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Un crâne exceptionnel, découvert en Éthiopie et remontant à 3,8 millions d'années, nous éclaire sur les australopithèques, considérés comme les ancêtres du genre Homo.
Des ancêtres de la célèbre Lucy, qui ont donné naissance au genre australopithèque et vivaient en Afrique il y a près de 4 millions d'années, les paléoanthropologues ont finalement très peu de fossiles. Ici un bout de mâchoire, là une dent ou un morceau de fémur. D'où l'importance de la découverte réalisée par une équipe internationale dirigée par Yohannes Halie-Selassie, du Muséum d'histoire naturel de Cleveland (Etats-Unis), et Stéphanie Melillo, de l'Institut Max Planck, à Leipzig (Allemagne), dont les travaux sont publiés ce mercredi soir dans la revue Nature.
Un état de conservation exceptionnel
"Exhumer un crâne australopithèque aussi ancien et dans un tel état de conservation est exceptionnel. Dans la galerie de nos lointains ancêtres, celui-là compte désormais parmi les plus beaux spécimens, entre Toumaï et Lucy", s'enthousiasme Jean-Jacques Hublin, directeur du département de l'évolution humaine de l'Institut Max Planck. Baptisé MRD, ce crâne d'australopithèque anamensis, l'une des huit espèces répertoriées, a été exhumé en 2016 sur le site de Woranso-Mille, dans la région Afar, en Ethiopie, considérée comme un "gisement à fossiles" - près de 12 000 y ont été découverts ces quinze dernières années, dont 230 d'hominines.
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"Je n'en croyais pas mes yeux lorsque j'ai aperçu l'ensemble du crâne (...). Comme un rêve devient réalité", écrit dans son article Halie-Selassie. Il a fallu près de trois ans pour dater cette découverte, grâce à une étude géologique et en la comparant avec les autres crânes existants, et finalement lui donner cet âge: autour de 3,8 millions d'années.
"Entre 6 et 3 millions d'années, il y a un trou dans la connaissance, lié à la rareté des ossements. MRD permet de le combler en partie", ajoute Jean-Jacques Hublin. D'une certaine façon, il fait le lien entre les espèces anciennes, du genre ardipithecus, et les australopithèques. MRD possède à la fois des traits primitifs et de plus récents, notamment au niveau de la mâchoire et des canines, qui le rapprochent de Lucy. Classé dans le genre australopithèque, MRD devait donc être bipède - tout en grimpant une partie de son temps dans les arbres -, avec un cerveau peu volumineux et une dentition assez proche du genre homo.
Une famille toujours plus nombreuse
Surtout, selon l'équipe de chercheurs, cet âge de 3,8 millions d'années pose question, au sein même de la famille australopithèque. Il se rapproche d'un autre fragment crânien trouvé à Belohdelie, toujours en Ethiopie, dans la région de l'Awash, qui remonterait à 3,9 millions d'années. Mais, si tous les deux sont indéniablement de la même famille, le second appartient à l'espèce afarensis, lorsque le premier est bien un anamensis. "En d'autres termes, 100 000 ans seulement les séparent, ce qui signifie qu'ils ont probablement coexisté", interprète Hublin. Les chercheurs pensent aujourd'hui que, comme pour le genre homo, il n'y a pas de succession linéaire entre les différentes espèces australopithèques, mais que certaines ont vécu les unes à côté des autres. Ils parlent de "buisson complexe".
En 2015, une même équipe, dirigée par Yohannes Halie-Selassie, avait déjà découvert, toujours à Woranso-Mille, une autre espèce d'australopithèques, baptisée deyireméda, qui remontait entre 3,5 et 3,3 millions d'années. Lucy (3,18 millions d'années) avait été exhumée à 35 kilomètres de ce site, en 1974. Durant le Pliocène moyen, il y avait donc au moins trois espèces de préhumains, qui vivaient quasiment en même temps et à quelques kilomètres de distance. "Cela change notre compréhension du processus de l'évolution et pose de nouvelles questions - comment ces animaux se disputaient l'espace et la nourriture ?" conclut Stéphanie Melillo. L'arbre généalogique des ancêtres du genre homo n'a pas fini de s'enrichir.