, celui de l’après-guerre. Les assaillants barbares venus de cent pays, atlantistes comme islamistes, se sont acharnés à vouloir en détruire les richesses, les infrastructures, les capacités, les monuments, les beautés naturelles afin de le rayer de la carte. Ils ont aussi et surtout tenté de broyer le peuple syrien, d’effacer sa mémoire et son identité afin de l’anéantir.
Avec la complicité d’une soi-disant « communauté internationale » en trompe-l’œil, ils s’emploient maintenant à le priver, autant qu’il sera possible, de toute perspective d’avenir, en lui volant ses droits imprescriptibles : disposer de lui-même, décider, sans ingérence étrangère, de son destin et de son régime politique. Sans pudeur et sans vergogne, les mêmes assaillants ne cachent pas leurs velléités de replacer l’avenir, notamment constitutionnel, de la Syrie sous « tutelle onusienne », c’est-à-dire sous mandat, autant dire sous le joug colonial.
Afin d’effacer l’empreinte géographique d’une Syrie mère de la civilisation (y compris la nôtre), peut-il y avoir un moyen plus efficace que de disperser un peuple et surtout de briser un Etat qui a commis le crime de lèse-majesté ? En effet, au final, l’entreprise est destinée à faire de ce qui fut jadis une grande Syrie un archipel de mini-entités, et de son peuple une mosaïque tribalisée ayant vocation à être vaporisée en une vaste diaspora : dans une première approche, ce crime inqualifiable mérite la double qualification de «  politicide » - la dissolution d’un Etat qui dérange – et d’ethnocide – l’anéantissement d’un peuple qui résiste.
C’est ce qui est inscrit dans le « grand dessein » néoconservateur. Ce dernier, notons-le au passage, reviendrait à infliger à la Syrie le destin réservé depuis 70 ans à la Palestine, pan de terre volé sous l’égide du colonialisme triomphant. Le sort des Syriens pourrait alors ressembler à celui des Palestiniens, irrémédiablement spoliés au nom d’une « mission divine  ». Le sinistre destin des peuples amérindiens, éliminés de l’histoire, est là pour rappeler de quoi sont capables les colons venus d’ailleurs.
Les dégâts sont immenses, se chiffrant en centaines de milliards de dollars, auquel il conviendrait d’ajouter – mais c’est leur problème - les millions, billions ou trillions dépensés par les «  puissances  » assaillantes pour conduire leurs batailles « pour la démocratisation ».
Il ne sert à rien d’invoquer les valeurs de la morale, naturelle ou religieuse, le droit international et la légalité onusienne, voire la simple décence, face à des agresseurs sans foi ni loi. On ne peut attendre d’Etats qui s’érigent en gendarmes de la planète tout en se comportant comme des régimes voyous une quelconque logique. Il est paradoxal, après tout ce temps, ces horreurs, ces massacres, ces actes de sauvagerie, cette barbarie, que l’on trouve encore dans le grand Occident « démocratique  » tant de défenseurs de l’indéfendable, tant d’admirateurs des djihadistes présentés comme démocrates ou « modérés  ». Les intellectuels sont piégés par leur aveuglement initial, les médias sont plombés par l’omerta, les politiques sont otages de leur doxa néoconservatrice, dans l’Hexagone comme dans tout le monde judéo-chrétien.
Pourquoi un tel acharnement, une telle obstination dans le mensonge ? C’est que la Syrie est depuis longtemps dans le collimateur de l’Amérique, de la Grande-Bretagne et d’Israël. La Syrie historique est le centre de gravité du Proche-Orient, le lieu de naissance des trois religions révélées, le cœur battant de l’arabisme, symbole de l’islam moderne et tolérant, siège des premiers califes : un héritage très lourd à assumer, mais qui a assuré à ce « phare de l’Orient  » un prestige indéniable auprès des Arabes et une aura de sympathie chez les Musulmans.
Tolérante, multiconfessionnelle, moderne, républicaine, forte de son identité et de sa conscience historique, elle représente ce que les extrémistes de tout bord exècrent par-dessus tout.
Depuis son indépendance et la création d’Israël, la Syrie n’a cessé d’apporter un soutien indéfectible à la cause palestinienne et est toujours apparue comme un Etat rebelle à l’ordre israélo-atlantique. Face au délabrement du monde arabe, la Syrie s’est inscrite dans l’axe de la résistance et elle résiste. Son armée nationale a tenu le coup seule contre tous durant quatre ans, puis, aidée de ses alliés, a entamé la reconquête, s’affirmant au passage comme le principal artisan de l’éradication de Da’esh, malgré les mensonges et prétentions des usurpateurs fanfarons. L’Etat syrien contrôle désormais les quatre cinquièmes du territoire national, ayant mis en échec, par sa résilience, les plans des agresseurs.
Pour ceux-ci, la Syrie de 2018, après tant de batailles et tant d’essais non transformés, constitue une réalité impensable et intolérable. Il faut donc la faire disparaître de la carte, ne serait-ce qu’en l’ignorant. Il convient pour cela de délégitimer l’Etat, présenté systématiquement comme un « régime », ses institutions, sa constitution, son gouvernement, diaboliser son Président, ignorer les volontés de son peuple, les succès de son armée en les attribuant à ses alliés, voire à ses ennemis.
Il faut dénier au Président et à son entourage tout pouvoir, tout rôle à venir, tout droit de véto, et faire en sorte qu’il ne puisse y avoir de solution politique « syrienne » issue d’un dialogue national, sous l’égide de ses alliés et de ses amis. Il faut au contraire que son sort soit décidé par ses ennemis, par la « communauté internationale » aux aguets, par trois Etats représentant 470 millions de personnes soit 6 à 7% de l’humanité, lesquels pestent de ne plus pouvoir imposer leur loi au Conseil de Sécurité
Décidément, le monde est tombé sur la tête puisqu’il n’y a plus de légalité internationale, plus de respect du droit onusien, censé être la bible des diplomates. Les faux gendarmes du monde qui en sont les fauteurs de désordre, les cambrioleurs qui crient au vol, les violeurs de la légalité qui crient au viol, les agresseurs qui s’indignent des agressions de l’armée syrienne, les pratiquants d’ingérences illégales qui s’indignent de l’intervention légale des alliés et partenaires de l’Etat, tout ce beau monde s’agite et manœuvre au grand jour.
Exit les comparses et les forces écran, voilà que les commanditaires et les parrains véritables ont jeté le masque et s’emploient à réaliser ouvertement ce qu’ils ont échoué à faire par procuration durant sept ans. Israël au Sud, l’Amérique et ses affidés européens au nord–est en appui des forces kurdes portées aux nues, la Turquie au nord-ouest contre les projets des Kurdes et tous contre Bachar al-Assad. Le prétexte de la lutte contre Da’esh et le terrorisme apparaît maintenant pour ce qu’il était, une fumisterie que défendent les ennemis de la Syrie légale et à laquelle ne croient plus que les imbéciles.
Jean-Yves Le Drian exige (sic) « le retrait de tous ceux qui n’ont rien à faire en Syrie ». Il ose. Devinez qui sont pour lui ceux qui n’ont rien à faire en Syrie ? Oui, vous avez gagné : l’Iran, le nouveau diable à la mode, le Hezbollah terreur d’Israël, la Russie, les forces « chiites  » d’Irak.
Vous savez donc quels sont les pays qui ont à y faire : les trois obsédés du bombardement humanitaire, ceux qui possèdent des armes de destruction massive, violent systématiquement le droit international, soutiennent le terrorisme quand ils ne l’ont pas créé, ceux qui souhaitent piller tranquillement les ressources pétrolières et gazières de la Syrie et de la région : en d’autres mots, l’Amérique et ses fidèles. Pour faire bon poids bonne mesure, ajoutons Israël, ami des « révolutions arabes » qui détruisent les Etats du même nom, la Saoudie, grande démocratie devant l’éternel et spécialiste en constitutions, en droits de l’homme et de la femme, et en tolérance religieuse, la Turquie membre éminent de l’OTAN, ennemie des turcs des montagnes, mais amie des séparatistes kurdes de Syrie ou d’Irak et soutien des djihadistes, le Qatar à condition qu’il continue à acheter tout et n’importe quoi dans notre pays en difficulté.
Pour le reste, la Syrie a tenu bon pendant de longues années, son armée est capable de soutenir les assauts d’Israël et d’abattre les avions qui l’attaquent. Elle est solidement ancrée dans un axe de la résistance résolu et bien coordonné, soutenue par des alliés fiables, à commencer par la Russie. La Syrie n’est pas un figurant, elle est au centre d’une guerre globale. Combien d’Etats auraient résisté comme elle l’a fait ?
Messieurs les « amis de la Syrie  », ennemis de son « régime » et de son Président, vous avez maintenu la fiction d’un soulèvement populaire contre un « tyran massacreur ». En quoi cela vous regarde-t-il ? Vous avez d’ailleurs tout faux et le savez bien puisqu’en réalité le pays qui vous obsède est avant tout victime d’une guerre d’agression qui met en danger son existence.
L’Etat syrien a sûrement le droit de piloter les négociations qui décideront de son avenir et de récuser toute ingérence des agresseurs. Il a le droit de refuser vos ingérences, vos plans de partition et vos projets tordus. Les guerres de Syrie sont depuis belle lurette les composantes d’une guerre universelle en passe de devenir « mondiale ». Si cette agression regarde la « communauté internationale », c’est selon les critères du droit international, codifiés par la Charte des Nations-Unies, qu’elle doit être considérée… Là, on comprendra très bien que cette approche, la seule envisageable, vous pose un léger problème. Ce problème n’est pas celui du pays agressé. Il est celui de l’agresseur que vous êtes et qui traite la Syrie comme un « pays ouvert  » à toutes les aventures et à toutes les entreprises hostiles.
Messieurs les agresseurs, n’oubliez jamais que votre présence en Syrie est illégitime et illégale, y compris s’agissant de vos barbouzes, de vos conseillers spéciaux ou de vos forces-au-sol. Et s’il y a une présence légitime par excellence, ce n’est pas la vôtre, c’est celle de l’Etat syrien, celle des alliés et partenaires du gouvernement de Bachar al-Assad, dont vous exigiez le départ. S’il y a un retrait qu’impose le respect du droit international, c’est celui des pays qui n’ont rien à faire en Syrie, vos pays.
Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur 
Professeur et conférencier
»» https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/312-reveillonsnous_ils_sont...
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Espace culturel. La Villette fête ses 35 printemps

Maurice Ulrich
Lundi, 26 Février, 2018
L'Humanité

En plus d’être un lieu multiculturel, est aussi un lieu de promenade et de pratiques sportives multiples. William Beaucardet
En plus d’être un lieu multiculturel, est aussi un lieu de promenade et de pratiques sportives multiples. William Beaucardet
En mars 1983, le projet à la fois minimal et pharaonique de l’architecte Bernard Tschumi, invité à se déployer sur 55 hectares au cœur de la capitale, était adopté. L’aventure continue avec dix millions de visiteurs par an. Une collaboration inédite avec l’École des beaux-arts de Paris commencera à cette occasion.
Elles sont loin les années du « tango des bouchers de la Villette » que chantait Boris Vian, quand on venait cueillir « la fraise et l’amourette ». Sans doute nombre des 10 millions de visiteurs qui parcourent chaque année le plus grand parc et espace vert de Paris, avec quelque 4 000 arbres, ignorent que c’étaient là les abattoirs de la capitale, dont ne restent comme témoignages que les quelques rares restaurants de viande qui subsistent dans les environs. La Villette actuelle fêtera donc ses 35 ans les 24 et 25 mars prochain avec un week-end gratuit de fête et de spectacles, un grand bal dit modern style avec un chœur de trois cents collégiens, une centaine d’élèves danseurs du conservatoire de Paris, dix musiciens et un chef d’orchestre pour aussi bien des danses de Loïe Fuller qu’un vaste répertoire de la chanson française. Ce même week-end, en collaboration avec l’ambassade de l’Inde, célébrera avec la troisième édition d’une holy party, la fin de l’hiver. La holy party est cette fête indienne dont les participants se lancent mutuellement des poudres colorées au son de musiques traditionnelles.

Un inventaire à la Prévert

Ce n’est là qu’une petite partie des multiples animations prévues pour ce rendez-vous et pour la suite dans l’ensemble du parc, pensées par l’équipe de son président, Didier Fusillier, lequel fut l’artisan, depuis Lille 2004, des importants rendez-vous festifs et culturels de la capitale du Nord. Il faut rappeler que la Villette, c’est, sur 55 hectares, la Grande Halle, la Géode, la Cité des sciences et de l’industrie, le Zénith, le théâtre Paris-Villette, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, le Cabaret sauvage, la Philharmonie, un sous-marin, un vrai qui se visite, l’Argonaute… Sans doute on en oublie dans ce qui ressemble un peu à un inventaire à la Prévert, outre que c’est évidemment un lieu de promenade, de pratiques sportives multiples, etc. D’où l’intérêt, au cours de ce même week-end anniversaire, de la rencontre annoncée avec l’architecte Bernard Tschumi. En mars 1983, donc, c’est lui, parmi les auteurs de 471 projets, qui remportait le concours international lancé pour l’aménagement du parc une dizaine d’années après la fermeture des abattoirs, effective alors même que le destin du vaste ensemble formé par les trois halles qui le constituent alors ne soit défini. Dans cet entre-deux, le lieu ne restera toutefois pas à l’abandon. On s’en préoccupe et il accueille même de nombreux concerts : David Bowie, les Rolling Stones passeront par là. C’est sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing qu’en 1979 est adopté le projet de création d’un parc et d’un musée (qui deviendra la Cité des sciences et de l’industrie). La présidence de François Mitterrand y ajoutera la Cité de la musique.
On ne saurait résumer une vision architecturale d’une telle ampleur, minimaliste dans ses lignes directrices, mais riche de ses multiples jardins thématiques, de ses œuvres d’art ou de son mobilier urbain dus à certains des plus grands noms du XXe siècle et d’aujourd’hui (Claes Oldenburg, Daniel Buren, Fabrice Hyber, Philippe Starck, Alexandre Chemetoff). Il faut cependant mentionner les 26 bâtiments rouges qui ponctuent l’ensemble du parc, aux vocations diverses et baptisés « Folies » par Bernard Tschumi, à l’instar des petits pavillons des jardins français du xviiie siècle. Ils donnent aussi son caractère si particulier et son unité à un ensemble exceptionnel et d’une foisonnante diversité. Pour l’anecdote, mais pas seulement, on peut noter aussi que la Villette a ses arbres fruitiers, ses ruches, sa lavande et ses moutons noirs qui pâturent.
Cet anniversaire se prolongera bien au-delà de ce week-end de printemps, marqué également par une création du chorégraphe et metteur en scène Dimitris Papaioannou (cérémonies des jeux Olympiques d’Athènes), The Great Tamer, une tragédie contemporaine entre danses, arts plastiques et performance, (jeudi et vendredi, Grande Halle). Les semaines qui suivront accueilleront également de multiples manifestations (créations de Will Ryman, hip-hop international avec le Golden Stage, concerts d’A&A et de Purform), etc. À noter encore, et ce n’est pas la moindre des nouveautés, une collaboration inédite entre la Villette et l’École nationale supérieure des beaux-arts, dirigée par l’artiste Jean-Marc Bustamante. 51 jeunes artistes avec l’accompagnement de leurs professeurs artistes eux-mêmes vont investir la Grande Halle et les Folies. Ce sera sans doute l’expression la plus vaste de l’École des beaux-arts. Ça promet. 
journaliste
Che~

lundi 26 février 2018

European elections 2019

Communism is a new idea in Europe! For a call from all the communist parties in Europe

, by  pam , popularity : 41%
[English] [français]
The next extraordinary congress of the French Communists will of course deal with questions of internationalism, struggles against imperialism and war, solidarity of workers against capitalist globalization, the right of peoples to self-determination and their sovereignty, solidarity with migrants first of all against the causes of immigration and the mafia networks that exploit them, in defense of their right to dignity, for a policy of welcome which is part of real cooperation with the countries of emigration.
In this context, the preparation of the next European elections is a practical exercise that concretises and illustrates the diversity of views and issues of international issues.
The reconstruction of a great communist party in France is intimately linked to the reconstruction of a communist point of view on the world, and therefore of the reconstruction of the international communist movement. Contacts, meetings at the level of organizations as well as the militant level are multiplying, as shown by the hundreds of communists of all European countries, the thousands coming from all over the planet, for the 100th anniversary of the revolution. October.
In Europe, Communists are divided. Those who are most involved in the GUE as the PCF defend the project of a social Europe that would be the answer to current capitalist Europe. Others defend the left exit of the European Union as a structure of capitalist globalization. Others, like the KKE, insist on popular power and class struggle in Europe, defending the construction of socialism in Greece as a response to the European dictatorship.
But all can find themselves in the social struggles against European multinationals, be they English, French, German, or others ... by organizing the international solidarity of the workers, and all need to rebuild the legitimacy of a political perspective of changing society.
The European elections will be organized by the dominant left and right political forces around the false cleavages masking the responsibilities of the leaders. In France, Macron will present himself as the representative of modernity against archaisms, democracy against authoritarianism. The enemies are all designated, the rights distort sovereignists, extreme right. Their goal is to prevent any public debate about what could be another society freeing itself from the domination of economic oligarchies.
We believe that Communists from all over Europe, despite their divisions, can make a common appeal to all peoples, to assert that modernity is in excess of capitalism, that communism is a new idea in Europe.
It would open useful debates on what another society might be, a form of socialism adapted to each country, on the necessary conditions of respect for the political sovereignty of peoples.
This call could favor national lists widely open to activists from various European countries, and countries from European partnerships (Mediterranean, Eastern Europe ...)
Without masking the existing differences, it could help all the peoples of Europe to become aware of the possibility of internationalism apart from the false opposition between submission to the dictates of the European Union and the violence of extreme nationalisms. right.

Toujours moins


Dimanche 25 février 2018, par  Descartes , popularité : 93% Vie politique | pdf |  

C’était au début des années 1980, vous savez, cette époque dorée où les intellectuels « de gôche » découvraient tout à coup les charmes du reaganisme et cherchaient à laver leurs péchés staliniens de jeunesse en réalisant des films comme « vive la crise ! » et en demandant dans les colonnes de Libération un fusil pour aller combattre les affreux soviétiques en Afghanistan. C’était le temps où les dirigeants socialistes avaient compris que changer de vie est bien plus intéressant de changer la vie, et s’initiaient à la pédagogie de la résignation. C’était enfin le temps ou le privilège a changé de camp : finies les 200 familles et le Grand Kapital : les vrais privilégiés, ce sont ceux qui ont un travail stable, les travailleurs sous statut, les fonctionnaires…
Dans cette ambiance, un livre avait fait fureur en 1982. Il s’agit du « Toujours plus ! » de François de Closets. Dans ce livre, le journaliste fustigeait l’avidité de ces salauds de travailleurs qui exigent « toujours plus » de ces pauvres patrons – et au passage des « classes moyennes » - accablés d’impôts. Ces parasites qui ont l’outrecuidance de se regrouper dans des syndicats – quelle horreur, ma chère – pour imposer leurs privilèges à ces patrons démunis. Un livre que Mitterrand, qui s’apprêtait à prendre le « tournant de la rigueur », avait qualifié de « ouvrage salutaire ». C’est dire.
Trente-cinq ans plus tard, nous sommes dans le monde que « vive la crise ! » nous promettait, celui dans lequel l’auteur du « Toujours plus ! » plaçait ses espoirs. Un monde où les « corporations » syndicales honnies ne sont plus de s’opposer à cette nouvelle nuit du 4 août qui verra l’abolition des privilèges des fonctionnaires, des gaziers-électriciens, des cheminots, toutes ces aristocraties qui tiennent notre beau pays sous leur coupe. Pour ceux du capital, on attendra encore un peu. Mais peut-on parler véritablement de privilèges lorsqu’il s’agit de ces bienfaiteurs de l’humanité qui mettent généreusement à la disposition des autres leur capital, leur travail et leur créativité pour une rémunération si modeste ?
Trente-cinq ans après la publication de « Toujours plus ! » nous sommes passés dans la logique du « Toujours moins ! ». Moins de rémunérations, moins de protections, moins de sécurité, moins d’investissements, moins de projets collectifs, moins de courtoisie et de sociabilité. Il n’y a qu’à la Bourse qui, mais c’est certainement une coïncidence, qu’on crève tous les plafonds.
Attention, il ne s’agit pas de tomber dans le misérabilisme. Ces trente dernières années ont vu un changement dramatique dans le partage de la valeur ajoutée entre capital et travail qui conduit à ce que les travailleurs touchent une part du gâteau qui se réduit. Mais comme la taille du gâteau tend à augmenter, l’effet est plutôt une stagnation du revenu du travail qu’une véritable réduction. Si l’on regarde les statistiques, on constate que le niveau de vie s’est globalement maintenu sur les vingt ou trente dernières années et cela dans tous les déciles. Mais le niveau de vie tel que calculé par l’INSEE est un indicateur trompeur. Pour la statistique, en effet, le fonctionnaire et le CDD qui touchent 1500 € par mois sont parfaitement équivalents. Ce qui revient à considérer la valeur de la sécurité de l’emploi comme nulle ce qui, de toute évidence, fausse le débat. De même, on ne prend pas en compte ce que chaque consommateur reçoit en termes de services publics : la dégradation des infrastructures, du système éducatif, des services de santé passe donc inaperçue de la statistique. Or, c’est précisément là que le « Toujours moins ! » se manifeste de la manière la plus criante : dans la précarisation des statuts et la dégradation des services publics.
Ce qui est en revanche évident est que pour tout ce qui concerne le service public, le « Toujours moins ! » est la règle d’or qu’on suit dans tous les domaines. Prenons par exemple le domaine de l’éducation. Quel est le point commun de toutes les réformes depuis trente ans ? La réduction du nombre d’heures de cours. L’élève d’aujourd’hui a en moyenne un tiers d’heures en moins que celui d’il y a trente ans, sans compter le temps perdu dans des « sensibilisations » de toutes sortes, qui vont du droit des femmes au permis de conduire. Et de ce point de vue, la réforme Blanquer-Mathiot ne fait guère mieux que celles de leurs prédécesseurs. Un autre exemple est celui de la recherche publique. Il suffit de regarder les budgets des grands instituts de recherche pour constater que la logique du « rabot » fonctionne depuis au moins deux décennies sans discontinuer.
J’entends déjà l’objection : « comment pouvez-vous parler de « toujours moins » alors que la dépense publique n’a été réduite qu’à la marge, que le nombre de fonctionnaires a continué à augmenter ces dernières années ? ». L’objection est légitime, mais les réponses sont simples :
Commençons par les effectifs de la fonction publique : on notera que la fonction publique d’Etat a perdu 10% de ses effectifs ces dix dernières années (1). Si l’on tient compte du fait que la démographie française est relativement dynamique augmente le besoin d’enseignants, qui représentent plus de la moitié de la fonction publique d’Etat, on voit tout de suite la difficulté. En fait, l’augmentation du nombre des fonctionnaires est largement liée à une croissance anarchique de la fonction publique territoriale dans la logique de la décentralisation. Une partie de cette croissance résulte certes des transferts des compétences autrefois exercées par l’Etat. Mais il y a aussi dans cette croissance la traduction d’un clientélisme de la part des élus locaux, et aussi de l’inefficacité créée par l’atomisation de services autrefois coordonnés au niveau central – l’entretien des routes étant un exemple signalé.
Regardons ensuite les budgets. La dépense publique n’a certes baissé que faiblement. Mais sa structure a changé. La part de l’investissement public stricto sensu a baissé très fortement, alors que la part des subventions aux agents privés explose. Une bonne partie de la dépense publique ne fait que passer par les caisses publiques, et est reversée immédiatement dans la poche des acteurs privés, sous la forme d’aides aux entreprises, d’allocations de toutes sortes aux personnes, de crédits d’impôt, de subventions à tel ou tel secteur. Du point de vue économique, il faudrait défalquer ces sommes du budget de l’Etat lorsqu’on parle du poids de la dépense publique. Pour illustrer ce propos, imaginons que l’Etat créait demain une taxe par laquelle il prélèverait la totalité de votre revenu, puis vous verserait exactement le même montant sous forme d’une allocation. Ce serait totalement neutre du point de vue économique… et pourtant cela augmenterait considérablement la dépense publique !
Le but occulte ou avoué de toutes les « réformes » qu’on nous propose aujourd’hui est la réduction de la dépense publique « vraie », celle qui sert à financer des véritables services publics. C’est d’ailleurs le but général de toute réforme depuis trente ans, qu’elle touche la justice, l’éducation, la diplomatie ou les parcs zoologiques. C’est le point commun de tous ces rapports que les gouvernements commandent pour justifier leurs décisions, de toutes ces doctes commissions qui prétendent « libérer la croissance » : l’immense majorité aboutit à des recommandations qui – quelle coïncidence – tendent à réduire les coûts, quitte à supprimer des services. Il est incontestable qu’il y a des services publics ou des gains de productivité sont souhaitables, des activités de l’Etat dont l’utilité n’est pas évidente. Mais à l’inverse, on peut raisonnablement penser qu’il existe des domaines qui nécessitent des investissements publics massifs, avec la création d’emplois statutaires… et pourtant pratiquement aucun rapport n’arrive à une telle conclusion. Comment expliquer une telle coïncidence ?
La réponse à cette question figure noir sur blanc dans le rapport sur l’avenir de la SNCF que Jean-Cyril Spinetta vient de remettre au gouvernement : « Les impôts introduisent des distorsions sur les marchés, par leur impact sur le comportement des acteurs, et notamment par leur effet d’éviction (un euro d’argent public investi dans un projet donné aurait pu être investi par le secteur privé dans un autre projet, généralement plus rentable) » (page 35, note 30). Aucune démonstration de cette idée selon laquelle les investissements privés seraient « généralement plus rentables » que l’investissement public n’est proposé, ce qui est fort regrettable (2). Elle obligerait d’ailleurs à se poser la question de ce qu’est précisément la « rentabilité » d’un projet, et de constater que la rentabilité d’un projet public se regarde du point de vue de ses usagers, alors que celle de l’investissement privé se regarde du point de vue des investisseurs, que la « rente » du projet public est distribuée entre tous, alors que la « rente » du projet privé est conservée par l’investisseur. Mais l’essentiel n’est pas là : que l’affirmation de Spinetta soit vraie ou fausse, elle guide son rapport. Et dès lors qu’on part de l’hypothèse que « l’euro d’argent public investi dans un projet » aurait été utilisé de manière plus efficace par le secteur privé, la conclusion est courue d’avance : il faut réduire le nombre d’euros d’argent public investis dans des projets, et transférer cet argent au privé qui saura en faire le meilleur usage, le plus « rentable ».
C’est là le cœur des politiques poursuivies depuis plus de trente ans : le transfert du revenu du secteur public vers le secteur privé – ce qui en bon français veut dire transfert vers le « bloc dominant », c’est-à-dire, la bourgeoisie et les « classes moyennes ». Dans une société à la croissance faible, le « bloc dominant » n’a d’autre ressource interne pour améliorer son niveau de vie que de prendre chez les autres. Et un moyen d’obtenir ce résultat est de récupérer de l’argent sur les mécanismes de péréquation et de redistribution qui passent par la dépense publique. Mais pour des raisons sociales il est très difficile de comprimer la dépense salariale publique. C’est donc l’investissement qui trinque. Regardez nos opérateurs publics : le transfert de revenu au secteur privé – que ce soit par la baisse des subventions ou par la fixation des tarifs à des niveaux qui ne couvrent pas les coûts réels – pèse donc avant tout sur l’investissement et sur la maintenance des infrastructures. Ce qui revient à consommer lentement le capital accumulé par les générations précédentes. Et c’est exactement ce que constate le rapport Spinetta au sujet de la SNCF, mais on trouve le même problème à EDF, ou dans des institutions de recherche comme le CEA ou l’on ne construit plus rien de nouveau et on se contente de fermer une à une les installations anciennes au fur et à mesure qu’elles arrivent en fin de vie.
Ce n’est pas par hasard si nos champions publics sont lourdement endettés. Cela résulte d’une décision publique, celle de continuer à offrir les services sans exiger des citoyens – de certains citoyens, car on sait bien que certains sont plus égaux que d’autres – qu’ils payent leur véritable valeur. Nous arrivons aujourd’hui logiquement au bout de ce chemin. Une fois le capital consommé, il va falloir s’attaquer aux salariés. A quoi bon conserver autant de cheminots, puisqu’on devra fermer les lignes qu’on a laissé se dégrader et qu’il est maintenant trop coûteux de remettre en état ? A quoi bon conserver autant de chercheurs au CEA puisqu’il n’y a plus de réacteurs sur lesquels faire des recherches ? A quoi bon conserver autant de fonctionnaires puisque les services de proximité de l’administration ferment les uns après les autres ? C’est pourquoi les statuts, que ce soit celui du fonctionnaire, celui du cheminot, celui des IEG sont à la fête. Les supprimer – ou plutôt les mettre en extinction, c’est socialement moins couteux – c’est tirer la conséquence logique d’une politique poursuivie depuis trente ans sans discontinuer par tous les gouvernements, de gauche comme de droite, avec – et on ne peut leur reprocher, c’est leur rôle – la complicité des syndicats corporatistes, plus préoccupés par la sauvegarde de l’emploi au présent que par l’avenir.
Cela fera bientôt quarante ans que je suis arrivé en France. Et lorsque je regarde en arrière, je me dis qu’il reste bien peu de chose de toutes ces institutions qui avaient émerveillé l’adolescent que j’étais à l’époque. On a du mal à imaginer qu’au début des années 1980 les banques et les assurances étaient nationalisées, et que leurs profits considérables – qui vont aujourd’hui aux investisseurs privés – abondaient le budget de l’Etat. Que les télécommunications, l’électricité, le gaz étaient gérés par des monopoles publics dans une logique d’aménagement du territoire, et qui étaient rentables, malgré les « statuts ». Que chaque citoyen pouvait compter avec une trésorerie, une poste, une sous-préfecture, un tribunal d’instance près de chez lui. Que le système scolaire assurait une véritable transmission des connaissances, et que le professeur pouvait faire cours sans craindre les coups de ses élèves – ou de leurs parents. Que nous fabriquions chez nous de l’acier et des ordinateurs, des machines-outils et des textiles, des centrales nucléaires et des microprocesseurs, des centraux téléphoniques et des TGV, des avions et des fusées. Que nous n’avions pas besoin de compter sur des fournisseurs étrangers pour équiper nos armées, nos chemins de fer, nos centraux téléphoniques. Incroyable, n’est-ce pas ? C’était ça, la société du « Toujours plus ! ».
La société du « Toujours moins ! », c’est celle ou tous, citoyens comme dirigeants politiques, s’habituent à l’idée que demain on aura moins de projets, moins de services, moins de choix. Qu’il faudra travailler plus pour gagner moins et rendre un service moins bon. On n’a pas toujours conscience des dégâts que cette lente attrition qui dure maintenant depuis une trentaine d’années a fait dans nos services publics. Nous avons maintenant à la tête de nos institutions une génération de décideurs qui a passé plus de temps à réfléchir aux moyens de faire face aux coupes sombres dans leurs moyens qu’à penser à des projets pour offrir des services plus efficaces et plus étendus. Les « rabots » successifs ont transformé les hauts fonctionnaires en pompiers pyromanes, qui passent l’essentiel de leur temps à courir pour éteindre les feux qu’ils sont obligés d’allumer eux-mêmes. Chez les décideurs, on ne se demande plus « de quoi on a vraiment besoin » mais « où est-ce que je peux couper personnel et moyens sans que l’édifice s’effondre ». La logique du réduction aléatoire produit dans les services une mentalité de gestion permanente de la pénurie, une vision de décadence qui ne se prête pas à la naissance de projets nouveaux ou même de réformes intelligentes. Chacun à son niveau est tétanisé par la peur de perdre le peu qu’il a, et par la conviction que ses moyens seront rabotés quel que soit l’utilité de son travail.
Et dans la société du « Toujours moins ! », c’est la jeunesse qui en est la première victime. Pour ma génération, qui est plus proche de la harpe que de la guitare, les jeux sont faits. Dans vingt ou trente ans, nous serons en train de manger les pissenlits par la racine, et on arrivera bien à faire durer les choses à peu près comme nous les avons connues jusque-là. Mais quelle perspective s’offre-t-elle à nos jeunes ? Le « Toujours moins ! » n’aboutit pas seulement au découragement et à la résignation. Il exacerbe la lutte entre les individus dont le seul moyen d’améliorer l’existence est de piquer dans l’assiette du voisin, lutte où seules les stratégies individuelles comptent. Il y a trente ans, dans l’amphi de rentrée d’une grande école d’ingénieurs parisienne on expliquait aux étudiants que le but était « de former les ingénieurs dont le pays a besoin », des ingénieurs pour construire les ponts, les viaducs, les centrales nucléaires dont tout le monde profiterait. Aujourd’hui, on leur explique que le sort le plus beau, le plus digne d’envie est de fonder une start-up pour diffuser une application sur portable qui vous permet de commander vos sushis par internet, avec l’espoir de la vendre très cher à Google dans cinq ans. Les « besoins du pays », on s’en fout.
La société du « Toujours plus ! » était une société conquérante qui construisait son avenir, celle du « Toujours moins ! » est une société de repli qui se résigne à « s’adapter » au sien. Le « Toujours plus ! » était le propre d’une société en expansion ou les gens exigeaient de partager les fruits de la croissance, le « Toujours moins ! » est la marque d’une société où il faut partager les dettes. Le « Toujours plus ! » c’est le défi, le « Toujours moins ! » c’est la résignation. Et moi, je ne veux pas me résigner.
Descartes
(1) Source DGAFP : https://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/statistiques/chiffres_cles/pdf/Chiffres-Cles_Web2017.pdf
(2) D’autant plus que des contre-exemples sont faciles à trouver. Prenons par exemple le récent exploit d’Elon Musk, dépensant des centaines de millions d’euros dans la satellisation publicitaire d’une voiture. On aimerait connaître la « rentabilité » d’un tel investissement, qui aurait certainement été fort critiqué s’il avait été fait avec des deniers publics. En fait, le mythe de la rentabilité des investissements privés ne repose sur aucune réalité. Si beaucoup d’investisseurs privés gagnent beaucoup d’argent avec leurs investissements, bien d’autres font faillite. Pensez à la crise de 1929 ou plus près de chez nous, celle de 2008. Ceux qui pensent aux échecs commerciaux de Concorde ou du Plan calcul devraient se souvenir que beaucoup d’acteurs privés ont investi des sommes colossales dans Lehman Brothers, dans la bulle Internet ou dans les emprunts russes. Lesquels de ces investissements se sont révélés à terme plus « rentables » ? Plus généralement, l’idée que « rendre de l’argent au privé » stimule des investissements « plus rentables » que ceux du secteur public butte sur le fait que les acteurs privés peuvent préférer la consommation à l’investissement. Alors que le législateur a le pouvoir sur l’utilisation de l’argent public et peut veiller à ce que celui-ci soit consacré à l’investissement, il n’a aucun contrôle sur l’utilisation que les agents privés font de leur argent.